"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 16 juillet 2013

DEBAT SUR LES TARES DU BOLCHEVISME








 Le 14/07/2013 08:45, Paris Robert a écrit :

Je lis ton gros ouvrage sur le maximalisme. Très documenté et intéressant. Des critiques cependant, en plus des désaccords politiques. Le maximalisme n'a pas seulement été critique du stalinisme, il a été le courant dominant de l'extrême gauche communiste européenne pendant la vague révolutionnaire de 1917-1923. Il faudrait rapporter sa politique en la matière, dans les écrits et dans les actes. Bordiga a dirigé politiquement. Le KAPD était plus important que le KPD. Il y avait déjà, avant le stalinisme, les divergences avec les points de vue de Lénine et Trotsky et cela a eu des conséquences dans les actes. Il serait intéressant de rapporter lesquels. Rosa Luxemburg était en partie maximaliste aussi. Quelles conséquences sur sa politique ? Et les Polonais ? Ceci dit, c'est un ouvrage d'un révolutionnaire et c'est bien sûr à relever dans un environnement d'extrême gauche qui se fout de la révolution et tient à son activisme réformiste !

Cher Robert Paris,

Tes remarques sont ponctuellement justes et recevables, cela pourra me demander un travail complémentaire ultérieur, car j'ai déjà effectué un corrigé général des nombreuses fautes de frappe ou d'ortho ainsi que d'imprécisions. Ton questionnement renvoie à une nécessaire bibliographie plus étoffée, où existe réponse à tes remarques (nota Serge Bricianer, Bourrinet, Michel Roger, etc.). J'espère que tu passes de bonnes vacances bien qu'elles ne signifient plus grand chose pour nous pauvres rentiers cloués à un quotidien sans horaires fixes, sans chef et sans surveillant,
amicalement,

 JLR


·  Cher Jean-Louis,
Ma remarque soulignait un point qui me semble plus être un désaccord : les « gauches communistes » ou « maximalistes » européens estiment que la révolution a été un échec en Russie du fait de la politique léniniste (ou trotskyste) alors que c’est la vague révolutionnaire qui a échoué en Europe et, du coup, aussi en Russie où elle avait d’abord réussi. Et, dans l’échec européen, on ne peut se contenter d’incriminer nos ennemis et nos faux amis, les bourgeoisies, leurs armées et les dirigeants de la droite social-démocrate. Il faut aussi incriminer les dirigeants communistes eux-mêmes, surtout quand on ne s’est pas gênés pour le faire à propos de la révolution russe… Or, il se trouve que la quasi-totalité des dirigeants de l’aile révolutionnaire communiste européenne sont peu ou prou maximalistes. Donc…
Par exemple, le refus de considérer les revendications paysannes et celles des nationalités en Pologne et le refus d’admettre que l’entrée de l’armée russe en Pologne allait être perçue comme une intervention oppressive ont été des caractéristiques du courant dominant du communisme polonais et une cause, selon moi, de l’échec de la révolution en Pologne.
·  15 juillet 06:12, par Robert (ajout sur son blog mais pas dans le courrier e-mail)
Voici un texte sur cette question :
·  15 juillet 14:29, par J-L Roche
Cher Robert,
Vaste débat où il y a risque de confusion dans ta façon de présenter les choses plus que désaccords :
1. comme l’a dit Rosa les bolcheviks ne pouvaient pas faire autrement,
2. dans la non extension de la révolution mondiale il ne reste plus à un moment donné qu’à "gérer la dégénérescence" (dixit à la manière de l’Opposition ouvrière) et dans le repli Lénine et Trotsky trahissent les principes (sur le rapport du parti et de l’Etat + identification à la nation) ; Trotsky veut "militariser" les organes de défense immédiate de la classe et développe des théories stupides (terrorisme, le truc de la guerre révolutionnaire, puis le Front unique avec les partis bourgeois, etc.)
3. ensuite on peut toujours constater que les masses n’ont pas été à la hauteur (Bitot va jusqu’à dire qu’elles ont trahi les spartakistes...), mais ce ne peut être pour atténuer les erreurs et faiblesses théoriques des bolcheviks ; moi je le formule ainsi (ainsi que je l’ai rappelé à votre réunion) : alors que la révolution avait éclaté dans les pays vaincus (Russie, Italie, Allemagne) est stoppée par la paix provisoire de la bourgeoisie US : en France, en GB en particulier, malgré le nombre de trouffions massacrés, la bourgeoisie de ces pays se donne les moyens d’éviter la généralisation.
4. Tu as tort de confondre les critiques des maximalistes (gauche germano-hollandaise, Gorter, Appel et Cie) avec les erreurs bolchevico-trotskystes à ton sens. (J’ai connu Jan Appel, président des Conseils ouvriers de Hambourg et de Berlin, et j’ai été chargé de son éloge funèbre à Masstricht vers 1985). D’autant que comme l’a fort bien dit Trotsky face à la montée du nazisme (’"il est des moments où l’histoire nous échappe complètement"), indépendamment des aléas de l’histoire, la lutte pour les principes théoriques les plus avancées doit être tranchée. Il ne s’agit pas comme une certaine ultra-gauche bobo et ignorante des positions de classe l’a fait en France trop longtemps à mon avis, de renier les immenses apports de Lénine et Trotsky, mais de se féliciter que leurs faiblesses aient été décryptées par des camarades du même camp maximaliste (eux-mêmes avec leurs propres limites ou sinuosités, cf. les Bordiga et Pannekoek). Jan Appel dénonce la stratégie syndicale des bolcheviks dès le début à Moscou et se fait rouler dans la boue par la claque trotskiste (cf. cr de la réunion ed la vecchia talpa, vers le milieu des années 1970).
La bourgeoisie a été plus forte que nous, le cours de l’histoire n’a pas accouché de la révolution mondiale, les masses sont restées majoritairement soumises et réformistes, mais il serait trop facile d’en rester au culte du bolchevisme pour continuer à passer sous silence ou amoindrir l’apport incontestable des "gauches maximalistes"... pour la prochaine fois. J’ai assez développé sur le mythe de la guerre révolutionnaire pour que tu saches que je n’ignore pas les contradictions de la politique du "passage en force" des bolcheviks (mais aussi du KAPD OK à l’époque pour le forçage par la "guerre révolutionnaire" même en écrasant les paysans) et la position girondine et militariste de Trotsky concernant l’invasion de la Pologne en 1920. Cette dernière question est hélas complètement esquivée par le vague milieu maximaliste qui végète de nos jours : bordiguisants et conseillistes croient encore aux fadaises sur l’extension armée, principale erreur bolchevik en Pologne et à... Kronstadt. D’une façon ou d’une autre, les leçons qui ne sont pas tirées des échecs révolutionnaires ou le refus de restauration des principes se payent toujours par de nouveaux échecs ou handicapent tout pas en avant historique (par ex. la Commune de Paris est restée trop limitée par l’exemple jacobin, allant jusqu’à en parodier ridiculement certaines appellations). C’est la critique de la révolution russe in vivo et post festum qui nous arme aujourd’hui, pas la critique au même niveau des critiques maximalistes de cette même révolution.
amicalement,
JLR
·  16 juillet 07:25, par Robert
Ne craignons pas d’examiner les critiques des gauches communistes (ou maximalistes) sur la politique bolchevique, dis-tu avec raison, et ne craignons pas de reconnaître les insuffisances du prolétariat européen. Je te répondrais inversement : ne craignons pas de reconnaître les limites de ce que pouvait faire le prolétariat russe isolé et de voir dans les échecs européens les erreurs politiques des leaders communistes révolutionnaires qui, majoritairement, étaient de la gauche communiste maximaliste. Par exemple en 1920 en Italie et en 1921 en Allemagne, ces maximalistes sont aux manettes dans les luttes sociales et politiques, dans les révolutions. On peut examiner si leurs conceptions politiques éclairent, orientent, donnent une boussole à la lutte révolutionnaire ou pré-révolutionnaire. Et si leurs divergences politiques avec les conceptions de Lénine et Trotsky ne les désorientent pas au contraire. La révolution russe n’était pas russe et ne pouvait pas triompher de manière russe. C’est seulement Staline qui inventera le socialisme dans un seul pays. C’est donc les possibilités de la vague révolutionnaire qu’il faut étudier. Le propre du courant maximaliste a été de combattre le réformisme de manière anti-dialectique, c’est-à-dire de se couper des aspirations réformistes des masses sous prétexte de combattre la trahison réformiste des chefs. Le propre de la politique de Lénine et Trotsky est de partir des besoins objectifs de la situation de la lutte des classes. Et de reconnaître les contradictions dialectiques au sein de ces rapports et de a conscience qui en découle. Dialectique ? Oui celle qui oppose le caractère national et pas seulement national de la révolution européenne avec des questions nationales et paysannes (donc locales) à prendre en considération. Le caractère prolétarien mais pas seulement prolétarien de ces révolutions car les aspirations des peuples ne sont pas que prolétariens : démocratiques, nationaux, paysans, des nationalités opprimées (et pas seulement en Russie : dans toute l’Europe de l’Est). Ne pas opposer diamétralement la lutte démocratique contre la dictature à la lutte révolutionnaire prolétarienne, la lutte économique et la lutte politique, la grève générale ouvrière à la grève insurrectionnelle, les conseils à caractère réformistes aux soviets, etc… Nous avons là des différences avec les courants « gauche » et celui de Lénine et Trotsky. Je ne dis pas avec les bolcheviks car la révolution russe a bien montré des différences politiques déterminantes au sein des bolcheviks. Zinoviev, Kamenev, Boukharine, et autres ne sont pas sur la même ligne.

·  16 juillet 07:33, par Robert
Cher Jean-Louis,
Tu intitulais ton intervention « l’œuf et la poule », et tu penses sans doute que les cercles vicieux de la bureaucratisation et de l’isolement de la révolution n’ont pas de solution théorique ou pratique. La nature a nécessairement trouvé une solution pour le problème réel et la révolution devait aussi trouver une solution. Comme dans la nature, la solution existait au sein même du problème. La révolution russe n’est isolée que par la pensée. Lénine et Trotsky avaient parfaitement conscience de cela. Et, en même temps, ils devaient absolument répondre aux particularités de la situation en Russie pour réussir… Contradiction ?
Voilà ce qui nécessiterait d’être examiné : quand le KAPD prend une situation pour une autre du fait de ses conceptions diamétrales ou quand Bordiga oppose diamétralement comités ouvriers et soviets, lutte économique et lutte révolutionnaire, lutte révolutionnaire et lutte antifasciste...

Cher Jean-Louis,

J’espère que cela ne t’embête pas si je mets notre discussion privée sur le site. D’autre part, exactement comme pour l’œuf et la poule, tu penses sans doute que les cercles vicieux de la bureaucratisation et de l’isolement de la révolution n’ont pas de solution théorique ou pratique. La nature a nécessairement trouvé une solution pour le problème réel et la révolution devait aussi trouver une solution. Comme dans la nature, la solution existait au sein même du problème. La révolution russe n’est isolée que par la pensée. Lénine et Trotsky avaient parfaitement conscience de cela. Et, en même temps, ils devaient absolument répondre aux particularités de la situation en Russie pour réussir… Contradiction ?

Ne craignons pas d’examiner les critiques des gauches communistes (ou maximalistes) sur la politique bolchevique, dis-tu avec raison, et ne craignons pas de reconnaître les insuffisances du prolétariat européen. Je te répondrais inversement : ne craignons pas de reconnaître les limites de ce que pouvait faire le prolétariat russe isolé et de voir dans les échecs européens les erreurs politiques des leaders communistes révolutionnaires qui, majoritairement, étaient de la gauche communiste maximaliste. Par exemple en 1920 en Italie et en 1921 en Allemagne, ces maximalistes sont aux manettes dans les luttes sociales et politiques, dans les révolutions. On peut examiner si leurs conceptions politiques éclairent, orientent, donnent une boussole à la lutte révolutionnaire ou pré-révolutionnaire. Et si leurs divergences politiques avec les conceptions de Lénine et Trotsky ne les désorientent pas au contraire. La révolution russe n’était pas russe et ne pouvait pas triompher de manière russe. C’est seulement Staline qui inventera le socialisme dans un seul pays. C’est donc les possibilités de la vague révolutionnaire qu’il faut étudier. Le propre du courant maximaliste a été de combattre le réformisme de manière anti-dialectique, c’est-à-dire de se couper des aspirations réformistes des masses sous prétexte de combattre la trahison réformiste des chefs. Le propre de la politique de Lénine et Trotsky est de partir des besoins objectifs de la situation de la lutte des classes. Et de reconnaître les contradictions dialectiques au sein de ces rapports et de a conscience qui en découle. Dialectique ? Oui celle qui oppose le caractère national et pas seulement national de la révolution européenne avec des questions nationales et paysannes (donc locales) à prendre en considération. Le caractère prolétarien mais pas seulement prolétarien de ces révolutions car les aspirations des peuples ne sont pas que prolétariens : démocratiques, nationaux, paysans, des nationalités opprimées (et pas seulement en Russie : dans toute l’Europe de l’Est). Ne pas opposer diamétralement la lutte démocratique contre la dictature à la lutte révolutionnaire prolétarienne, la lutte économique et la lutte politique, la grève générale ouvrière à la grève insurrectionnelle, les conseils à caractère réformistes aux soviets, etc… Nous avons là des différences avec les courants « gauche » et celui de Lénine et Trotsky. Je ne dis pas avec les bolcheviks car la révolution russe a bien montré des différences politiques déterminantes au sein des bolcheviks. Zinoviev, Kamenev, Boukharine, et autres ne sont pas sur la même ligne.

 Voilà ce qui nécessiterait d'être examiné : quand le KAPD prend une situation pour une autre du fait de ses conceptions diamétrales ou quand Bordiga oppose diamétralement comités ouvriers et soviets, lutte économique et lutte révolutionnaire, lutte révolutionnaire et lutte antifasciste...

Cher Robert Paris,

Bien sûr que tu peux publier notre discussion qui ne doit pas demeurer privée. On néglige trop l'histoire dans
les écoles de l'Etat bourgeois pour "démémoriser" la jeunesse prolétarienne de son et notre passé. Il n'y a d'ailleurs plus aucun débat sur l'histoire entre les gauchistes eux-mêmes et leurs confrères anarchistes (toi c'est Kronstadt, moi c'est Makhno, etc.) ni dans le milieu maximaliste. Tout aurait été dit et rebattu! Oh que non et tes questions ou imprécisions montrent que notre histoire passée reste vivante et taraudante. Je dois dire que l'on ressent immédiatement que tu restes indéfectiblement fidèle à la grille de lecture trotskienne. Malgré la roublardise de ton dernier paragraphe je déplore que tu connaisses mal les positions du KAPD et de Bordiga et que ta façon de questionner révèle une ignorance de 2O ans de débats (des années 1970 aux années 1990) entre les groupes maximalistes (CCI versus PCI, versus conseillistes, etc.). Ta défense du bolchevisme et de sa version trotskisée reste arcboutée à l'expérience russe, qui ne pouvait être généralisable et dont les "dirigeants" (formule que tu affectionnes, tic de langage classiquement trotskien) n'ont pas été capables de saisir non seulement les errements contre-révolutionnaires (anti-dialectiques pour te parodier) mais ont ouvert la voie à Staline - n'en déplaise aux cultivateurs du mythe bolchevique pur - et ont permis la réinstauration d'un réformisme "capitaliste d'Etat". Pour reprendre l'excellente formule de Laugier (" le bolchevisme n'est qu'une version social-démocrate radicale uniquement en raison de son implantation dans les conditions de la Russie tsariste"), et théorisé en terrain démocratique par des bâtards de trotskiens interchangeables (qui s'éliminent entre eux régulièrement pour laisser la victoire en tête de la secte à de nouveaux "dirigeants) n'est qu'une accoutumance complaisante à l'ordre dominant, qui ouvre la voie à toutes les corruptions. L'absence de principes pour cadrer les discussions et l'allure conseilliste évanescente donnée à des discussions floues et sans conclusion illustrent non seulement une sorte d'impuissance révolutionnaire, mais contient la négation du prolétariat, ce à quoi a abouti finalement l'échec bolchevique.
Quelques remarques ponctuelles sur des contre-vérités manifestant plus une méconnaissance de ta part du courant maximaliste dans sa diversité. En voulant sacraliser Lénine et Trotsky tu veux couler les "leaders" maximalistes en prétendant qu'en 1920 et 1921 ils sont "aux manettes" (?) des luttes sociales et politiques: c'est faux en Italie où c'est le syndicat réformiste et les gramscistes qui tirent les ficelles, ibid en Allemagne foyer des manoeuvres les plus pourries de l'IC contre le KAPD. Quant à l'empirisme russe des Lénine et Trotsky que tu flattes - que tu nommes "besoins objectifs de la situation", il conditionne le pire réformisme "capitaliste d'Etat" pour tout le XXe siècle
Je te joins un des meilleurs textes de la fin du XXe siècle sur les leçons à tirer de la confrontation entre les bolcheviks "au pouvoir" et les gauches maximalistes (il est ignoré par toute l'intelligentsia et les éditions contactées ont refusé de le publier... tellement il est au-dessus de tout ce qui s'est répandu sur la question), que tu considères infantiles à la manière de ton maître en dialectique réformiste, Lénine, au niveau parlementaire et syndical. Lucien Laugier a été depuis les années 1950 avec Suzanne Voute, jusqu'à leur exclusion du PCI au début des années 1970, l'âme d'une sérieuse réflexion critique sur les leçons à tirer des critiques "allemande et italienne", et explique très bien en quoi le KAPD n'était pas anarchiste et a porté les critiques les plus lucides par-delà les oeillères bordiguistes, et rejoint, mais en plus explicite et plus brillant, les vieilles analyses du CCI flamboyant de la fin des années 1970. Il explique très les faiblesses du marxisme russe, son aspect frustre, imprégné du scientisme du 19e siècle (qui retrouve quelque écho dans tes propos et dans ton site Matière et Révolution...). Pour le postier Laugier, admirable mémorialiste qui a tant correspondu et milita avec Bordiga, le critère d'orthodoxie marxiste (comme celui de dialectique autorisée...) chez le pape marxiste de Naples relevait d'un empirisme historique:

"Le débat ouvert, mais vite Refermé, entre bolchevisme et "marxisme occidental", confrontait deux acceptions diamétralement opposée d'une doctrine commune. Du marxisme, le bolchevisme retenait principalement la pratique politique, militaire, organisationnelle, qu'il érigeait en système de principe au détriment de la notion du prolétariat comme classe absolument aliénée...".La Gauche italienne n'a pas su rompre à temps dans  le processus de dégénérescence (Bordiga attend d'être exclu en 1930). Bordiga en se démarquant stupidement du KAPD (pour ne pas être qualifié d'anarchiste) a rendu service à la politique de droite (réformiste et contre-révolutionnaire pour l'Europe Occidentale) de Lénine. Bordiga a été battu ensuite sur la question de l'abstentionnisme. On mesure en lisant Laugier à quel point l'échec bolchevique a contribué à la "liquidation du prolétariat révolutionnaire", car, en effet, ce n'est pas simplement du stalinisme que triomphera la bourgeoisie dite libérale, mais de la confusion du prolétariat avec le stalinisme; la preuve: les masses ouvrières ont été bernées par les Lénine-Staline, c'est la preuve qu'elles n'étaient pas révolutionnaires! CQFD!
"La tâche de la critique n'est pas encore terminée qui devra préciser dans quelle mesure la praxis bolchevique, de par ses limites théoriques comme sous l'effet de la fonction de gestion du capital qui lui incombait en Russie, s'est inscrite dans cette liquidation du prolétariat révolutionnaire (...) Il n'est pas de projet révolutionnaire plus achevé que celui qu'énonce le marxisme au regard des connaissances et valeurs d'une civilisation déterminée; il n'en existe pas qui soit animé d'un souci plus scrupuleux de se fonder sur l'acquis social de la science et de la technique; il n'est aucune doctrine s'emparant d'un  sujet plus généreux que la vindicte de toutes les misères et oppressions vécues par l'humanité".
"... le bolchevisme, en retrouvant au plan international les conditions de l'Occident (n'a pas simplement) réintégré l'ancien réformisme. La critique avancée par la Gauche allemande discerne fort bien les causes de cette réintégration, mais n'en mesure pas intégralement la teneur (...) Paradoxalement, mais seulement en apparence, c'est parce que le champ historique d'action du bolchevisme devint bien vite la gestion d'un Etat en marche forcée vers le stade grand capitaliste qu'il a rempli ailleurs sa fonction réelle: non pas bâtir ce modèle de centre de capitale de l'avenir dont Bordiga, à juste titre, signalait les carences et les "retards", mais démolir les vieilles représentations jugées dangereuses par le système mondial durant toute la période historique où la jonction entre la classe travailleuse définie par sa place dans la production et le concept révolutionnaire de prolétariat demeurait, sinon réellement possible, du moins encore plausible. C'est cette fonction irremplaçable, parachevée par le stalinisme - même si elle est aujourd'hui pour l'essentiel épuisée - qui donne au bolchevisme comme idéologie la vraie dimension de sa contribution au processus au terme duquel le capital parvint à dépasser ses "insurmontables contradictions".
Bien amicalement,
JLR

PS: je te joins le texte lumineux de Laugier que j'ai déjà publié dans mon livre "En défense de la Gauche communiste, mai 2009).Tu peux le placer aussi sur ton site, il le mérite.
A suivre… et aussi sur MATIERE ET REVOLUTION

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