"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 17 avril 2010



LA CARTE VISA POUR LE COMMUNISME


(mise au point par mon camarade Hyarion le 5 février dernier, grâce lui soit rendue)


Le Blog de l'Anarcho-Monarchiste



Voici comment il explique sa collaboration au projet, quoiqu’il faille que je reprécise que cette étape vers la suppression de l’échange marchand via la monnaie suppose une rupture violente et sans concession entre les classes, que la mise en pratique de la carte visa pour le communisme fera suite à:

1) une série de conflits sociaux et politiques graves

2) une répression sanglante de la bourgeoisie entraînant l’armement du prolétariat

3) une insurrection (attaque et prise en main des centres de direction du gouvernement) qui instituera le pouvoir des Conseils ouvriers, proclamera l’interdiction des partis bourgeois de droite et de gauche, et réaffirmera l’interdiction à tout parti prolétarien, même ceux se proclamant communistes, de s’emparer de la dictature transitoire à la place des millions de prolétaires organisant, et gérant la société avec leurs propres organismes d’élus provisoires, révocables à tout moment, et non rétribués pour leurs fonctions politiques.

Les choses étant bien précisées, vous pouvez à présent apprécier la technicité de mon camarade socialiste, pourtant encore jeune minimaliste :

« Du côté de chez mon autre collègue blogueur Jean-Louis Roche, auteur du blog "Le Prolétariat Universel", la lutte des classes continue. Le mois dernier, Jean-Louis a eu une idée originale dans le cadre du débat public sur le devenir du système français de retraite par répartition, écrivant ce qui suit, le 22 janvier dernier, dans un article de son blog intitulé "ENTRE DRAME ET REVENDICATION : PEUT-ON SAUVER LA « PROTECTION SOCIALE » OU FAUT-IL DETRUIRE LE CAPITALISME ?" : "Ne voulant nullement être prophète je pronostique des confrontations graves, non pas du fait de l’appauvrissement de la population prolétaire mais face aux incrédibles dominants gouvernementaux et à leurs oppositionnels politiques qui n’ont plus rien à proposer. Dans l’espoir que la société qui succédera à la présente ne tardera pas, je propose d’ores et déjà de penser à convertir la carte bleue en carte rouge. Le principe repris au capitalisme électronique, après suppression de l’argent, permettra de conserver en mémoire la quantité d’heures de travail fourni à la société et d’acheter en conséquence selon les besoins. Il n’y aura plus de retraite, chacun suivant son âge et ses capacités pourra contribuer à la vie de la société sans être parasite, en restant membre actif de la vie commune. La nouvelle société s’engagera à fournir du travail à tous afin que chacun ait la possibilité de manger, de s’habiller et de voyager. Les agioteurs qui voudront accumuler en piquant des heures de travail à leur voisin ne le pourront plus. Le dépensier attendra la fin du mois de travail suivant pour recharger sa carte rouge. Vive le communisme avec la carte rouge non bancaire mais rétribueuse du travail universel."

On peut déjà commencer à réfléchir à quoi pourrait ressembler cette carte rouge imaginée par Jean-Louis ».

Vous la voyez en tête de cet entrefilet, n’est-ce pas ?

Et en effet, Hyarion a réalisé la première carte rouge communiste de l’histoire moderne du maximalisme réel, remisant les bons de travail de Marx et Ian Appel aux vulgaires coopératives (libérales anarchisantes) du roi des bobos, Cohn-Bendit (qui imagine déjà intéresser les moutons électeurs, pour 2012, à la mélasse propagandiste écolo-bourgeoise en pronostiquant que le prochain Hitler sera une femme : Adolphe Marine Le Pen !). Face aux bouffonneries de la bourgeoisie et de ses supplétifs écolos, on a bien le droit nous, dans le camp des laissés pour compte du prolétariat, de déconner un peu… quoique cette idée de carte visa ne soit pas si stupide qu’elle en a l’air. Qu’en pensent les théoriciens de la vieille ultra-gauche communisante mais mortifiée et la poignée des intellectuels égarés du maximalisme plutôt agonisant ?


MICHEL ONFRAY DEVOILE LE SEXE DE FREUD


jeudi 15 avril 2010


COMMENT APPELER A UNE ASSEMBLEE DE RUE?

Rien de plus simple. Souvenez-vous comment les populations des pays de l'Est ont fait tomber le bloc stalinien: rendez-vous tous les jours à la même heure sur la place centrale des villes.

Avec l'exemple d'une dynamique de communauté de luttes actifs-chômeurs montrée par les agences "pole emploi" du sud de la France, nous pouvons échapper à l'enfermement corporatif des syndicats (dont la grève SNCF est encore un exemple d'exaspération et de division des prolétaires, il suffit de parcourir la haine qui exsude des posts de presse) en nous réunissant sur les places publiques, sans gêner la circulation et sans actes de vandalisme, pour discuter au-delà des "boites" et en brisant la solitude du chômeur.

J'avais choisi aujourd'hui le métro Convention parce que non loin d'une petite rue où se trouve le pole emploi du 15e arrondissement de Paris. J'avais choisi 14H30 c'est à dire au même moment que l'assemblée des courageux employés de Graulhet. J'avais annoncé ce projet en milieu de matinée sur Libé et sur mon blog. J'ai apposé mon affiche manuscrite proprement sur une cabine téléphonique. J'ai ajouté en dessous l'affiche des camarades canadiens (une longue citation révolutionnaire de Marx). Je ne me faisais bien sûr aucune illusion - je ne suis rien qu'un prolétaire et à cette heure-là la plupart bossent. Il vaut mieux envisager ce type de réunion, comme je le dis à l'écran, en fin de journée vers les 18 h ou 19 h afin que beaucoup puissent venir à la fin de leur journée de travail.

Je voulais juste vous faire la démonstration de la simplicité d'un tel appel. Lorsque ce genre d'appel se multipliera avec la masse de mises à la rue qui se profile, il faudra veiller à ce que la discussion se mène dans le calme et écarter tous les éventuels provocateurs ou excités de la barricade, afin de ne pas donner prétexte aux flics de mettre tout le monde en GAV, comme ils aiment bien le faire pour leur promotion interne chiffrée. De nos discussions naitront LA LUMIERE, DES INITIATIVES, DES PROPOSITIONS POUR BRISER L'ISOLEMENT, POUR S'ORGANISER DANS LES QUARTIERS. CES ASSEMBLEES DE RUE RETROUVERONT LEUR ROLE D'ANTAN EN MILIEU OUVRIER: FAIRE CIRCULER LES INFORMATIONS, IMPULSER DES DECISIONS, ETC. (et on se servira d'internet pour court-circuiter les bobards des partis et syndicats).

APPEL A UNE PREMIERE AG DE RUE A PARIS EN SOUTIEN AUX GREVISTES DU POLE EMPLOI DE GRAULHET

UNE GREVE EXEMPLAIRE A L'AGENCE
POLE EMPLOI DE TOULOUSE

Alors qu'on ne connaît ni les vrais tenants et aboutissants de la grève SNCF (il paraît qu'elle porte sur les salaires et les conditions de travail) et qu'on suppute qu'elle emmerde les "directions syndicales" acoquinées avec le gouvernement - tant pis pour ces ouvriers s'ils ne sont pas foutus d'informer eux-mêmes la population prolétarienne ni d'appeler à l'extension - par contre la lutte des employés de pôle emploi à Toulouse est vraiment à saluer pour son exemplarité, que tous les travailleurs qui se laissent enfermer dans leur corporation ou espèrent se faire entendre seulement en menaçant de faire sauter leur usine qui ferme, puissent s'en inspirer. Il faut appeler à manifester dans toutes les grandes villes également devant les "pole emploi" aux mêmes heures tous les jours, et on ira nombreux, y inclus à Paris. De tels rassemblements, non pour le baston ni céder à des provocations d'indics, doivent devenir des lieux de discussion entre prolétaires de toutes corporations et ceux que le gouvernement laisse jeter à la rue au compte-goutte en espérant qu'ils resteront isolés... dans leur désespérance!
Il faut appeler en même temps évidemment les cheminots à sortir de leurs trous à rails et à venir participer à des assemblées devant les "pôle emploi".

C'est une “cliente” de Pôle Emploi qui le dit à LibéToulouse: tomber à chaque appel sur des boites vocales, «c'est terrifiant». Les agents de cet organisme qui seront en «grève reconductible» dès ce jeudi 15 avril en Midi-Pyrénées, demandent justement qu'à la «réception physique» des chômeurs ne soit plus substitué un «renvoi vers des plates-formes téléphonique».

«Pôle Emploi est une machine infernale qui ne correspond à aucun besoin des demandeurs d'emploi», développe cet autre chômeur. Les agents en question dénoncent eux-mêmes les «violences administratives faites aux usagers» comme le contrôle des papiers et les radiations.

Un troisième usager midi-pyrénéen fait savoir qu'«en dépit de quelques déboires avec les services de Pôle Emploi, je soutiens leur combat. J'ai rencontré des personnes très investies». Le mouvement de grève qui s'annonce sur les 60 sites régionaux de Pôle Emploi semble en phase avec l'exaspération de ceux qui y ont recours:

C'est le site de Graulhet, dans le Tarn, qui a eu le premier un mouvement d'humeur sociale (voir LibéToulouse au 12 avril). Pour cause de non-remplacement de trois départs alors que le sous-effectif ne permettait déjà plus de «faire face à des situations individuelles de grande détresse».

Détresse des chômeurs, évidemment, mais aussi détresse des agents eux-mêmes fatigués de «faire du chiffre» plutôt que de traiter de la matière humaine. Le fait de donner des dossiers en sous-traitance à d'autres organismes les prive de leur cœur de métier: «en CDD à Pôle Emploi depuis 8 mois, nous dit un de ces agents, je souhaite obtenir un jour un CDI, mais on m'a bien fait comprendre (...) que je pouvais chercher ailleurs».

Le chômage est désespérant. Quand il passe à taille industrielle, il peut devenir une usine à désespoir. Les grévistes graulhétois assurent recevoir beaucoup de messages de soutien de tous les sites du pays. Ils ont déjà fait tâche d'huile dans la région. Ils espèrent que leur mouvement s'étende.

GLv.

La manifestation de ce 15 avril à l'appel des syndicats CFTC, CGT, FO, SNU, SUD et UNSA; rendez-vous à 10h30 devant la médiathèque à Toulouse et à 14h30 devant la Direction régionale de Pôle Emploi, 33/43 avenue Georges Pompidou à Balma.

mercredi 14 avril 2010

CONSEILS POUR LA CREATION D’UN NOUVEAU GROUPE REVOLUTIONNAIRE PREFIGURANT LE FUTUR PARTI

DU PROLETARIAT

Il faut que le groupe, une fois créé par quelques militants pleinement convaincus de l’impéritie du capitalisme et de la barbarie de la bourgeoisie (ils sont d’ordinaire trois ou quatre), s’assure un recrutement normal, et se dote d’une activité progressivement accrue. Lorsqu’il a franchi les premières difficultés, c’est-à-dire attiré quelques unités ou quelques dizaines d’unités, LE GROUPE n’est pas encore sûr de subsister, c’est-à-dire de résister aux aléas des circonstances fâcheuses. Il luttera et réagira d’abord contre l’individualisme excessif de certains membres, qui peuvent nourrir les meilleures intentions, mais qui sont réticents à la communauté de décision et qui s’ingénient, quelquefois par simple bravade ou par originalité de tempérament, à tourner ou à violer la volonté collective. Le groupe coupera court aux divisions intestines, aux divergences de vues trop liées au différences de caractères entre les personnes et qui, en se développant, compromettraient sa stabilité et sa vitalité. Il conjurera les déviations possibles et frappera sans précipitation, mais aussi sans hésitation, ceux qui favoriseraient des intrigues et des compromissions, en trahissant la méthode marxiste. De même qu’un être humain, dans une société de déchirements, de guet-apens, et de haines, le groupe se trouve obligé de défendre sa vie contre mille embûches sans se comporter en secte fermée au monde extérieur.

Les obligations du combattant révolutionnaire

On n’a presque rien fait encore, lorsqu’on a réuni quelques individus conscients de leur devoir de classe et résolus à la lutte sociale révolutionnaire, et qu’on leur a suggéré 1’acceptation de statuts mûrement délibérés. Il importe que l’action du groupe soit réfléchie, conduite avec méthode et surtout qu’elle se manifeste en permanence. Les membres, s’ils ont un réel souci du but qu’ils se sont assignés, s’attacheront à favoriser l’altérité avec tout ce qu’elle signifie de mise en commun des capacités. Les militants doivent poursuivre en permanence, chacun, un effort de lectures diverses, afin de contribuer à l’enrichissement de la recherche interne. Un combattant pour la révolution n’a pas accompli tout son devoir vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de son Parti, autrement dit vis-à-vis du prolétariat, s’il se contente de formules répétitives creuses. Les mots ne sont rien : les idées sont tout. Tel discours de réunion fera de l’effet sur le moment et suscitera des applaudissements. Mais, en réalité, il n’aura inculqué aucune notion nouvelle à ceux qui l’auront entendu. Comme tout membre du groupe peut et doit être appelé à un moment quelconque, à favoriser l’extension de la théorie révolutionnaire, il convient qu’il approfondisse les thèses essentielles visant à favoriser la perspective du vrai communisme. Sans doute, les combattants, obligés de travailler de longues heures durant la journée, n’ont que rarement assez de loisir pour s’approprier tous les détails de l’évolution de la crise systémique, pour analyser dans ses derniers recoins la décadence du capitalisme ; mais tout combattant conscient pour la révolution prolétarienne se doit de faire une place aussi large que possible à la réflexion politique ; il s’instruira par les moyens qu’il aura à sa portée, et qui sont plus copieux dans les librairies marginales que dans les supermarchés. Il cherchera à illustrer, par l’examen des faits quotidiens, les théories générales et abstraites qu’ont formulées les grands penseurs du socialisme ; il s’enquerra par internet de tous les événements qui se succèdent dans le monde, en se disant que rien de ce qui intéresse l’humanité ne doit lui rester étranger.

Tâche lourde et rebutante, au début, pour des personnes qui peinent de longues heures au bureau, sur les chantiers et dans les si nombreux métiers modernes de la classe ouvrière; tâche bientôt attirante et joyeusement remplie, parce qu’elle élève ces hommes et ces femmes au-dessus d’eux-mêmes, et qu’en s’assimilant peu à peu les richesses de la théorie révolutionnaire ils brisent le cercle étroit de l’horizon local, et rejoignent par la pensée les millions d’êtres qui se courbent, comme eux, sur la besogne ingrate et qui, comme eux, aspirent à l’affranchissement du genre humain.

L’émulation dans le groupe politique révolutionnaire

Cet effort mental constant, personnel si nécessaire, et en dehors duquel le communisme demeurerait réduit à une œuvre médiocre, c’est le groupe qui le stimulera, qui le provoquera, qui le dirigera. Ce groupe est un premier laboratoire d’échanges politiques et historiques, s’il apparaît aussi comme un foyer d’affirmation de la théorie et de référence pour l’ensemble du prolétariat. Comme le groupe entend assurer sa vie politique de façon régulière, il s’appliquera à inscrire à son ordre du jour les divers problèmes qui sollicitent l’attention ou l’indignation des combattants du prolétariat révolutionnaire. C’est dans les réunions hebdomadaires internes et dans les réunions publiques qu’il organisera, et où chacun apportera à la collectivité son bagage d’idées et de connaissances, qu’il préparera les armes dont les combattants useront ensuite pour la controverse et pour la bataille à une échelle plus vaste. On n’a rien fait lorsqu’on a ressassé certaines formules. Toutes doivent correspondre, dans le cerveau de ceux qui les répandent et les justifient, à des idées suffisamment approfondies et actualisées. Il ne suffit pas de dire que les luttes de classes forment le fond de l’histoire et que la lutte de classes est le principe même qui mène au communisme. Où en sont les classes sociales aujourd’hui ? Peut-on dire qu’il n’en existe que deux : prolétariat et bourgeoisie ? En quoi la classe ouvrière actuelle se différencie-t-elle de la représentation qu’on en avait au début du XXe siècle ? Cette lutte de classes est-elle une invention ringarde, une fiction du vieux socialisme, comme le prétendent nos adversaires modernistes et anarchistes qui nous accusent de préparer la révolution pour que notre parti prenne le pouvoir ? Ou devons-nous risquer de passer pour déterministes en nous bornant à constater les luttes en général, à enregistrer des grèves parfaitement inutiles, à menacer la classe dominante d’une explosion qui ne vient jamais, et à établir stupidement que la révolution prolétarienne sera issue fatalement de la régression économique capitaliste et que l’insurrection des prolétaires fera disparaître automatiquement le régime capitaliste ?

Voilà des points, entre beaucoup d’autres, sur lequel les membres du nouveau groupe révolutionnaire échangeront utilement des vues, et pratiqueront, si l’on peut dire, une réciprocité d’enseignements et d’avancées théoriques collectives.

Que doit-on comprendre par renversement du capitalisme ? Par socialisation des moyens de production et d’échange ? Le rôle du nouveau groupe révolutionnaire sera de faire toucher du doigt aux sympathisants et aux prolétaires assistant à ses réunions publiques et à ses permanences la valeur de ces projections, de dissiper les obscurités dont s’enveloppent nécessairement des termes abstraits, d’opposer les dérives de l’expérience malheureuse en Russie, telle que nous les avons combattues historiquement à travers nos ancêtres des gauches communistes italienne, allemande et hollandaise, aux nécessités de refonder inévitablement, dans un avenir prévisible, une autre façon de produire face au capitalisme déliquescent. Cette responsabilité historique pèsera de plus en plus sur ce nouveau groupe. Ce groupe ne peut prétendre devenir une petite école primaire du communisme ; nous ne pouvons plus compter sur des penseurs visionnaires. Mais qu’on ne dise point que cette besogne d’entraînement politique, qui doit être poursuivie avec méthode et reprise de temps à autre pour les derniers venus ou les variations du prurit révisionniste, serait au-dessus des tâches d’une petite organisation locale, avant sa croissance inévitable, laquelle devra être mesurée et vigilante sur le maintien des principes statutaires. Il n’est pas d’œuvre plus positive. Les hommes, les femmes, les adolescents qui répondront à l’appel du futur Parti, veulent autre chose que la viande creuse des formules apprises des divers « ismes ». Du moment qu’ils auront déjà assez libéré leur esprit pour venir dans nos rangs, ils aspireront à participer plus loin dans la création révolutionnaire permanente. Ils doivent savoir que pour changer radicalement la société il n’a jamais existe de programme tout prêt, ni électoraliste ni invariant. Même sans saisir toutes les données qu’impliquera le changement de société, ils seront amené à en comprendre les grandes lignes et les exigences intraitables face à nos ennemis.

Tout groupe est sujet à des fluctuations, à des hésitations, à des départs, à des conflits ; ces derniers ne peuvent jamais se résoudre par la violence, l’intimidation ou des méthodes d’élimination de secte. Par une solide étude des échecs de fonctionnement des groupes du passé, le nouveau groupe retiendra d’autant mieux ses membres et les rassemblera d’autant plus régulièrement à ses séances dans un esprit fraternel de réciprocité et de solidarité.

Tous les membres du groupe s’emploieront à cette entreprise dans la mesure de leurs forces. Il ne faut pas que ce soient toujours les mêmes qui parlent et les mêmes qui écoutent. Si certains sont plus qualifiés pour développer des théories générales et analyser tel point théorique plus spécialisé, tous peuvent et doivent trouver dans la politique quotidienne, des exemples à citer, des anecdotes qui viendront illustrer telle ou telle affirmation doctrinale et prêter matière à développement nouveau.

LE CŒUR DU GROUPE REVOLUTIONNAIRE

Au bout de quelques mois, le groupe qui aura généré de la sorte une cohésion de ses adhérents, qui se sera approprié l’essence même d’une vivante activité de groupe révolutionnaire, aura préparé d’excellentes semences pour le futur Parti du prolétariat universel. Ce qui manque le plus souvent, ce ne sont point les bonnes volontés, c’est souvent l’assurance de parler non point en son nom propre mais pour l’organisation. L’expérience prouve, par la nomination aux tâches d’intervention orale que le plus timide des combattants finit par ne plus être déconcerté par une interruption de l’adversaire, car ayant été plusieurs fois pris de court, il s’est aguerri de lui-même, n’est plus surpris par aucune des banales objections les plus courantes, et s’aperçoit qu’il possède un arsenal d’arguments suffisant pour porter la conviction dans les cerveaux des spectateurs du débat. Lorsque cette petite phalange de combattants modernes du communisme absolument nécessaire sera ainsi formée, le rayonnement, quelles que soient les difficultés des interventions diverses, s’accomplira de lui-même. Encore convient-il que ceux qui ont reçu le mandat, éligible et révocable, de centraliser et coordonner la vie du groupe, s’acquittent exactement de leur mission. Et ici apparaît le rôle du collectif exécutif (CE) et de la commission de trésorerie.Direction et administration du groupe. Le C.E. n’est qu’un délégué de l’organisation et ne mène pas une discussion politique particulière séparée de celles du groupe. L’argent collecté provient exclusivement des cotisations des combattants et des dons des sympathisants ; toute donation d’argent d’origine douteuse ou exagérée de dons est rigoureusement proscrite.

Le C.E., puis les commissions similaires qui apparaissent naturellement avec un fort développement du groupe, ont à charge de convoquer les adhérents, de préparer l’ordre du jour, de veiller au bon déroulement des interventions extérieures. Il faut éviter de placer des personnalités intempestives ou caractérielles dans ces fonctions, mais des personnes pondérées mais dynamiques, mais motivées par le souci très vif de faire toutes choses en leur temps et sans le moindre retard. Il dépend de ce type d’organisme centralisateur dans la plus large mesure que le groupe prospère ou que le groupe périclite. Que l’organe central néglige, en effet, de lancer les convocations à l’heure dite ou de se procurer la salle de réunion, les membres se lasseront bientôt. Ils viendront plus rarement à des assemblées, qui se tiennent dans de fâcheuses conditions, l’effectif se dispersera ; toute ardeur fléchira. Que si, au contraire, l’organe centralisateur s’attache à épargner à ses camarades, tous les petits ennuis matériels qui peuvent gêner un labeur suivi et régulier, ils prendront si bien l’habitude de se rencontrer à jour fixe, que cette habitude leur deviendra un besoin. Dans tout groupe, il est, au demeurant, des adhérents plus actifs, plus assidus que d’autres. Le petit noyau de personnes qui disposent de loisirs plus certains, ou qui apportent, plus de dévouement à la propagande, feront tous leurs efforts pour insuffler aux autres l’ardeur qui les anime. À la préparation de l’ordre du jour est subordonnée, pour une grande part, le succès des réunions. Et c’est le rôle du secrétaire de séance de l’organe centralisateur de porter, à cet ordre du jour, outre les conférences éducatives dont le sujet a été arrêté à l’avance, outre les débats d’administration intérieure qui s’imposent par intervalles, les questions d’actualité immédiate, qui passionnent plus naturellement la masse des combattants. À cet égard, une réelle liberté d’initiative doit être concédée à l’organe centralisateur.

Mais il ne suffit pas que le groupe discute et prenne des décisions. Il importe, pour son prestige et son accroissement mêmes, que ces décisions soient connues au-dehors. Le CE assurera cette publicité en plaçant sur Internet le texte des motions votées ou en usant de tout autre moyen autorisé. Le groupe ne se réunit pas seulement pour éclairer ses membres et leur permettre d’échanger leurs vues, il est un organe de propagande et d’action et ni cette propagande, ni cette action ne s’exerceront efficacement, s’il délibère toujours en secret, s’il ne tâche pas, en toute occasion, de signaler son existence aux prolétaires qui lisent Internet.

La discipline dans le groupe politique révolutionnaire

C’est à une discipline librement consentie que se règlent les adhérents d’un groupe. Chacun d’eux a le droit de défendre, dans les réunions, et par les arguments qui lui conviennent et qui lui paraissent les plus persuasifs, ses vues propres. La liberté de discussion est entière, et il n’est aucun point de la méthode marxiste, aucune mesure de la traditionnelle tactique qui ne puissent être étreints par la controverse. Le groupe révolutionnaire n’a pas de dogme schématique ; il est au suprême degré méthodique et réaliste, c’est-à-dire que si à un moment quelconque les données qu’il considère comme logiquement prouvées étaient convaincues d’erreur, il les abandonnerait ou les corrigerait. Il ressemblerait à une secte, s’il s’interdisait de soumettre à une critique continuelle les assertions qui lui semblent les plus solides, et il n’est point une oligarchie figée dans la contemplation d’une hiérarchie. Il procède par raisonnement et non par acte de foi. Tout individu est qualifié pour prendre la parole et opposer ses conceptions à celles qui ont prévalu même de longue date. Ce qui prouve au surplus que la pensée de la théorie pour le communisme n’est nullement arrêtée à jamais, c’est qu’elle cherche toujours à s’enrichir, à se développer, à se préciser et que les congrès nationaux et internationaux qui auront lieu au moment du passage à la forme parti ne reporteront pas non plus sans cesse les mêmes questions sur chantier.

La discipline consiste dans l’obéissance provisoire en quelque sorte aux décisions adoptées par la majorité. Ces décisions peuvent et doivent d’autant mieux être suivies, que d’une part, elles sont sujettes à rectification et que, de l’autre, elles ne sont pas inspirées d’en haut par une oligarchie plus on moins tyrannique ; elles sont l’expression la plus exacte de la volonté collective, le résultat du libre choix d’une masse d’hommes complémentaires.

Si la discipline, telle que nous la définissons, n’existait pas, on se demande comment resterait possible une action commune. Dans tout groupement humain, l’individu doit, en principe, subordonner ses manifestations personnelles aux préférences de la majorité. Cette règle comporte à coup sûr des exceptions, et la personnalité ne saurait accepter certaines violations de son libre-arbitre ou de sa dignité, violations qui entraîneraient une diminution pour le groupe lui-même, mais ces exceptions sont rares et ne peuvent se déterminer par avance. Lorsque les deux tiers ou les trois cinquièmes des ouvriers affiliés à un syndicat ont voté la grève, tous les syndiqués doivent chômer ; ceux qui se soustrairaient directement à cette prescription apparaîtraient comme autant de traîtres. Il en va de même dans le groupe socialiste, ou dans la section, pour des décisions d’un autre ordre.

La lutte de classe est à la base de l’action communiste révolutionnaire, tout membre qui contesterait la réalité de cet antagonisme des classes, serait un transfuge de l’anarchisme libéral. Si la liberté lui était laissée de soutenir à cet égard la thèse bourgeoise de la fusion ou de la conciliation des catégories sociales, on aurait ce singulier spectacle de combattants communistes venant briser de leurs propres mains les armes intellectuelles du prolétariat. Cette discipline n’a rien de pénible, ni d’oppressif. L’homme, qui adhère à un groupe, fait forcément le sacrifice de sa fantaisie. Il n’abandonne pas sa personnalité, il accroît en échange et de beaucoup cette personnalité, en s’instruisant par le contact d’autrui et en joignant ses efforts à ceux de ses camarades de combat. Il n’est pas vrai que l’individu soit d’autant plus vigoureux qu’il est plus isolé. L’individualisme contemporain, après la Seconde Guerre mondiale, a fait table rase de la solidarité de classe, et n’est plus qu’une utile contribution l’asservissement des foules consentantes, en affranchissant le capitalisme par ce culte pervers de l’individu, non pas libre mais aliéné.

Au surplus, c’est sans brutalité qu’il sied de faire prévaloir la discipline. Dans tout groupe, à côté des jeunes membres récemment admis, il y a d’anciens militants. C’est à ceux-ci qu’incombe le soin, en usant de la modération, du tact qui se concilie fort bien avec la fermeté, de rappeler à l’ordre ceux qui risqueraient de s’égarer. Rien n’est plus nécessaire que la cohésion entre prolétaires qui se réunissent pour s’instruire et pour poursuivre la lutte en commun. L’indiscipline rompt cette cohésion, et comme telle, elle mérite d’être arrêtée, réfrénée à temps, mais les sanctions trop sévères et trop soudaines peuvent, elles aussi, compromettre la stabilité et l’union. Tout ce qui froisse la dignité individuelle sera écarté avec soin. Dans la plupart des cas, une parole heureusement placée, une évocation motivée des principes du groupe suffira, au moins à l’égard de membres bien intentionnés, pour conjurer une déviation. Beaucoup de fautes sont accidentelles, et ceux qui les commettent les regrettent, dès qu’on leur signale leur tort. On se gardera de transformer en révolte ouverte contre l’organisation tout entière ce qui sera une omission, une négligence, une peccadille.

Contre les divisions récurrentes ou malveillantes

Le groupe évitera surtout que des froissements, des querelles ne s’élèvent entre ses membres. Rien n’est plus dangereux que ces divisions intérieures, dont la gravité, au lieu de s’atténuer avec les jours, va d’ordinaire grandissant. Des clans se créent, des fractions surgissent. L’intérêt général est relégué au second plan, ou mieux l’on n’y pense plus. Tous les membres finissent par prendre parti ; ceux mêmes qui, au début hochaient la tête en disant : « ce sont là débats ridicules et indignes d’hommes qui pensent et qui s’adonnent à une œuvre d’affranchissement », sont entraînés à se classer par la force des choses. Ou bien alors, ils délaissent les réunions, qui n’offrent plus l’aliment requis par leur intelligence, et qui se clôturent par des échanges d’invectives. Les nouveaux venus, qu’attiraient l’espoir d’une conscience politique plus intense, la promesse de discussions élevées et désintéressées, ne tardent pas à se retirer irrités, déçus, découragés par le triste spectacle qu’ils ont sous leurs yeux. Chacune des fractions s’ingénie à obtenir, par quelque moyen que ce soit, l’avantage sur la fraction adverse. On en viendra aux pires stratagèmes. Les salles se vident ; les détracteurs du marxisme s’emparent des litiges, qui se sont produits, pour les envenimer, pour discréditer tout le groupe ou simplement son organe centralisateur, pour le présenter comme un ramassis de comploteurs, soucieux uniquement de leurs places, de leur réputation, et il arrive que par la faute de quelques-uns qui ne sont pas plus mauvais que d’autres, mais qui ne savent pas maîtriser leurs sentiments, tout l’esprit de fraternité déjà établi est brusquement, brutalement anéanti. Souvent, il faudra de longs mois, des années même pour réparer le mal, en admettant qu’il apparaisse réparable.

Lorsqu’on reprend l’histoire de la classe ouvrière à travers ses diverses formations de combat, on se rend compte qu’à maintes reprises, elle a été victime déjà de ces divisions savamment entretenues par des arrivistes petits bourgeois. Que de groupes ont dû se dissoudre au lendemain d’une époque faste, parce que des difficultés minimes d’abord, et peu à peu grossies par la maladresse ou par la malveillance, surgissaient, encombraient les ordres du jour, accaparaient tout le temps disponible ! Que de militants sérieux, convaincus, prêts à consacrer leur vie au projet communiste, se sont perdus dans la nature, condamnés à l’isolement, parce qu’ils ne voulaient point être mêlés à des polémiques absurdes ou à des querelles sans fin d’individus. Le plus simple, lorsque naît une querelle entre deux ou plusieurs membres, ou entre des membres et le groupe, est de la liquider au plus tôt. Les statuts sont assez explicites à ce sujet pour qu’on y trouve tous les moyens de règlement nécessaires. La méthode d’ajournement, de temporisation est la plus fâcheuse en la circonstance. De même qu’en présence de certaines affections morbides qui s’attaquent au corps humain, l’intervention immédiate du chirurgien s’impose sans conteste, et constitue l’unique mode de salut, de même devant les luttes intestines, devant les schismes naissants, il n’y a point un instant à perdre. L’arbitrage, qui sera établi sans retard, évitera de graves déchirements ; il conjurera des dislocations de forces qui ruineront une besogne laborieusement conduite. Enfin, il ne faut jamais oublier que la vie extérieure du groupe révolutionnaire est étroitement subordonnée à sa vie intérieure; elle en exprime les vicissitudes, les progrès et les déclins.

dimanche 11 avril 2010




LES ANTI-PARTI A L’ŒUVRE (suite 2) ET MES RETROUVAILLES AVEC MARC CHIRIK



Alors que je m’approchais des grilles de l’hôpital Tenon, on me frappa sur l’épaule, gentiment. Je me retournai et resté interloqué. Le petit bonhomme trapu, à la belle tête carrée ornée d’une chevelure blanche aussi soyeuse que wagnérienne, était un clone de Marc Chirik.


- c’est pas possible !


- si Jean-Louis c’est possible, c’est bien moi. Ce n’est pas mon vrai corps recomposé, nous restons marxistes bien entendu, de boule de billard électrique et chimique nous devenons poussière. Mon ancien corps a été bien évidemment utilisé par des étudiants en médecine, et une fois qu’ils ont bien étudié tous mes viscères, tout a été incinéré au crématorium de l’hôpital. Mais mon âme est restée incombustible. Je ne sais pas pourquoi. Je suis toujours athée. Et ce qui est sans doute plus inexplicable encore c’est comment il est possible que tu vois de tes yeux terriens et empiriques mon corps qui n’est plus que virtuel.


- Probablement une hallucination de ma part, ne crois-tu pas que je devrais aller consulter à Sainte Anne ?


- Non Jean-Louis je sais que tu es sain d’esprit, mais surtout que ton blog est très fréquenté en ce moment, par des tas de gens peu recommandables certes, la police et Pierre Guillaume, des types égarés de bleds perdus en France ou dans le monde, mais surtout par nombre d’intellectuels et de has been de ce milieu maximaliste, qu’on nommait naguère ultra-gauche (mais le terme a été récupéré par la police pour qualifier les nouveaux anarchistes ploum-ploum). Et je voulais m’adresser à tous ces camarades du milieu maximaliste que j’ai aimé ou apprécié ainsi qu’à mon cher CCI.


- Comment va-tu t’y prendre mon vieil ami que je suis si heureux de retrouver, quoique je me pince un peu…


- Justement, pour que tu ne croies pas avoir été l’objet d’un mirage, je suis venu te remettre une contribution écrite, en bonne et due forme, comme celles que je réalisais naguère pour les bulletins internes que tu as si souvent tapé sur stencils. Je te salue bien.



Il m’avait laissé là en plan et avait disparu de mon champ de vision alors que j’étais en train de tourner la tête vers la porte de Montreuil. Je tenais bien en main (tremblante) quatre feuillets d’une écriture en pattes de mouche, bourrée de fautes de français et d’orthographe. Marc s’exprimait toujours aussi mal dans la langue de Racine. Je me dépêchai de rentrer dans mes pénates pour retranscrire fébrilement, mais du mieux possible avec le clavier couvert de cendres, cette étrange communication venue d’ailleurs en direction du « milieu révolutionnaire ».



QUELQUES REMARQUES A PROPOS DES RECRIMINATIONS INTERIEURES CHEZ NOS INTELLECTUELS PARASITES ET DANS LE CCI (par M.C.)



I°) De mon vivant, j’avais souvent écrit que le piétinement sur place du CCI, avec d’incessants conflits et des scissions avait une cause générale : le mouvement ouvrier international n’était pas sorti encore du stade de reflux après la chute du bloc de l’Est, l’affaiblissement général du milieu révolutionnaire du prolétariat entraînait aussi celui du CCI. Les événements subséquents à ma disparition ont apporté avec eux les effondrements redoutés et la dispersion des énergies. Mais justement il faudrait quand même finir par dédramatiser les avaries du navire d’un certain maximalisme révolutionnaire surtout animé par des intellectuels qui ne prirent jamais de grands risques et qui restèrent en décalage avec les réelles possibilités de luttes d’envergure de la classe ouvrière. Je reconnais avoir contribué à développer un certain culte de l’organisation dès avant le tournant révolutionnaire des événements, cette lubie que j’eus (comprenez moi bien j’étais sous l’influence depuis ma tendre enfance moldave de mes frères nomades bolcheviques) que nous nous devions d’avoir prête une organisation autant que possible homogène et soudée, passée à travers une sérieuse expérience de la lutte intérieure contre tous les faux derches universitaires, les aventuriers sans diplômes et les flâneurs de l’anarchisme libéral.



2°) Le CCI avait surgi comme un conglomérat de différents couples d’individus et fragments de résidus du gauchisme ultra. Cela découlait de la situation en Europe après 1968, de l’existence ou de la vie végétative de nombreux groupes, du fait d’une certaine confusion dans tous les groupes ; de l’absence d’un groupe qui aurait joui d’une autorité vis-à-vis des autres groupes, et sur lequel on pourrait s’appuyer avec complète certitude. L’hétérogénéité de la composition du CCI prédéfinissait l’inévitabilité dans l’ultérieur de la sélection et de l’épuration des rangs. Ce processus s’est cependant prolongé trop longtemps après ma disparition pour des causes dans la délibération desquelles je n’entrerai pas ici. Je dirai seulement qu’à l’égard de certains militants sincères ou plus pertinents que les OC, on n’a pas adopté une politique suffisamment conséquente, qui aurait dû intégrer des tentatives de collaboration loyale, et non les « judiciariser » comme éléments douteux aux yeux de tout le monde, et leur donner la possibilité de se corriger ou de se discréditer. Dans la plupart des cas, cela s’est terminé vulgairement par leur élimination de l’organisation. En tout cas, le temps est venu de tirer les conséquences organisationnelles nécessaires d’une expérience politique trop prolongée.



3°) On ne discute plus dans le CCI contrôlé par un clone de Rachida Dati. Toutes les discussions dans le milieu maximaliste tournent, elles, par contre maintenant autour de la « Fraction » et de « Perspective Internationaliste » (P.I.). J’ai survolé l’Appel de PI au « milieu révolutionnaire », pas très précis ni regardant sur les critères. Je crains beaucoup que l’appel au rassemblement de cette poignée d’intellectuels et de retraités du CCI n’apporte dans la chose du regroupement des énergies qu’une bonne part de scolastique.


Tous autant que nous sommes dispersés ? Est-ce que nous sommes une fraction du parti ou une fraction du communisme maximaliste? Formellement nous ne sommes pas une fraction minimaliste du parti, car nous sommes en dehors des rangs de tout parti bourgeois et il n’existe plus de parti prolétarien même dégénéré, même à redresser. D’autre part, la notion du communisme est inséparable de la notion du parti (mais c’est trop compliqué pour nos intellectuels conseilleurs des ouvriers, aussi je laisse le soin à d’autres camarades de le leur expliquer). Dans notre situation, il y a une contradiction créée non pas par les fautes de la logique formelle, mais par des contradictions historiques objectives. Cette contradiction ne peut pas durer éternellement. Elle doit se résoudre dans l’un ou l’autre sens. Il n’est pas probable que ces exercices formels avec le mot « Fraction » ou le flirt des Max et des François avec les petits rigolos de la communisation puissent approcher de la solution. Tout ce qu’il y a de fondamental dans ce qui détermine notre rapport avec le parti futur et une nouvelle organisation internationale a déjà été dit avec une détermination suffisante dans mes documents fondamentaux du CCI avant qu’il ne devienne une nouvelle secte irrespirable. Il n’y a pas de fondement pour changer ce qui a été dit et écrit par moi, parce que la situation objective, dans ses traits fondamentaux de l’opposition des classes, n’a pas changé encore ni dans l’un ni dans l’autre sens. Nous luttons comme auparavant dans le but de renverser le capitalisme et sous la responsabilité du prolétariat pas de la petite bourgeoisie ni en faisant confiance à un cartel de vieux intellectuels sur le retour.



4°) – La tentative de jouer au regroupement des révolutionnaires - en partant exclusivement ou surtout des discussions « nouvelles » des colloques de P.I. ou sur la base de « l’anthropogénèse » de M.Lavoine, avec un strapontin pour la « fraction » néo-syndicaliste du CCI plus la courroie de transmission de Smolny dite Tumultuo - ne me paraît pas juste, avant tout ne fût-ce que par ce qu’elle semble ignorer tout le passé de nos intellectuels « réservistes » et s’efforce de recommencer l’histoire du CCI depuis le commencement. Cependant une politique organisationnelle juste exige que la sélection/regroupement dans le milieu maximaliste s’opère sur la base de toute l’expérience, au plus haut degré précieuse malgré ses dimensions restreintes de tous ses anciens groupes sérieux, PCI, CCI, FOR, Battaglia et non pas seulement sur la base de prêchi-prêcha de cercles intellectuels et de leurs deux ou trois amis conseillistes, d’ailleurs dans une importante mesure, scolastique et théâtrale.



5) Le camarade œcuménique François se représentant les choses ainsi, que d’une part, il y a des « jeunes approfondisseurs » de P.I. (Sander, Rose…), et à côté d’eux les « conciliateurs » (Controverses, Tumultuo), et que c’est pourquoi il faut maintenant diriger la politique vers l’amourachement des approfondisseurs pour ensuite caresser les conciliateurs. Une situation de cette sorte, il est vrai, n’est pas rare dans les cercles d’étudiants, surtout les cénacles d’étudiants éternels, quand la présence d’un simple invité conseilliste ultra-gauche leur tient la dragée haute lors de leurs prestations de coqs en pâte. En réunion, mais en réunion seulement qui dépasse dix personnes, nos intellectuels, tardifs soixante-huitards, ont le sentiment très fort de pouvoir jouer avec le temps qu’il leur reste et de se sentir, jusqu’à la dernière minute du colloque « maître du temps révolutionnaire ». Dans cette logique de l’absence de délai, le maximalisme sénile, dans une logique sans délai pour les croulants, baigne dans l’illusion de prédire la révolution en abolissant l’absence du prolétariat ici et maintenant. D’où une frustration considérable, une intolérance à concevoir que les grèves sont voisines de zéro, que les contingences de la crise laissent encore les ouvriers de marbre, et cette impossible satisfaction immédiate de chevaucher l’histoire présente. Fraction trade-unioniste, approfondisseurs et conciliateurs n’auront fait que déambuler dans l’histoire passée, reliés pour l’essentiel non à la classe ouvrière mais à la concertation des couches intellectuelles intermédiaires, qui ne cessent de se liquéfier elles-mêmes.


Mais ce schéma général ne couvre aucunement ce qu’il reste du pauvre CCI. Les traditions et la ligne de développement du groupe Colonel Fabien/Capitaine Krespel n’ont pas le moindre rapport avec les traditions et la ligne de développement des approfondisseurs. Dans le deuxième cas, nous avons un groupe d’intellectuels petits bourgeois, de flâneurs de trottoirs idéologiques. Dans le premier cas, nous avions pour partie des intellectuels nomades qui avaient l’avantage et les défauts des amateurs révolutionnaires. Un tel ou tel autre rapport entre les deux groupes ne peut être que l’œuvre d’une combinaison personnelle, voire satanique. Ils n’ont plus aucune racine commune. C’est pourquoi il est tout à fait injuste de prendre la question de Rachida Avril comme une fonction, c'est-à-dire comme un dérivé, comme une question dépendante de la question du groupe Fabien/Krespel.



6°) Rachida Avril était primordialement sur le point de vue des deux camps, et avec cela elle s’imaginait « son » parti à la manière de Nico et de Ségo comme le suc du squelette du parti dont elle aurait été la chair. Ensuite Rachida A. a passé sur la position du « rajeunissement de l’organisation » en faisant rentrer dans cette notion le vieux contenu de la secte hiérarchisée. Elle a assimilé le point de vue chirikiste; mais seulement en paroles. Sa pensée reste également petite bourgeoise, anarchique et sans parti, dans la même mesure contre le CCI officiel que contre ses scissions malheureuses. Dans le courant de ces deux années et demie, Rachida A. n’a pas avancé d’un centimètre. En restant dans les rangs du CCI, elle demeure le signe le plus probant de sa déqualification comme organisation virile. C’est pas mieux ailleurs. Prenez le BIPR. Fondé vers 1983 par l’association fédéraliste de Battaglia comunista et de la CWO pour faire pièce au CCI international. Le « Bureau internationale pour le… » a un avantage sur le CCI antique, mais un avantage superficiel seulement – on ne change pas un Fiat qui roule contre une Alfa Roméo sans moteur – il vient de muer en plus ridicule TCI (Tendance Communiste Internationaliste). Bureau fît longtemps… bureaucrate, et « tendance » fait trotskiste ! Tout le monde se montre modeste. Question d’époque, la notion de parti est devenue incrédible partout. Que Faire comme disait mon ami Lénine ? Pensez, regardez à l’extrême gôche bobo, la tentative de faire new du NPA a lamentablement capoté dans une voile électorale ! Et le Front de gauche de Mélenchon a révélé un grossier personnage qui prétend « en avoir » et insulte aussi bien que l’ordinaire CGT de base !


Bon vent à la nouvelle TCI, mais c’est pas terrible comme bain de jouvence : on ne veut pas seulement regrouper des intellectuels de quartier mais des groupes d’usines qui n’existent plus. Un « comité de liaison » a remplacé l’ancien « bureau », mais qui va faire avaler que CCI et TCI n’ont plus de « comite central » directeur, dirigeant et réfrigérant ? Un hic, la France n’est pas représentée au « comité de liaison », l’honorable M.Olivier aurait-il lâché ses billes face à un déjà vu partitiste, aussi mal ficelé ?


Déjà après que le CCI ait chassé Olivier de ses rangs, il avait publié ses articles à lui dans sa revue en France, qu’il estimait comme sa propriété privée (les petits bourgeois anarchiques donnent une énorme importance à la question de la propriété). Car le premier trait du révolutionnaire de salon est la liaison ferme avec son organisation fédéraliste, le patriotisme de l’organisation, la sensibilité à toute flatterie littéraire.


Comment les RL, JE et Ped définissent-ils aujourd’hui la notion de fraction ? Je l’ignore et je l’avoue, je ne m’y intéresse pas trop. On peut donner une définition théorique fausse du milieu maximaliste marxiste résumée à « une hypothétique reconquête du CCI » et en même temps par tout son travail prouver sa liaison par le sang avec la classe ouvrière ; dans ce cas, on peut tranquillement et en camarades attendre la Saint Glinglin. On peut dénoncer la sectarisation du CCI et en même temps, chaque jour, tourner en rond.



7°) J’insiste depuis longtemps déjà sur ce qu’il faut séparer les organisations mortes de la préparation du futur avec l’accomplissement d’un travail déterminé et systématique. Cela est, à part pour le reste, une loi exclusive contre les amateurs, les bavards, contre les flâneurs, les parasites politiques. Certains d’entre eux sont suffisamment adroits pour ne pas se laisser attraper sur une formulation sociologique moderniste. Mais cela ne les empêchera pas, sous la couverture des meilleures formulations au cours de leurs colloques, de rire des perspectives révolutionnaires classiques.



8°) L’appel au regroupement de révolutionnaires en peau de lapin, comme il est déjà dit, n’a rien de commun avec ce que nous avions entrepris dans les années 1980 avec de véritables groupes politiques prolétariens. Quelles que soient les combinaisons comiques du questionnement (faut-il continuer ?...), les éléments intellectuels de ces cénacles sont faiblement liés par de quelconques relations amicales et une ignorance crasse des conditions actuelles de la classe ouvrière et de ses vrais problèmes ; cela n’empêche pas certains révisionnistes de première comme R.Victor de prétendre continuer à faire la leçon sur le déroulement de grèves minables à Tombouctou ou à Charleville Mézières, sûrs de jouer un rôle exagéré et de cultiver à nouveau cette atmosphère fabulatrice de veille de révolution comme dans les eighties. Il est tout à fait évident que ces cercles d’intellectuels désenchantés sont trop longtemps restés spectateurs d’un mouvement prolétarien sublimé comme s’élevant au-dessus du cauchemar bolchevique pour pouvoir ôter leur bonnet de nuit. Il m’est difficile de juger d’ici dans quelle mesure on peut corriger le malheur causé par le couple de Rachida A. et de son colonel avec le cercle des intellectuels disparus des voitures. En tout cas il faut faire tout pour aider les jeunes générations de prolétaires à se moquer de ces vieux révisionnistes qui prétendent encore enseigner une histoire passée où ils n’auront même pas été embauchés comme figurants.


La différence entre le CCI et ces cercles sans colonne vertébrale s’exprime d’une manière tranchante dans le fait qu’il n’y a pas plus de principes d’un côté comme de l’autre, ils sont tous également pour le regroupement mais autour d’eux-mêmes. Tandis que les partisans de François le belge qui ont pris ses déclarations plus ou moins au sérieux, ont depuis longtemps continué à flâner et attendent les prochaines réunions molles de PI, les militants de base du CCI, riant en catimini pour sauvegarder leur intégrité mentale, lisent clandestinement le blog de Jean-Louis en souhaitant que les chefs actuels de la secte décadente n’auront été au bout du compte que des chefs passagers et accidentels, au moment des affaires sérieuses.



9°) – Poser purement formellement la question d’ignorer notre CCI historique (devenu ésotérique) en dehors de tout le boulot théorique qu’on a bossé par le passé et indépendamment du contenu social et personnel actuel de cette secte, non seulement rend plus difficile la délimitation d’avec les éléments approfondisseurs et conciliateurs, mais crée aussi le danger d’un nouveau morcellement dans le noyau fondamental du maximalisme révolutionnaire. Je ne veux pas du tout nier d’avance et entièrement la nullité théorique et politique de ces cénacles, couples militants et CCI, qui sont liées avec la question de la défragmentation sociale où le principal accident du travail est devenu le suicide. Mais il serait criminel d’éviter de les renvoyer dos à dos en croyant les arracher à leur démarche abstraite et à leur rêve de pouvoir. Si, sous la vieillerie de la notion de « fraction » se dissimule vraiment la même chose que la secte CCI, alors elles doivent se dissoudre le plus rapidement possible. Le besoin lui-même d’organisation politique pour les masses paupérisées renaîtra certainement plus en dehors de ces vieux machins, eaux dormantes plus propres à faire pourrir la théorie qu’à l’éclosion de nénuphars. Ceux qui veulent s’obstiner sans fin dans cette culture marécageuse mènent à l’explosion de la dynamique marxiste comme méthode, du fait de leurs ridicules prétentions scolastiques.



10°) Quiconque veut en finir avec ce monde de destruction doit ignorer ou rompre avec ce milieu d’impuissants coincés sur le terrain des définitions formelles. Les carences chroniques de leurs prévisions et de leurs prédictions psychologiques, si elles devenaient publiques, compromettraient cruellement toute réelle nécessité de parti au feu de la révolution. La critique de ce milieu pseudo-maximaliste est nécessaire autant qu’elle sert l’action. Là où la discussion pour un prétendu regroupement de flâneurs de la révolution se transforme en but en soi, elle décompose toute sérieuse approche du problème. Le CCI, plus que toutes les autres minorités révolutionnaires maximalistes à la fin du XXe siècle, avait maintenu la possibilité d’éduquer ses rangs à un esprit critique et non sectaire et à engager ses membres à ne pas craindre d’embrasser les questions grandioses de la politique mondiale, mais il n’en reste rien qu’un site fade et froid comme tous les sites d’internet, cette vacuité informatique.


Il faut à tout prix se tracer la voie vers des éléments prolétariens frais pour réussir à régénérer et redonner sa place historique au mouvement maximaliste.


Aujourd’hui, le gouvernement, aux Etats-Unis aussi bien qu’en Europe, n’est pas seulement un instrument de domination, mais il est aussi un grand pourvoyeur de richesse pour la classe dominante. Là où est le pouvoir, se trouve aussi la richesse et là où est la richesse se trouve aussi le pouvoir. L’accaparement des instruments de travail et la direction suprême des affaires politiques et sociales par un petit nombre d’individus sont les conditions nécessaires de la pérennité de l’Etat. Le résultat de cette action est d’accroître la richesse et le pouvoir de la classe privilégiée aux dépens de l’immense majorité. Le prolétariat est bien entraîné dans un cercle vicieux, mais ce cercle est plus large que celui que Tolstoï a décrit : ce ne sont plus l’intimidation, la corruption, la mystification, la violence, mais la paupérisation, la spoliation incessante, la charité de l’assistanat.


L’assujettissement des prolétaires par le chantage au salaire reste le premier moyen de domination, mais la corruption relative par l’assistanat postule de plus en plus à la première place de la mystification d’un capitalisme à visage humain.


La gradation de la domination, la hiérarchie est le troisième moyen pour maintenir la masse dans la soumission. Les élus, députés, syndicalistes et contremaîtres assurent la discipline des maîtres du Capital. Le nombre de ces « intermédiaires » est devenu considérable à l’époque moderne. Ils diffusent si habilement l’esprit d’entreprise, alternant stages corporatifs et promesses économiques qu’ils finissent par donner au système une apparence d’automatisme régi par un jeu d’équilibres en vertu don ne sait quelles mystérieuses lois économiques et planétaires.


Le cercle de l’appauvrissement renferme le cercle de la violence ».



J’avais fini de taper sur mon clavier et quand je glissai le message blog sur son emplacement, je restais encore troublé. Je me dis : sacré Marc ! Même mort... quel emmerdeur tu fais !