"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 26 mai 2017

LE PROLETARIAT PEUT-IL GERER LA SOCIETE A LA PLACE DE LA BOURGEOISIE? UNE EXPERIENCE MARQUANTE/ LA VERRERIE OUVRIERE A ALBI

LA VERRERIE OUVRIERE D'ALBI OU SOCIALISTE?

On connaît vaguement l'existence d'une « verrerie ouvrière » constituée à la fin du 19e siècle, qui fût un temps le joyau propagandiste du parti socialiste français et une expérience courageusement soutenue par Jaurès. Cette expérience certains l'ont plus ou moins annexée pour justifier le mythe autogestionnaire anarchiste puis gauchiste, il s'agit d'un autre contexte qui pose la question de la gestion de la société par la classe ouvrière mais sans renverser l'Etat, et qui entre complètement dans la conception réformiste où au bout du compte l'électorat ouvrier est sensé faire triompher électoralement son parti socialiste qui n'aura plus qu'à s'emparer pacifiquement des rênes de l'Etat bourgeois pour en extirper le capitalisme (ce que pensaient et Jaurès et Lénine, ce dernier de façon non pacifiste). L'expérience des LIP à Besançon est une petite chose localiste, au ras des pâquerettes du syndicalisme gauchiste face à l'effritement du moloch stalinien. En 1896, à Albi, l'expérience d'une entreprise contrôlée par une partie de la classe ouvrière a un énorme retentissement jusque dans l'Internationale.
Le projet de verrerie « ouvrière » a une tout autre dimension que la fabrique « autogérée » à Lip (en fait géré par les bonzes syndicaux) et surgit à la suite d'un des plus grands conflits sociaux en France à la veille du XXe siècle, et aussi peu connu d'ailleurs que le déroulement du projet albigeois et carmausin. En interstice, je vous repique un résumé de ce qui a précédé 1896, 1895... A l'époque il y a foison de patrons macronesques, et cette volonté farouchement bourgeoise de renouveler l'exploitation salariale.

Il ne faut pas oublier que c'est encore l'époque des coopératives ouvrières qui, comme les syndicats, contribuent à l'élaboration de la conscience de classe, et de cette partie de sa conscience qui n'imagine pas que cette classe ne doive être amenée un jour à « gérer » la société entière. Vous verrez dans la suite de ce passionnant compte-rendu que la dispute sur la création, la pérennité et l'éventuelle exemplarité de l'expérience albigeoise a mobilisé toutes les fractions du mouvement ouvrier, et vous verrez que les anarchistes ont fait une descente à Albi et porté des critiques pas toujours fausses aux « administrateurs socialistes », dont certains nous sont notoirement connus
aujourd'hui comme salopards de ministres va-t-en guerre. Après la tragique expérience de la Commune de Paris, le courant socialiste croit comme beaucoup de prolétaires à des solutions pacifiques pour dépasser le capitalisme, l'expérience et l'échec de la Verrerie, qui a coût tant d'efforts généreux non seulement aux ouvriers mais à leurs « amis » journalistes et députés, est le chant du cygne de la théorie réformiste basée sur un simple « remplacement de l'Etat », une fois que les ouvriers auraient prouvé qu'ils étaient capables de gérer une usine ; pourtant la mise en place du projet « ouvrier » et « socialiste » doit s'appuyer sur un ingénieur, des souscriptions et surtout des banquiers et les secteurs industriels qui ont besoin du verre...La première chose qu'on trouve à l'entrée de la Verrerie, c'est le local des administrateurs et du syndicat...

En cette période morose ou « l'élu » est élu à coups de fric et d'assommage médiatique, par une minorité de la population – le prolétariat est le grand abstentionniste – il est incroyable qu'aucune minorité marxiste révolutionnaire ne s'attache à concrétiser le « but communiste » en remettant sur le métier - face à ce monde pollué d'idéologies crapoteuses et sans avenir y- ce qui est dépassé, caduque dans la théorie et hors de la messe bordiguiste de l'invariance religieux. Heureusement on a du matériel, de profonds débats sur la période de transition à l'époque flamboyante du CCI. On y pense, on y pense...
Ayant passé une enfance « historique » à Albi, j'en profite pour saluer mes vieux potes de sacristie,
Claude de Toulouse et les frères Pradelles.(Mon livre « Les cartons d'Albi » se trouve à la bibliothèque de la ville de Lapérouse et Toulouse-Lautrec... un voisin, et à l'institut d'Amsterdam).

1895 :UNE LONGUE GREVE OUBLIEE...QUI INCITA A SE PASSER DES PATRONS...

La grève de 1895

La Grève de 1895, une des plus grandes luttes syndicales et politiques du XIXe siècle :
En 1895, la mise à pied de l’ouvrier syndiqué Jean dit Marien Baudot, pour motif d’absences répétées (notamment après avoir assisté à un Congrès des verriers à Marseille), entraîne une grève générale des verriers pendant 4 mois ayant de grandes conséquences pour le mouvement ouvrier en France.Si la fin du XIXe siècle est marquée par un climat de tensions dans le Carmausin, comme l’illustre l’incendie du Château de la Verrerie le 1er avril 1895, cette période annonce également un rapprochement entre les deux grands corps de métier composant le prolétariat Carmausin : les mineurs ainsi que les verriers, voués à lutter ensemble contre les stratégies politiques et économiques du patronat.
La grève des verriers de Carmaux, est à double tranchant pour ces derniers car elle constitue malgré eux une opportunité pour Eugène Rességuier, le patron, de mener à dessein des projets économiques, politiques et idéologiques. Ce contexte est original car rares à l’époque sont les cas où une grève ouvrière est instrumentalisée de la sorte par le patronat. Seul Jean Jaurès, réélu député de Carmaux le 20 août 1893, perçoit la fine stratégie de l’entrepreneur toulousain visant notamment à discréditer les verriers en les poussant à la faute. En réponse à cela, le député Jaurès incite les verriers à reprendre le travail afin qu’ils ne tombent pas dans le piège et contraindre Eugène Rességuier à dévoiler sa stratégie. C’est ce que font les ouvriers acceptant également de payer de leurs poches les salaires des mis à pied. Mais Rességuier refuse leur retour et impose le lock-out, mettant 1200 ouvriers au chômage. Cela devient une grève du patron cherchant à affamer les grévistes pour mieux se réserver le droit de choisir les ouvriers qu’il reprendra lors de la réouverture de l’usine, excluant explicitement les syndicalistes et socialistes carmausins. Ce sera annoncé le 7 août 1895 par voie d’affiche. Jean Jaurès demande l’arbitrage du gouvernement à la Chambre des Députés, en vain. Deux semaines plus tard, Eugène Rességuier entreprend la réouverture de la Verrerie. Afin de diviser les syndicalistes socialistes, le patron procède à un recrutement individuel, dans le Carmausin, couplé à un appel de candidature dans la France entière. Mais les verriers restent solidaires et au 15 octobre, seuls 8 souffleurs ont accepté de reprendre le travail. Seul un four a pu être rallumé à la fin du mois de septembre ».


  1. Inauguration de la Verrerie.

Le 11 janvier 1896, les verriers partaient pour Albi.
Pour se rendre à l'emplacement où s'élève aujourd'hui la verrerie d'Albi, il faut sortir de la ville par
un pont de construction récente, qui s'élève au-dessus du Tarn. De l'autre rive, le spectacle qui s'offre à la vue est singulièrement pittoresque. Le vieil Albi s'étage sur un coteau, dominé par son extraordinaire cathédrale. C'est, construite en briques, une forteresse de rêve, flanquée d'un côté par une tour qui s'élève lourdement vers le ciel comme un donjon formidable, et de l'autre par cinq clochetons, destinés à l'origine à servir d'observatoires pour guetter les mouvements de l'ennemi, en cas de siège. Au-dessous de la cathédrale, le palais avec ses tours et ses remparts.
Au bout de la ville, le pont du chemin de fer part du sommet du coteau et aboutit à une hauteur sur l'autre rive. Entre les deux ponts modernes passe, construit en contrebas, le vieux pont d'Albi, datant du treizième siècle.

***
Le premier coup de pioche fut donné le 13 janvier par M. Renard, président du syndicat des verriers de Carmaux.
Après un chômage de six mois, les verriers, transformés en terrassiers, se mirent à l'oeuvre avec ardeur. Quelques-uns, après entente préalable, allèrent s'embaucher dans d'autres verreries, car le nombre de bras à occuper était bien supérieur au nombre de bras qu'on pouvait employer à l'édification de la verrerie prolétarienne.
Deux équipes, travaillant chacune six heures, furent formées ; les salaires furent fixés à 30 centimes par heure pour les hommes, à 25 centimes pour les jeunes au-dessous de dix-huit ans, et à 15 centimes pour les enfants chargés de faire les commissions.
Sous l'intelligente direction de M. Juppont, ingénieur électricien et conseiller municipal de Toulouse, les travaux furent activés et le nivellement était à peu près terminé au commencement de mars. Les fondations des murs commençaient à sortir de terre.
Mais l'ère des difficultés commençait. Il fallait nourrir cinq cent personnes et employer utilement ces ouvriers subitement improvisés terrassiers et maçons.
Cinq maçons de profession furent embauchés, que l'on chargea de l'apprentissage d'ouvriers verriers. Leurs élèves, d'abord au nombre de dix, atteignirent bientôt celui de quarante, pendant que les autres se faisaient carriers et extrayaient la pierre nécessaire à la construction.
Mais pendant que les travaux commençaient à Albi, le désaccord survenu entre les partisans de la verrerie ouvrière et ceux de la verrerie aux verriers, entre les défenseurs de la verrerie à Carmaux et ceux de la verrerie à Albi, portait un préjudice considérable à la vente des tickets. Le comité réussissait à grand peine à réaliser 25.000 francs.
C'est alors que le comité d'action de Paris délégua à Albi M. Hamelin, avec mission de constituer la société au capital de 100.000 francs, et de ne verser l'argent chez le notaire que le jour où il signerait, au nom des organisations ouvrières, l'acte de constitution de la société anonyme « La verrerie ouvrière »1.
Les membres du Conseil d'administration d'Albi furent effrayés par cette décision, qui leur semblait devoir provoquer l'anéantissement de la verrerie, avant même sa création.
Une réunion des administrateurs eut lieu, où assistaient MM. Hamelin, Andrieux, avocat-conseil, et Frézouls, notaire à Albi, pour examiner les moyens d'arriver à fonder la Société au capital primitivement prévu de 500.000 francs, et, le 9 mars 1896, le premier quart du capital, c'est à dire 125.000 francs, était versé par les fondateurs entre les mains du notaire.
Les actions furent provisoirement réparties de la façon suivante (entre Hamelin, Charpentier, Renard, Aucouturier et Boyannique 2).
Ces actions devaient être au fur et à mesure réparties entre leurs véritables propriétaires, à savoir les organisations ayant placé des tickets. Des obstacles entravaient la construction de l'usine.
Les Compagnies métallurgiques, auxquelles on s'était adressé pour la fourniture de la charpente métallique, exigeaient le paiement intégral de leur mémoire3, avant livraison, et allaient jusqu'à demander, au cas où les travaux seraient retardés ou abandonnés, de retirer tous leurs fers, sans aucun remboursement. Devant de telles exigences, on décida de s'adresser à un petit entrepreneur de Toulouse, insuffisamment outillé. Cette obligation retarda considérablement les travaux.

***
Cependant, le dimanche 25 octobre 1896, la Verrerie ouvrière put être inaugurée.
Un beau soleil brille de tout son éclat. A neuf heures du matin, le train qui amène les invités est attendu par MM. Jaurès et Rochefort. En descendent MM. Flaissières, Dormoy, maire de Montluçon, Viviani, Sembat, Vaillant, Walter, Labussière, Leconte, Antide Boyer, Sautumier, Thierry-Cazes, Landrin, Toussaint, Renou, Bepmale, Ernest Roche, Serres, maire de Toulouse, Sincholle, délégué du Grand-Orient.
Cent soixante-cinq municipalités, sept cents4 syndicats sont représentés ou ont fait parvenir leur adhésion, ainsi que onze cents groupes ou cercles politiques et soixante-cinq coopératives.
Le cortège se rend paisiblement à la verrerie.
La grille d'entrée franchie, de longs bâtiments s'étendent à droite et à gauche, formant les deux grands côtés d'un quadrilatère d'une contenance de trois hectares.
A gauche, se trouvent situés les bureaux de l'administration et du syndicat, qui occupent l'un et l'autre le rez-de-chaussée ; le premier étage est réservé pour les appartements du personnel de l'administration et pour la salle des réunions.
Viennent ensuite, sur le même rang que les bureaux, dix bâtiments qualifiés d'accessoires, et dont quelques-uns sont destinés au magasinage du sable, des sulfates.
Un autre bâtiment servira de laboratoire, on y fera les dosages et les mélanges des éléments constitutifs du verre.
Enfin, suivant la même ligne de construction, se rencontrent l'atelier, où sera placé le pilon broyeur qu'attendent ses supports et son mécanisme, la chambre de chauffe et la machine destinée à fournir la force motrice, puis la forge où seront réparés les outils, et, pour terminer, l'atelier d'ajustage.
Faisant un angle droit avec cette ligne de constructions, s'élève, au fond de la Cour, la verrerie proprement dite. Elle mesure quatorze mètres de hauteur sur soixante mètres de longueur et vingt de largeur.
Deux des fours sont terminés.
On remarque sur les murs nus des inscriptions, qui indiquent la destination des divers bâtiments.
Nous songeons, en les regardant, remarque le rédacteur du Matin , à cette maison de Balzac, dans laquelle le grand écrivain s'était contenté de mettre, par-ci par-là, des écriteaux disant : « Ici une cheminée en marbre de Paros ; ici un lavabo en porcelaine de Chine ; ici une glace de Venise ».

* * *
Le banquet fut des plus gais.
    1. Renard, président du syndicat, après avoir souhaité la bienvenue « à tous les amis présents » ajoute :
« Tous peuvent être certains que les verriers occupés à la verrerie ouvrière sauront, à l'avenir comme par le passé, faire tout leur devoir et prouver au monde entier ce que peut la solidarité.
Nous adressons d'abord un souvenir reconnaissant à Mme veuve Dembourg, qui, par l'intermédiaire de notre généreux ami Henri Rochefort, fournit cent mille francs. Jointe au don particulier de Rochefort, cette somme forme la base de notre édifice ».

Cris : Vive Rochefort ! Vive Rochefort !
Puis, M. Jaurès, debout sur la table, demande le silence :

« Tous les camarades ici présents réclament, dit-il, La Carmagnole, cette Carmagnole qui, il y a quatre ans a été à Carmaux, en même temps que le chant socialiste, notre hymne de ralliement. Je prie donc tous ceux qui la connaissent de la chanter avec nous. »

      M. Jaurès entonne alors le premier couplet :

« Que faut-il aux républicains ? (bis)
Dur fer, du plomb, et puis du pain (bis)
Dur fer pour travailler,
Du plomb pour nous venger,
Et du pain pour nos frères ! »

L'assistance reprend en choeur le refrain :

« Dansons la carmagnole !
Vive le son (bis) du canon ! »

Le moment est venu de mettre le feu aux fours. M. Aucouturier tend une torche à M. Rochefort qui l'approche des fagots préparés, et immédiatement la flamme s'élève aux cris de « Vive Rochefort ! Vive la verrerie ouvrière ! »
Le meeting a lieu en plein air, à cinq heures, dans les locaux de la verrerie. On vend sur la porte le Chant des verriers, dû à l'inspiration de M. Gérault-Richard, et où il est question du « capitaliste Vautour ».
On y dit aussi :
« Jadis, nous crevions à la peine,
Pour le seul profit d'un voleur. »

et, pour terminer sur ce même ton :

« Citoyens, vidons notre verre,
Les bourgeois ont fini leur bail !
Bientôt règnera sur la terre
La République du travail ».

    1. Henri Rochefort « le hardi sagittaire » ainsi que l'appelle la Dépêche «après Victor Hugo », annonce, aux applaudissements de l'assistance, qu'il est allé trouver de grands distillateurs et que tous lui ont promis de se fournir à la Verrerie ouvrière.
      Il a vu également des banquiers. Eux aussi ont promis de prêter à la Verrerie des sommes relativement considérables, qui seront gagées sur les bâtiments construits.
Enfin, l'Intransigeant va ouvrir une nouvelle souscription. Son rédacteur en chef s'inscrira personnellement pour 10.000 francs. Le public suivra certainement, « de sorte que sous peu de jours vous serez, dit-il, sortis d'embarras, étant libres de toutes charges ».
M.Hamelin, délégué du comité d'action, fait le procès de l'ancien préfet, M. Doux.
Ses paroles violentes sont applaudies par l'assistance, notamment lorsqu'il déclare que l'oeuvre d'émancipation s'accomplira, s'il le faut, par une révolution non pacifique.
La nuit est tout à fait venue, lorsque M.Jaurès prend la parole ; la tribune est éclairée très faiblement par quelques lanternes en papier, et le député de Carmaux de s'écrier :

« Le jour qui tombe là-bas est le jour tombant de la force capitaliste ; mais, du côté de l'Orient, je vois déjà poindre l'aurore de la République de demain, la République sociale. Vive donc la République sociale ! ».5

* * *
M.Jaurès crut pouvoir se rendre à Carmaux, pour expliquer sa conduite et donner les raisons qui l'avaient déterminé à sacrifier Carmaux à Albi.
Le cercle républicain progressiste fit aussitôt proclamer un appel :

« Chers concitoyens,

« A cette heure, les traîtres jettent bas les masques. Le dessus du panier de la sociale va faire cortège à ceux qui nous ont dépouillés et qui poussent l'audace jusqu'à venir couronner de fleurs leurs malheureuses victimes...
« Vous comprendrez aujourd'hui, mais trop tard, ce que signifiaient ces protestations contre les arbitres de la Verrerie ouvrière, ces démissions sitôt retirées, les larmes hypocrites de ce pitre bourgeois, qui va parader à Albi. Cela signifiait une trahison calculée et voulue.
Qu'importe à ces repus la misère des autres !
Ces misérables nous répondent froidement qu'au nom de l'intérêt socialiste et révolutionnaire, et surtout au nom de leur intérêt personnel, vous devez sacrifier votre pain et celui de vos enfants.
Quelle audace ! Quel cynisme ! La misère n'a jamais effleuré cette poignée de juifs qui commanditent la haine et élèvent l'injure la plus grossière à la hauteur d'un principe. Voilà pourquoi ils songent à exiger de vous ce qu'ils seraient incapables de supporter eux-mêmes.
« Citoyens,
L'on nous provoque. C'est par un silence glacial, par le vide fait autour des traîtres, que vous saluerez cette meute qui vient vous féliciter de vous être laissé étrangler sans mot dire. Ils devraient pourtant ne pas oublier que vous les avez conspués une première fois et que, sans le secours de la force publique, vous leur auriez infligé la seule correction qu'ils méritaient.
Du calme ! Et maintenant, juifs honteux, faux ouvriers, donnez-vous la main ! Allez banqueter à l'aise ! Oubliez-vous dans une orgie complète ! Le peuple de Carmaux, par notre voix, vous flétrit !

Le cercle républicain progressiste ».

* * *
«L'orage décidément est dans l'air », affirme le correspondant de la Dépêche, à son arrivée à Carmaux.
M.Rochefort l'avait compris et il éprouva le désir d'aller visiter le saut du Tarn, donnant rendez-vous à M.Jaurès pour la soirée, à Carmaux.
Le train qui conduit M.Jaurès entre en gare à six heures. Le leader socialiste, M.Vaillant et une centaine de verriers d'Albi en descendent.
Aussitôt une bordée de sifflets éclate, mêlée aux cris de « A bas Jaurès ! A bas l'Internationale ! A bas les Prussiens ! ». Le cortège se dirige vers l'hôtel Malaterre où la musique municipale joue la Carmagnole. Le commissaire de police fait saisir les instruments.
M.Jaurès allait franchir le seuil de l'hôtel Malaterre, quand un gamin de dix-sept ans lui porte successivement deux coups de sandale et fait voler son chapeau. Un mineur, d'un coup de poing, envoie rouler le gamin.
On part pour le Cercle d'Etudes sociales, à l'autre bout de la petite ville. Un banquet de cent cinquante couverts y est organisé.
La grande réunion qui a lieu dans le local du syndicat des mineurs est à peine commencée, au milieu des cris et du bruit strident des sifflets à roulette et des cornets à bouquin6, que le commissaire de police donna l'ordre de dissoudre. Les gendarmes pénètrent dans la salle et la font évacuer, au milieu du plus grand tumulte.
M.Henri Rochefort qui arrive en voiture à ce moment-là salue la foule et fait tourner bride à son cocher. M.Jaurès annonce qu'il va déposer une interpellation, dès son retour au Palais Bourbon.
Il n'avait pu dans la réunion prononcer que les paroles suivantes :

« Je suis particulièrement heureux de montrer Carmaux aujourd'hui à nos amis socialistes de toute la France.
Ils ont entendu les sifflets de Barthou. Ils ont vu à quelles provocations abominables, à quelles brutalités révoltantes le grand patron affameur, devenu affamé, a tenté de se livrer contre nous. Nos amis se sont aperçus qu'il n'y avait ici qu'une population décidée à ne pas se laisser remettre sous le joug, qu'elle a déjà subi ».

* * *
M.Jaurès ne se tint pas pour battu. Il résolut de revenir à Carmaux le 29 novembre. Le comité socialiste annonça cette venue par l'affiche suivante :

Comité républicain socialiste
Dimanche 15 novembre 1896, à 2 heures du soir,
dans la salle du syndicat des mineurs
à Carmaux

MEETING SOCIALISTE
Au cours duquel le citoyen Jean Jaurès, député de la circonscription, rendra compte de son mandat.

Présence assurée des citoyens Millerand, Vaillant, Pelletan, Jules Guesde, Marcel Sembat, Viviani, Thierry-Cazes, Rouanet, Chauvière, Sautumier, Groussier, Henri Turot, Raymond Leygue, Clovis Hugues, Girodet, Calvinhac, Faberot, Carnaud, Antide Boyer, Chauvin.

« Camarades,
Le 26 octobre, malgré les charges de gendarmerie, malgré les violences de toute sorte, - niées il est vrai, par celui qui les ordonna – vous aviez répondu avec empressement à notre appel et vous vous êtiez rendus en nombre important à cette réunion, au cours de laquelle votre sympathique député devait rendre compte de son mandat.
« Il est de notre devoir, aujourd'hui, de protester contre les provocations et aussi contre les abus de pouvoir et les illégalités commises par ceux-là mêmes qui se posent en gardiens de l'ordre.
« A cet effet, nous vous convions à venir en foule à la manifestation socialiste que nous avons organisée et à laquelle assisteront, aux côtés du citoyen Jaurès, les élus socialistes et les militants délégués des organisations ouvrières.
« Nous verrons bien si, cette fois encore, les stipendiés de la réaction oseront essayer de nous empêcher de manifester nos sympathies à ceux qui en sont vraiment dignes et si les dirigeants rétrogrades voudront, encore une fois, mettre un élu dans l'impossibilité de rendre des comptes à ses mandants.
« Citoyens,
Par votre fermeté, par votre sang-froid et par votre énergie, vous montrerez à la France ouvrière et socialiste qui a les yeux sur vous que Carmaux n'a rien abdiqué ni de sa fierté, ni de son indépendance.
« Vive la République sociale ! ».

Dès que M.Jaurès mit le pied sur le quai de la gare de Carmaux, vers onze heures du matin, il fut accueilli par une clameur immense : « A l'eau ! Fainéant ! ». Des cornets à bouquin ajoutent leur bruit assourdissant au cri strident des sifflets à roulettes.
M.Jaurès est accompagné de MM.Millerand, Viviani, Vaillant, Camille Pelletan, Sembat, Deville, Coutant, Chauvin, Chauvière et Dejeante, députés socialistes.
Précédé de deux commissaires de police, le cortège s'engage dans l'avenue de la gare. Les premières maisons sont occupées par les verriers de l'usine de M.Rességuier. Des croisées partent les projectiles les plus variés, des savates, des trognons de choux, des boules de cendre, de chaux ou de farine.
Il est midi lorsque le cortège arrive à l'hôtel Boyer, situé sur la grande place de Carmaux, où est servi un déjeuner. A ce moment, la musique municipale attaque la Carmagnole, à laquelle répond la Marseillaise, jouée par la musique rivale.
La verrerie Ste-Clotilde et l'hôtel Malaterre d'où étaient partis les sifflets et la Carmagnole, à la première visite de M.Jaurès, avaient été fermés.
Le meeting devait avoir lieu à deux heures. Plus de quatre mille personnes sont massées dans la salle du syndicat des mineurs et dans la vaste cour qui la précède.


À suivre...


NOTES:


1M. Hamelin avait ordre de « tout casser » s'il ne parvenait pas à constituer les fonds nécessaires à la verrerie.
2Et aussi : Marien Baudot, Davidot, Gaudin, Gidel, Renoux, Oulmière, Corrigé, Bruyas, Andouillé, Granger ; je ne reproduit pas ici les colonnes de chiffres (JLR).
3Le devis à l'époque.
4La faute au terme invariable est celle du bulletin mensuel du « Musée social » (drôle de nom pour un organe socialiste ! (JLR)
5Belle prescience de Jaurès, à la suite des Marx et Engels, par rapport à ce qui allait se passer à peine deux décennies plus tard, au cours d'un certain octobre 1917. (JLR)
6Instrument de musique en forme de serpent, de la famille des cuivres, très utilisé jadis dans les fêtes populaires et carnavals.

dimanche 21 mai 2017

« FEMINISME N'EST PAS RACISME » MAIS FONT-ELLES DES PIPES ?


« Ils lèchent, ils lâchent, ils lynchent ». (les journalistes vu par E.Macron)
« Je fais vendre comme une lessive » (le même)

Tu me dis que tu vas à Fès
Mais si tu dis que tu vas à Fès,
Cela signifie que tu n'y vas pas.
Mais il se trouve que je sais que tu vas à Fès.
Alors pourquoi me mentir, à moi qui suis ton ami ?

Dicton marocain


La Chapelle barjot ?

« Vendredi, une pétition dénonçait le harcèlement de rue, dont sont victimes plusieurs habitantes du quartier La Chapelle-Pajol, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. La ville de Paris et la préfecture de police ont reconnu vendredi "un sentiment d'insécurité" pour les femmes du quartier. Un dispositif dédié pour sanctionner les auteurs de ces actes et permettre au plus vite un retour à la normale doit être mis en place ». Une pétition réclamant en effet plus de pandores trouvait là son aboutissement misérable. Le premier article « provocateur » du Parisien, comme cet organe le reconnut le lendemain, faisait état d'un phénomène pourtant ancien en banlieues islamisées, mais avec une option plus anti-migrants envahissants que anti-islam, au nord cosmopolite de la capitale ; j'y suis passé la semaine précédente, c'est en effet un univers urbain très tiers-mondiste et haut en couleurs, qui me donna l'envie de m'y balader pour m'éviter les frais de voyage à New Delhi. Il y a sans doute des délits par intermittence et un ras le bol pour certaines, pas pour toutes (les malheureuses voilées)1 :
«Nous avons toutes droit à un traitement insupportable», souligne Nathalie, 50 ans, qui revendique trente années dans le quartier, et un climat «inédit» ces derniers mois : «Ce sont des injures, des réflexions incessantes. L’ambiance est angoissante, au point de devoir modifier notre itinéraire, notre tenue vestimentaire. Certaines ont même renoncé à sortir de chez elles». A l’image de cette vieille dame de 80 ans, agressée sexuellement alors qu’elle rentrait dans son immeuble, et désormais retranchée dans son appartement ». Violée à 80 ans dans son entrée d'immeuble, quelle chance ! mais faut pas abuser.
Celles et ceux qui abusent fonctionnent en effet par contre dans le déni de réalité de la dérangeante question sexuelle du migrant, comme du chômeur ou du clochard, un aveuglement volontaire propre au judéo-christianisme gauchiste et à la gauche bourgeoise moraliste. Le racisme est le pot de colle argumentaire pour n'importe quelle idiote féministe et lesbienne dominatrice, parfaitement ostraciste et raciste en privé. Est sorti du bois un nouveau concept de la novlangue: "Féminisme n'est pas racisme", truisme aussi efficace que le commercial "je suis Charlie" ou l'imbattable "islamophobie" (de islamobobologie); la novlangue nous abreuve régulièrement de clichés orwelliens quasi indéboulonnables et qui brisent d'emblée toute réflexion et tout esprit critique, tellement l'assemblage des contraires crée la confusion et couvre l'ignoble.
Faisons un instant comme les trolls d'internet, qui se contentent de recopier les extraits qui les choquent sans capacité à contre-argumenter :
« Une dizaine de manifestants ont contesté le rassemblement des femmes de la Chapelle contre le harcèlement de rue vendredi, rapporte Le Parisien. Regroupés derrière le slogan « Féminisme n’est pas racisme », ils dénoncent le fait que cette manifestation vise des populations immigrés : « Tout ça est une manipulation raciste d’associations qui ont tout fait pour expulser les migrants ces derniers mois », a expliqué une manifestante ».
Les manifestants en question ne sont en fait qu'une poignée de touristes gauchistes dont la plupart ne sacrifient même pas une soirée à aider les assocs caritatives ad hoc. La fachosphère s'est emparée du sujet plus vite que la gauchosphère silencieuse pour l'heure, tout comme les sites anti-français et anti-flics Bondy Blog et celui de la pire indigeste de la République. Le harcèlement des femmes dans la rue ou le métro n'est ni général ni nouveau ; à trop y mettre l'accent on encourage le matriarcat féministe et sa complicité pudibonde avec l'ordre moral. De toute façon il a bien longtemps que cette situation s'est installée. Des quartiers entiers sont habités par des gens d'une autre culture et d'une religion excluante qui veulent imposer leur manière de vivre archaïque et rétrograde. Que font tous ces hommes toute la journée ? Se demande le passant lambda. C'est le même aboutissement de ghettoïsation des populations qui a été largement répandue aux Etats-Unis depuis des décennies, et qui fonctionne si bien pour dissoudre la réalité des classes ; et quand, contrairement aux trente glorieuses, la masse des exclus et des chômeurs est clairement visible ; je dirai même « ne peut plus être cachée ».

AFRICAIN S'ABSTENIR ! LA SEXUALITE ABSENTE DES MIGRANTS

Les deux plaignants ont tort – Manif pour tous et Manif pour rien - et servent à masquer le fond du problème. Celles qui se plaignent des agressions, légitimement, oublient le contexte que décrit fort justement une blogueuse de Médiapart2, une incapacité des « pouvoirs publics », pour le pas dire le laxisme de la mairie socialo-gaucho-écolo par peur de se trouver confrontée aux vrais problèmes politiques des migrations de guerre et de misère. Je le répète, lorsqu'il est en guerre le capitalisme accompagne ses troupes de bordels ambulants pour éviter les viols généralisés dans les populations occupées3. La réponse de tous les impétrants empêtrés est la même, des édiles du pouvoir macronesque, de la fachosphère et jusqu'à la gauchosphère : « ce n'est pas acceptable ! », moralement s'entend, après... dans la pratique... advienne que pourra. La fachosphère réclame l'expulsion des « pervers » quand la gauchosphère réclame la « régularisation » des « victimes de notre colonialisme ». , mais dans notre époque de réaction morale « pacifiste », le sexe est considéré comme un crime. Le déni du besoin sexuel du chômeur, du clochard comme du migrant, je crois être le seul à l'avoir dénoncé ici (un de mes articles le plus lu), au moment de l'affaire de Cologne comme au moment du vote de la loi cynique des branleurs socialos pénalisant en France les clients des prostituées. L'ordre moral bourgeois gauchiste considère l'homme d'en bas comme un eunuque, il veut bien lui donner à manger, se servir de lui pour les jobs les plus cons4, mais pas question d'imaginer qu'il ait aussi des BESOINS SEXUELS !
Femme harcelée par un arabe à Barbès
   Aucun de nos moralistes ne se pose la question du pourquoi une telle agressivité de « population masculine dense et désoeuvrée » à l'égard de femmes (hors des codes de respect de la religion mahométane), vivant en France, habillées selon le code de séduction féminin en France, eux qui, pour la plupart, n'ont connu depuis l'enfance que la vision de sacs de patates ambulantes avec ou sans grillage. On leur a répondu – les amis d'Angélique Merkel – par des cours de comportement en Allemagne, surtout en piscine, mais pas en soupesant leurs désirs d'hommes !
Le chômeur sans dents n'a pas plus les moyens de s'offrir Meetic que le migrant de rencontrer sur « jecontacte », ne faisant pas partie de la race « indo-européenne » répertoriée dûment sur ces mêmes sites où un tas de mémères moches ne sont pas poursuivies pour racisme avéré par la justice classieuse et ses sectes antiracistes, pour leur annonce minable, « adopter » prince charmant : « surtout pas arabe et africain s'abstenir ». Pire que toutes les mémères de Noël vagissantes, les dames patronnesses du féminisme gaucho réac, qui défendent le migrant à condition qu'il ne se masturbe pas. Ces infirmières du capitalisme à parité hiérarchique égale se pincent le nez, car le migrant est sale, et elles soutiennent le marché du sexe aseptisé, qui veut bien couvrir de bandelettes hygiéniques le corps du migrant qui bande encore, comme les infirmières bourges de 14 qui déchiraient les lettres trop allusives aux pioupious, bien qu'on ait construit des bordels près des tranchées   5.

LE SEXE ENSEIGNé A L'ECOLE ?


Dans le communisme il faudra probablement supprimer les profs, ou revoir complètement cette fonction aliénée et aliénante qui ne sert qu'à reproduire inégalités et hiérarchie sociale. L'Eduque naze est l'objet de continuelles réformes ou propositions pour soi-disant rétablir « l'égalité des chances » dans chaque programme électoral bidon. Aucune réforme ne tient debout et chacune se ridiculise à tour de rôle.
Dans aucun programme électoral vous ne trouverez la rubrique : « besoins sexuels de la population »6.
De même que j'ai toujours moqué depuis 50 ans la présence des parents d'élèves dans les lycées, de même je ricane qu'on prétende enseigner le sexe à l'école. Depuis quand prétend-on enseigner la vie ? En terminale on se moquait des vieux profs qui voulaient nous enseigner Rimbaud ! Mais le système se ridiculise lui-même entre moralistes de gauche et moralistes de droite. Rigolons sur un enseignement prophylactique... du plaisir :

« L'enseignante Tiphanie Duperroux confirme que la notion de plaisir "n'est pas prévue au programme" et que les thèmes abordés sont la procréation, la puberté, comment fonctionnent les appareils reproducteurs, comment faire pour obtenir un enfant et la contraception... L'éducation sexuelle est donc "un chapitre comme un autre". La masturbation et toute forme d'apprentissage d'une jouissance personnelle n'y ont pas leur place. Jusqu'à la dernière réforme du collège, aucune trace de l'existence du clitoris dans les manuels scolaires quand la question de l'anatomie intime est abordée. Une lacune considérable, selon les sexologues, qui regrettent ce tabou, en particulier concernant la sexualité des femmes »7

Vous imaginez la réaction des enseignants proches des manifs pour tous ou des manifs pour rien s'ils apprenaient qu'un élève a obtenu une réponse professorale à : « une fille est-elle obligée de faire une pipe au garçon avant de lui faire un enfant ? ». Le prof serait renvoyé et l'élève expédié fissa en camp de déradicalisation ! C'est pourquoi je me suis demandé si les dames patronnesses du gauchisme
moral et consensuel avec la situation - seulement matérielle et religieuse -, des migrants pratiquaient elles-mêmes la fellation, ce dont je doute. Problème centenaire en effet, et récemment dé-tabouisé par Madame Figaro et les journalistes coquines de Libération et du Monde. Jadis les hommes allaient aux putes pour profiter de cette petite gâterie qui leur était invariablement refusée par « bobonne ». Jusqu'à la fin des années 1960, de rigoureuses enquêtes sexuelles démontraient que les femmes européennes et nord-américaines répugnaient à ce genre de pratique, pas très bon genre, dirai-je. Beaucoup se seraient libérées de l'appréhension depuis ces années dites de « révolution sexuelle », alors qu'on aperçoit encore tant de pipes ou de sodomies au fronton des cathédrales du Moyen âge ou sur les temples khmers.

   La bourgeoisie moderne n'a pas abandonné son chantage à la sexualité refoulée, maintenue ou brisée. En tête la bourgeoisie américaine a longtemps fait chanter ses hommes politiques « pédés », on les battait et les pourchassait jusque dans les chiottes dans les années 50 en France ; le coup monté contre Assange montre la veulerie du système si on touche à ses mensonges, la chasse sans fin au Polanski révèle plus l'obstination perverse du système judiciaire US qu'il ne se justifie pour une lointaine aventure du cinéaste avec une groupie mineure à l'époque et qui s'en tape.
   Bien avant le sinistre maccarthysme, en 1927, il fallut faire tomber aussi Charlie Chaplin - pour des raisons plus politiques que morales - un immigré anglais devenu gênant politiquement. Pour sûr, Chaplin avait des goûts opposés à ceux d'un Macron – à chacun ses fantasmes – il était porté sur les femmes plutôt adolescentes. Il ne fût pas poursuivi cependant pour pédophilie. Sa deuxième femme, Lisa Grey, lui fît un procès à scandale, l'accusant « d'actes anormaux » ; elle obtint un fabuleux dédommagement et Chaplin devint la cible des « manif pour tous » de l'époque, des ligues puritaines déchaînées comme une grossière indigeste de la pute publique. L'acte « anormal » réclamé par Chaplin n'était qu'une … simple pipe, au moins une fois de temps en temps ! (l'épouse vénale en profitait pour dénoncer aux flics et à leurs chefs de la magistrature qu'il lui avait demandé d'avorter... pour mieux renchérir le dédommagement).
Seul, le tout le groupe surréaliste français prit la défense de Chaplin, d'Aragon à Breton et à Péret avec ce titre génial « HANDS OFF LOVE » que la revue « La révolution surréaliste » reproduit en français car sa première version anglaise avait été sabotée par la présentation :

« La qualité du défendeur et la nature des arguments qu’on lui oppose valent qu’on s’arrête à la plainte de Madame Charlie Chaplin, telle qu’on a pu la lire dans Le Grand Guignol. Il va sans dire que ce qui suit suppose le document authentique, et bien qu’il soit du droit de Charlie Chaplin de nier les faits allégués, le phrases rapportées, tiendra pour conformes à la vérité ces faits, ces phrases. Il s’agit de voir ce qu’on trouve à opposer à un tel homme, d’apprécier les moyens qu’on emploie pour le réduire. Ces moyens reflètent étrangement la moyenne opinion morale aux Etats-Unis en 1927, c’est-à-dire celle d’un des plus grands groupements humains, opinion qui tendra à se répandre et à prévaloir partout, dans la mesure où l’immense réservoir qui s’engorge de marchandises dans l’Amérique du Nord est aussi un immense réservoir de sottise toujours prêt à se déverser sur nous et particulièrement à crétiniser tout à fait l’amorphe clientèle d’Europe, toujours à la merci du dernier enchérisseur. (…) Cependant l’état de femme mariée est une profession comme une autre, à partir du jour où la femme revendique comme dûe sa ration alimentaire et sexuelle. Un homme que la loi met dans l’obligation de vivre avec une seule femme, n’a d’autre alternative que de faire partager des moeurs qui sont les siennes à cette femme, de se mettre à la merci de cette femme. Si elle le livre à la malignité publique, comment se fait-il que la même loi qui a donné à l’épouse les droits les plus arbitraires ne se retourne pas contre elle avec toute la rigueur que mérite un abus de confiance aussi révoltant, une diffamation si évidemment liée à l’intérêt le plus sordide ? Et de plus comment se fait-il que les moeurs soient matière à législation ? Quelle absurdité ! Pour nous en tenir aux scrupules très épisodiques de la vertueuse et inexpérimentée Mme Chaplin, il y a du comique à considérer comme anormale, contre nature, pervertie, dégénérée et indécente l’habitude de la fellation (*). (Tous les gens mariés font cela, dit excellemment Chaplin). Si la libre discussion des moeurs pouvait raisonnablement s’engager, il serait normal, naturel, sain, décent de débouter de sa plainte une épouse convaincue de s’être inhumainement refusée à des pratiques aussi générales et parfaitement pures et défendables. Comment une pareille stupidité n’interdit-elle pas par ailleurs de faire appel à l’amour, comme cette personne qui à 16 ans et 2 mois entre consciemment dans le mariage avec un homme riche et surveillé par l’opinion, ose aujourd’hui le faire avec ses deux bébés, nés sans doute par l’oreille puisque le défendeur n’eut jamais avec elle des rapports conjugaux comme il est d’usage entre époux, ses bébés qu’elle brandit comme les sales pièces à conviction de ses propres exigences intimes ? Toutes ces italiques sont nôtres, et le langage révoltant qu’elles soulignent nous l’empruntons à la plaignante et à ses avocats, qui avant tout cherchent à opposer à un homme vivant le plus répugnant poncif des magazines idiots, l’image de la maman qui appelle papa son amant légitime, et cela dans le seul but de prélever sur cet homme un impôt que l’état le plus exigeant n’a jamais rêvé, un impôt ! qui pèse avant tout sur son génie, qui tend même à le déposséder de ce génie, en tout cas à en discréditer la très précieuse expression »8.

LA FRANCE COUPEE EN DEUX OU UN DEBAT POLITIQUE PSYCHOTIQUE ?


Manif pour tous, manif pour rien, identitaires contre islamo-gauchistes, gentils contre méchants, les oppositions politiques en France se focalisent encore et toujours sur la fabrique d'un monde binaire droite/gauche et vice versa, chaque faction s'agrégeant le monopole de la France « éternelle » ou « tolérante ». Les confrontations s'apparentent plutôt de plus en plus à des querelles de fous. Je ne suis plus persuadé qu'on puisse éviter une part de psychopathologie dans toutes les confrontations politiques. L'école de Palo Alto a démontré qu'on ne pouvait plus considérer la schizophrénie comme un phénomène individuel, et que les interprétations génétiques et physiologiques doivent être remaniées en profondeur pour étudier de plus près un phénomène, pourtant ancien : le système interpersonnel (cf. L'auteur de « Faites votre malheur vous-même », Paul Watzlawick). Au dix-neuvième siècle deux psychiatres français avaient levé le lapin, ce que l'on peut voir chez le couple fusionnel comme dans les relations de groupes conflictuels dans une société éclatée et dépassée par ses propres phénomènes de décomposition :
« Dans le délire à deux, l'aliéné, l'agent provocateur , répond, en effet, au type dont nous venons d'esquisser les principaux traits. Son associé est plus délicat à définir, mais avec une recherche persévérante, on arrive à saisir les lois auxquelles obéit ce second facteur de la folie communiquée... Une fois que le contrat tacite qui va lier les deux malades a été à peu près conclu, il ne s'agit pas simplement d'étudier l'influence de l'aliéné sur l'homme supposé sain d'esprit, mais il importe de rechercher l'action inverse du raisonnant sur le délirant et de montrer par quels compromis mutuels s'effacent les divergences »9.

   Pour être clair, indépendamment du fait que je peux démontrer très précisément et concrètement cette réalité - qui explique autant mystification interpersonnelle que mystification électorale (par ex. la névrose anti-fasciste si prégnante, forme de paranoïa républicaine bourgeoise à destination des dépressifs...et la psychose du chantage au chaos) - les débats politiques actuels excluent toute rationalité et conscience de classe ; il sont proprement aliénés et fantasmatiques ; ils tournent en rond en particulier sur le sujet des vagues migratoires, avec, dans les deux parties, la trouille de la transgression sexuelle des migrants. Le capitalisme décadent parvient à mystifier la réalité en niant les besoins humains fondamentaux, il est le psychiatre mentaliste qui parvient encore à faire croire aux hommes qu'ils sont un peu fous et qu'ils feraient mieux de s'en remettre à la providence .
Si l'info, dominée généralement désormais par le fait divers (qui ne fait pas toujours diversion) est biaisée et perverse, son décryptage ou remise en situation dépend de la capacité du prolétariat à se débarrasser des bassesses qu'il subit tous les jours, au plan mental et sexuel, comme au plan salarial.



LES MIGRANTS NE SONT-ILS PAS DEVENUS NOS IRLANDAIS ?


LES MIGRANTS SOUS LE METRO PARISIEN DOIVENT-ILS SE CONTENTER DE MANGER DES POMMES DE TERRE COMME LES IRLANDAIS DE JADIS ? (explication analogique de Karl Marx)

« Nous avons vu quelle signification prend sous le socialisme la richesse des besoins humains et, par suite, quelle signification prennent un nouveau mode de production et un nouvel objet de la production : c'est une manifestation nouvelle de la force essentielle de l'homme et un enrichissement nouveau de l'essence humaine. Dans le cadre de la propriété privée, les choses prennent une signification inverse. Tout homme s'applique à créer pour l'autre un besoin nouveau pour le contraindre à un nouveau sacrifice, le placer dans une nou­velle dépendance et le pousser à un nouveau mode de jouissance et, par suite, de ruine écono­mique. Chacun cherche à créer une force essentielle étrangère dominant les autres hommes pour y trouver la satisfaction de son propre besoin égoïste. Avec la masse des objets augmen­te donc l'empire des êtres étrangers auquel l'homme est soumis et tout produit nouveau renforce encore la tromperie réciproque et le pillage mutuel. L'homme devient d'autant plus pauvre en tant qu'homme, il a d'autant plus besoin d'argent pour se rendre maître de l'être hostile, et la puissance de son argent tombe exactement en raison inverse du volume de la production, c'est-à-dire que son indigence augmente à mesure que croît la puissance de l'argent. - Le besoin d'argent est donc le vrai besoin produit par l'économie politique et l'unique besoin qu'elle produit. La quantité de l'argent devient de plus en plus l'unique et puissante propriété de celui-ci; de même qu'il réduit tout être à son abstraction, il se réduit lui-même dans son propre mouvement à un être quantitatif. L'absence de mesure et la démesure deviennent sa véritable mesure.
- Sur le plan subjectif même cela se manifeste d'une part en ceci, que l'extension des produits et des besoins devient l'esclave inventif et toujours en train de calculer d'appétits inhumains, raffinés, contre nature et imaginaires - la propriété privée ne sait pas transformer le besoin grossier en besoin humain; son idéalisme est l'imagination, l'arbitraire, le caprice et un ennuque ne flatte pas avec plus de bassesse son despote et ne cherche pas à exciter ses facultés émoussées de jouissance pour capter une faveur avec des moyens plus infâmes que l'eunuque industriel, le producteur, pour capter les pièces blanches et tirer les picaillons de la poche de son voisin très chrétiennement aimé. - (Tout produit est un appât avec lequel on tâche d'attirer à soi l'être de l'autre, son argent ; tout besoin réel ou possible est une faiblesse qui attirera la mouche dans la glu ; - exploitation universelle de l'essen­ce sociale de l'homme, de même que chacune de ses imperfections est un lien avec le ciel, un côté par lequel son cœur est accessible au prêtre ; tout besoin est une occasion pour s'approcher du voisin avec l'air le plus aimable et lui dire : cher ami, je te donnerai ce qui t'est nécessaire ; mais tu con­nais la condition sine qua non; tu sais de quelle encre tu dois signer le pacte qui te lie à moi; je t'étrille en te procurant une jouissance). L'eunuque industriel se plie aux caprices les plus infâmes de l'homme, joue l'entremetteur entre son besoin et lui, excite en lui des appétits morbides, guette chacune de ses faiblesses pour lui demander ensuite le salaire de ces bons offices.
  • Cette aliénation apparaît d'autre part en produisant, d'un côté, le raffinement des besoins et des moyens de les satisfaire, de l'autre le retour à une sauvagerie bestiale, la simplicité complète, grossière et abstraite du besoin ; ou plutôt elle ne fait que s'engendrer à nouveau elle-même avec sa signification opposée. Même le besoin de grand air cesse d'être un besoin pour l'ouvrier; l'homme retourne à sa tanière, mais elle est maintenant empestée par le souffle pestilentiel et méphitique de la civilisation et il ne l'habite plus que d'une façon précaire, com­me une puissance étrangère qui peut chaque jour se dérober à lui, dont il peut chaque jour être [XV]. expulsé s'il ne paie pas. Cette maison de mort, il faut qu'il la paie. La maison de lumière, que, dans Eschyle, Prométhée désigne comme l'un des plus grands cadeaux qui lui ait permis de transformer le sauvage en homme, cesse d'être pour l'ouvrier. La lumière, l'air, etc., ou la propreté animale la plus élémentaire cessent d'être un besoin pour l'homme. La saleté, cette stagnation, cette putréfaction de l'homme, ce cloaque (au sens littéral) de la civilisation devient son élément de vie. L'incurie complète et contre nature, la nature putride devient l'élément de sa vie. Aucun de ses sens n'existe plus, non seulement sous son aspect humain, mais aussi sous son aspect inhumain, c'est-à-dire pire qu'animal. On voit revenir les modes (et instruments) les plus grossiers du travail humain : la meule   [149] des esclaves romains est devenue le mode de production, le mode d'existence pour beaucoup d'ouvriers anglais. Il n'est pas assez que l'homme n'ait pas de besoins humains, même les besoins animaux cessent. L'Irlandais ne connaît plus que le besoin de manger, et, qui plus est, seulement de manger des pommes de terre, et même des pommes de terre à cochon, celle de la pire espèce. Mais l'Angle­terre et la France ont déjà dans chaque ville industrielle une petite Irlande. Le sauva­ge, l'animal ressentent pourtant le besoin de la chasse, du mouvement, etc., de la société. - La simplification de la machine, du travail est utilisée pour transformer en ouvrier l'homme qui en est encore au stade de la formation, l'homme qui n'est encore absolument pas développé - l'enfant -, tandis que l'ouvrier est devenu un enfant laissé à l'abandon. La machine s'adapte à la faiblesse de l'homme pour transformer l'homme faible en machine". 

Dans mon livre « Marx était-il dépressif ? » (Attali pense que oui) j'ai reproduit une autre traduction de la partie frappante de ce texte, qui exprime un Marx avec une vision non limitée à la sphère ouvrier/patron (mais un Marx de jeunesse exclu de l'interprétation étroite des « gauches communistes », c'est pourquoi la crise PAV-JJ dans le CCI ne trouva pas d'explication ni chez l'arrogant couple manipulateur ni chez les victimes, au nom du fait qu'il ne pouvait y avoir de « lutte pour le pouvoir », même pas celui sur les individus par l'organe central.. d'une organisation hors capitalisme) :
« Chaque homme cherche à créer chez l'autre un nouveau besoin (…) pour lui imposer une nouvelle dépendance et pour l'amener à un nouveau mode de jouissance (…) Chacun s'efforce de créer au-dessus des autres une force étrangère, afin d'y trouver la satisfaction de son propre besoin égoïste. Ainsi, avec la masse des objets croît le règne des êtres étrangers auxquels l'homme est asservi, et chaque nouveau produit est une nouvelle possibilité pour la tromperie et la spoliation réciproques » (p.261, traduc de Rubel?), et lire aussi p.293, Marx et Freud par Paul Mattick.




NOTES

1Quoique... Voilée peut être violée ! Omerta médiatique garantie sur la situation de la minorité de femmes dans les camps ou regroupements de réfugiés, où, inévitablement, rançon de la pauvreté extrême, plusieurs sont obligées de se prostituer avec l'accord du mari, pas forcément candauliste. Sous le voile, la putain forcée gagne au moins le droit de ne pas se faire importuner par ses clients sous le métro lorsqu'elle passe avec son cabas pour aller chez LIDL (boche boutique) quérir une nourriture sans qualité pour nourrir les petits. Comme quoi, le voile cache le pire, une humiliation plus grande de l'être humain transparent : la femme.

2« La surpopulation du quartier, quasiment masculine peut créer une impression de malaise pour les femmes. L'aménagement public ou plutôt le non-aménagement public accentue le sentiment d'insécurité, avec une circulation très dense de véhicules, des carrefours et des rues difficiles à traverser, des sorties de métro trop étroites qui font qu'on a du mal à tenir sur le trottoir. (…) Ce quartier, bien plus pauvre que la moyenne parisienne voit régulièrement arriver les plus démunis. Ainsi, à l'été 2016, un camp de migrants qui s'était installé sous le métro aérien a fait beaucoup parler de lui, de par son surpeuplement et des niveaux d'hygiène et de survie indignes. Ce camp venait bien évidemment renforcer l'occupation de l'espace public par une population très masculine et très nombreuses (les migrants sont pour la plupart des hommes) . Une fois ce camp détruit (on passera sur les conditions d'expulsion), l'espace précédemment occupé a été totalement grillagé (pour empêcher l'installation de nouveaux camps) renforçant encore la pénurie d'espace public et l'aspect hostile du paysage urbain. L'article du Parisien dénonce certainement un état de fait. Une population masculine dense et parfois désoeuvrée, occupant l'espace public car disposant pour la plupart de peu ou pas d'espace privé (mal-logement, insalubrité...) peut certainement adopter des comportements déviants et de harcèlement à l'égard de la gent féminine. Ce n'est pas acceptable.  Il est indiqué dans l'article du Parisien que la police ne réagit jamais. si cela est vrai, cela  n'est pas plus acceptable ». https://blogs.mediapart.fr/annick-vignes/blog/190517/commentaire-sur-un-article-du-parisien-les-femmes-chassees-des-rues-chapelle-pajol


3Il y aurait un livre à écrire sur les conditions des viols pendant la deuxième boucherie mondiale, fort surprenant ! Par exemple l'armée US débarquant en France a plus violé que l'armée allemande où le viol était puni par pendaison ; l'interdiction du viol des femmes juives, sous prétexte de non salissure raciale, était, officiellement du même ordre même sous l'apparente argutie raciale (mais peu respecté, voir mon article sur Smolny : « Le chemin de Dannes), le viol militaire favorise toujours l'expansion d'un terrorisme légitime parmi la population civile humiliée doublement. (Je me base ici sur des témoignages dans le Pas de Calais, où les vieux soldats allemands rescapés du front russe, et certainement acteurs de la révolution de 1919, se comportèrent dignement avec les femmes, au contraire des yankees victorieux...).

4On signale une arrivée croissante de migrants rejetés d'Allemagne, où il apparaît clairement que Merkel garde les ingénieurs et nous refile les prolétaires sans qualification. Sous le discours humanitaire du capital germano-européen perce le cul de l'hypocrisie.

5 « Ainsi l’éco-féminisme cher à Antoinette Fouque rappelait-il en décembre 2015, à l’occasion de la COP21, que le premier environnement de l’humain, c’est l’utérus.
« Si les racines de l’association entre sexe et crasse remontent à la nuit des temps, elles n’en gardent pas moins un impact culturel, symbolique, marketing d’une modernité sans failles. Dites-moi comment vous lavez votre sexe, je vous dirai dans quelle société vous vivez.
Commençons par le plus évident : traditionnellement, c’est sur le corps féminin que pèsent les stigmas de malpropreté, de faiblesse, de moiteur. Les femmes sont donc les premières cibles des produits spécialisés – lesquels promettent, croix de bois, croix de fer, de respecter leur fragilité intrinsèque, car nos vagins sont aussi délicats que des coquelicots ou des soufflés au cheddar. Les métaphores florales vont bon train, les insécurités rampantes aussi. Il s’agit d’être impeccable pour son homme, fraîche donc disponible, sans odeur donc sans passé – sans ex-amoureux, zone vierge à défricher. (http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2017/05/14/ce-que-l-hygiene-sexuelle-dit-de-notre-societe_5127431_4497916.html) Transition féministe oblige, les hommes prennent désormais leur part de cette injonction au propre : gels spéciaux, poudres de perlimpinpin, pilules modifiant le goût de la semence, lingettes dédiées soit au pénis (qu’il s’agit de décaper et/ou de revigorer), soit aux testicules (que l’homme contemporain préférera « fraîches et sèches »). Les emballages ne mentionnent pas ce qui se passe si vous vous trompez de lingette, ce dont nous déduirons qu’une lotion testiculaire fait tomber le pénis en poussière. Les plus consciencieux jetteront leur dévolu sur le savon spécial prépuce, zone dont on apprend par cette occasion qu’elle est constituée d’un épiderme de nature entièrement différente du reste du corps – peau de bête ou peau de chagrin, on vous laisse décider. Et bien sûr, enfin : société de classe, obsédée par la dépense, indifférente au prix environnemental de nos luxes superflus. Société toujours malade du corps, qui fait de la sexualité une insécurité, de la nature un problème… et de nos routines matinales une boucle de consommation paradoxalement antihygiénique au possible. Un exemple simple : se raser les parties intimes pour les rendre « propres », c’est multiplier les chances d’attraper une infection, qu’on tentera de contrôler à coups de remèdes détruisant la flore vaginale – stop ! Quoi que laissent entendre les rayons de votre supermarché, le vagin est autonettoyant. Le pénis et la vulve se lavent comme le reste du corps, avec attention, certes, mais avec tendresse avant tout – savonnez, rincez, séchez, c’est terminé. Le mieux est l’ennemi du bien. Et si vraiment vous voulez une tisane, plutôt que vous asseoir dessus : buvez-la. (Maïa Mazaurette Journaliste au Monde).

6Alors qu'en temps que français moyen je suis déjà pour la formule d'Henri IV : « une poule au pot pour chaque français », et j'ajoute « pour chaque immigré ». Le système d'ordre moral des Hollande, Macron et Merkel est même indigne du niveau humain atteint par les religions. L'injonction au mariage pour tous (version hétéro uniquement) date de l'antiquité évoluée, c'est à dire que les pouvoirs régaliens savaient qu'une garantie de base de la paix sociale résidait dans … l'accouplement régulier pour tous, et non pas dans cette saloperie de solitude à laquelle aucun programme des capitalistes en lice ne s'attaque. L'état misérable auquel est vouée l'espèce humaine n'est jamais tant représenté que dans les maisons gériatriques où toute formation de couple hétérosexuel ou homosexuel est découragée, où le personnel se moque des vieux couples ou de pépère surpris en train de se chatouiller le poireau. La solitude est devenue un marché : consommation compensatoire, refuge masturbatoire sur les sites pornos gratos. L'hédonisme individualiste favorisé par le règne du dieu marchandise vante autant l'avortement (comme droit automatique de tuer dans l'oeuf) qu'il accélère le processus des divorces. Même Mektoub, site de rencontre pour musulmans, est de plus en plus un cimetière de mariages ratés, comme me le racontait l'autre jour mon ami Abdel. Le capitalisme libéral-libertaire n'a plus pour morale que la destruction et atomisation des individus ; et il s'en flatte, alors que le mariage ou l'union dans la durée d'un couple qui s'aime n'est pas forcément réactionnaire ni ringard !

7 http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/sexualite-a-l-ecole-le-nouveau-combat-de-la-manif-pour-tous-7788418030


8« UNE VIE DE CHIEN : à l’heure actuelle c’est celle de l’homme dont le génie ne sauvera pas la patrie, de l’homme à qui tout le monde va tourner le dos, qu’on ruinera impunément, à qui l’on enlèvera tout moyen d’expression, qu’on démoralise de la façon la plus scandaleuse au profit d’une sale petite bourgeoise haineuse et de la plus grande hypocrisie publique qu’il soit possible d’imaginer. Une vie de chien. Le génie pour la loi n’est de rien quand le mariage est en jeu, le sacré mariage. Le génie d’ailleurs n’est de rien à la loi, jamais. Mais l’aventure de Charlot manifeste, au delà de la curiosité publique et des avocasseries malpropres, de tout ce déballage honteux de la vie intime qui toujours se ternit à cette clarté sinistre, l’aventure de Charlot manifeste aujourd’hui sa destinée, la destinée du génie. Elle en marque plus que n’importe quelle oeuvre le rôle et la valeur. Ce mystérieux ascendant qu’un pouvoir d’expression sans égal confère soudain à un homme nous en comprenons soudain le sens. Nous comprenons soudain quelle place en ce monde est celle du génie. Il s’empare d’un homme, il en fait un symbole intelligible et la proie des brutes sombres. Le génie sert à signifier au monde la vérité morale, que la bêtise universelle obscurcit et tente d’anéantir. Merci donc à celui qui sur l’immense écran occidental, là-bas, sur l’horizon où les soleils un à un déclinent, fait aujourd’hui passer vos ombres, grandes réalités de l’homme, réalités peut-être uniques, morales, dont le prix est plus haut que celui de toute la terre. La terre à vos pieds s’enfonce. Merci à vous par delà la victime. Nous vous crions merci, nous sommes vos serviteurs.
MAXIME ALEXANDRE, LOUIS ARAGON, ARP, JACQUES BARON, JACQUES-ANDRÉ BOIFFARD, ANDRÉ BRETON, JEAN CARRIVE, ROBERT DESNOS, MARCEL DUHAMEL, PAUL ELUARD, MAX ERNST, JEAN GENBACH, CAMILLE GOEMANS, PAUL HOOREMAN, EUGÈNE JOLAS, MICHEL LEIRIS, GEORGES LIMBOUR, GEORGES MALKINE, ANDRÉ MASSON, MAX MORISE, PIERRE NAVILLE, MARCEL NOLL, PAUL NOUGÉ, ELLIOT PAUL, BENJAMIN PÉRET, JACQUES PRÉVERT, RAYMOND QUENEAU, MAN RAY, GEORGES SADOUL, YVES TANGUY, ROLAND TUAL, PIERRE UNIK.
http://melusine-surrealisme.fr/site/Revolution_surrealiste/Revol_surr_9_10.htm
Les créateurs sont souvent en avance même sur les plus révolutionnaires politiques. En France, plusieurs comiques et chanteurs inventent le vent libertaire de 68 dès le milieu des sixties. On oublie que nombre de créations modernes sont soit en référence soit en hommage au prolétariat, dont ce penseur de Rodin qui orne mon blog et auquel j'ai ajouté ce portable dérisoire qui symbolise une grande demande de communication mais aliénée et cloisonnée. Le film "L'équipée sauvage" des Hells Angels avec le sublime Brando qui avait voulu en faire une dénonciation de l'exploitation des "cols bleus". En 1953, pour certains ouvriers aller rouler à fond la caisse en Harley pendant le weekend était leur seul défoulement pour oublier la semaine en usine, mais la censure bourgeoise hollywoodienne a fait des coupes qui dénaturent le scénario, et le film n'apparaît plus que comme une aventure d'une bande de voyous.


9« La folie à deux ou folie communiquée » de Lasègue et Falret (1877) republié en 1971 à Toulouse, Privat.