"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 21 janvier 2017

C'est qui qui va le renverser le capitalisme?

LE CAPITALISME VA-T-IL S'EFFONDRER DE LUI-MEME ?

Voici quelques extraits sur le sujet qui ont sous-tendu la discussion du 20 janvier

 

Marx, prophète de l’effondrement du capitalisme

Denis Clerc 01/09/2016


Karl Marx, lui, ne croyait pas aux vertus de la main invisible du marché. Arrivé sur la scène intellectuelle près d’un siècle après Smith - le premier volume du Capital a été publié en 1867 -, il a sous les yeux, en Rhénanie d’abord, puis à Paris, Bruxelles et Londres, où il habita, les conséquences de la révolution industrielle en cours. Certes, la production a considérablement augmenté, mais la misère aussi. C’est pourquoi il voit dans le capitalisme un système social fondé sur l’exploitation du travail des uns au profit de ceux qui possèdent les moyens de production. Il n’était ni le seul ni le premier à penser ainsi, et nombre de réformateurs sociaux essayaient d’inventer un système social mariant efficacité et justice.
Marx ne s’intéresse que médiocrement à ces utopies. Son ambition est autre. Il souhaite analyser le fonctionnement du capitalisme, ses ressorts cachés, et montrer qu’il est basé sur une contradiction insoluble : les forces productives reposent sur une socialisation croissante (on passe d’une économie artisanale à une économie de grandes entreprises, et c’est l’effort collectif qui permet d’être efficace, de mettre en place un appareil de formation et d’effectuer les investissements nécessaires...), mais la propriété des moyens de production est privée et entre les mains d’un nombre de plus en plus réduit de patrons, du fait du mouvement de concentration. Pour sortir de cette situation, il faut donc socialiser les moyens de production, faire en sorte qu’ils deviennent la propriété commune des travailleurs associés.
Même si la démonstration a pris du plomb dans l’aile, l’esprit critique de Marx continue de souffler et d’alimenter toute une famille de pensée qui voit dans les crises, les krachs et les violences sociales la preuve que son analyse sur la logique, l’instabilité et les ressorts du capitalisme demeure d’actualité.

"Le capitalisme touche à sa fin"

Pour le sociologue Immanuel Wallerstein, la crise actuelle signe la fin du capitalisme. D'ici peu, un nouveau système aura émergé.

Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre ("Douze propositions pour un autre monde possible"), en 2005, vous êtes considéré comme l'un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l'étude de l'économie des systèmes historiques et des civilisations de l'université de l'Etat de New York, à Binghamton. Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le "temps long" de l'histoire du capitalisme ?
Immanuel Wallerstein : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la "longue durée", qui voit se succéder dans l'histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l'homme à son environnement matériel, et, à l'intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd'hui clairement dans une phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d'histoire du système capitaliste.
Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l'économie connaît une situation de déflation réelle.
Mais, aujourd'hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c'est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système", au sens où l'entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre, et l'on assiste alors à une bifurcation.
La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors, et l'on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l'usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.
Pourquoi ne s'agirait-il pas plutôt d'une nouvelle mutation du capitalisme, qui a déjà connu, après tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?
Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l'information. Mais je pense que les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.
A cet égard, le rattrapage économique de l'Asie de l'Est, de l'Inde, de l'Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour "l'économie-monde" créée par l'Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l'accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d'oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s'achever n'a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu'en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu'en 1945. En fait, la dernière période d'accumulation réelle - les "trente glorieuses" - n'a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !
Y a-t-il des précédents à la phase actuelle, telle que vous la décrivez ?
Il y en a eu beaucoup dans l'histoire de l'humanité, contrairement à ce que renvoie la représentation, forgée au milieu du XIXe siècle, d'un progrès continu et inévitable, y compris dans sa version marxiste. Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité. Certes, le capitalisme est le système qui a su produire, de façon extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes - pour l'environnement, pour les sociétés - qu'il a engendrées. Le seul bien, c'est celui qui permet d'obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente.
Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d'aujourd'hui est l'effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s'effondrer l'emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes. C'est là que se construisent, par tâtonnements successifs et de façon inconsciente, des solutions inattendues dont le succès finira par "faire système" en s'étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme.
Combien de temps la transition actuelle devrait-elle durer, et sur quoi pourrait-elle déboucher ?
La période de destruction de valeur qui clôt la phase B d'un cycle Kondratieff dure généralement de deux à cinq ans avant que les conditions d'entrée dans une phase A, lorsqu'un profit réel peut de nouveau être tiré de nouvelles productions matérielles décrites par Schumpeter, sont réunies. Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu'il est techniquement possible pour retrouver l'équilibre, mais il est fort probable qu'ils n'y parviendront pas.
Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu'il fallait mettre en place quelque chose d'entièrement nouveau. Mais de multiples acteurs agissent déjà, de façon désordonnée et inconsciente, pour faire émerger de nouvelles solutions, sans que l'on sache encore quel système sortira de ces tâtonnements.
Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd'hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d'influencer l'avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s'imposera finalement. Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif.
Les mutations antérieures du capitalisme ont souvent débouché sur un déplacement du centre de "l'économie-monde", par exemple depuis le Bassin méditerranéen vers la côte Atlantique de l'Europe, puis vers celle des Etats-Unis ? Le système à venir sera-t-il centré sur la Chine ?
La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d'un cycle politique, celui de l'hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l'Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l'Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l'on s'en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s'imposer. Mais j'ignore lequel.
En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l'effondrement de leur hégémonie. Je pense que la moitié du peuple américain n'acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s'exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n'oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés...
Propos recueillis par Antoine Reverchon

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12/16/le-capitalisme-touche-a-sa-fin_1105714_1101386.html#ZUMRib6AV0W1iOMi.99
1
http://www.mediapart.fr/journal/economie/111108/michel-husson-je-ne-crois-pas-a-l-effondrement-du-capitalisme
Michel Husson : «Je ne crois pas à l’effondrement du capitalisme»
Crise du capitalisme, ralentissement des pays émergents, intensification des divergences au sein de la zone euro, nouveau «Bretton Woods»... :
Michel Husson, économiste à l'Institut de recherches économiques etsociales, membre d'Attac, livre son analyse du grand séisme économique en cours.
Diriez-vous, comme le penseur américain Immanuel Wallerstein, que «le capitalisme touche à sa fin» ?

J'adopterais une position intermédiaire. Effectivement, l'ampleur de la crise est telle qu'elle remet en cause la nature du capitalisme. En même temps, j'ai toujours critiqué l'idée d'un effondrement du système capitaliste. Je ne crois pas au scénario de l'implosion. Mon schéma d'interprétation est le suivant : les profits ont augmenté, mais les investissements n'ont pas suivi. La satisfaction d'une partie croissante des besoins sociaux n'intéresse plus le capitalisme, parce qu'ils impliquent une baisse de la rentabilité. On préfère donc ne pas les satisfaire. Du coup, la finance joue le rôle de déversoir de ces profits, qui ne sont plus investis dans la sphère réelle. Le mode de reconnaissance des besoins sociaux du capitalisme est devenu excluant, autrement dit il «trie» entre ce qui est rentable et ce qui ne l'est pas. D'où l'incapacité du capitalisme d'aujourd'hui à faire ce qu'il a su faire à peu près, durant les Trente glorieuses, et qui lui conférait de la légitimité : l'amélioration du
pouvoir d'achat.
Quand j'étais étudiant, on m'expliquait que le capitalisme garantissait le plein emploi, la progression du pouvoir d'achat et l'extension de l'Etat social. Ces prétentions-là ont complètement disparu aujourd'hui. C'est un véritable élément de crise systémique. De là à dire qu'automatiquement cela entraîne la «fin du capitalisme», je ne le pense pas. Cela force le capitalisme à chercher des formes de reproduction de plus en plus régressives socialement. »

LA THEORIE DE L'ECROULEMENT DU CAPITALISME par Anton Pannekoek (1934)

Dans les premières années qui suivirent la Révolution Russe, on vit prédominer l’opinion selon laquelle le capitalisme entrait dans sa crise finale, sa crise mortelle. Quand le mouvement ouvrier révolutionnaire d’Europe occidentale commença de faiblir, la III ème Internationale abandonna cette théorie. Pourtant, le mouvement d’opposition, représenté par le K.A.P. [1], s’y tint avec énergie : selon lui, reconnaître l’existence d’une crise mortelle constituait un signe distinctif entre le point de vue révolutionnaire et le point de vue réformiste. La question de savoir si l’effondrement du capitalisme est automatique et inévitable et ce que l’on doit entendre par là, voilà un problème de la première importance pour la classe ouvrière, aussi bien dans le domaine de la connaissance que dans celui de la tactique. Rosa Luxemburg se l’est posée, dés 1912, dans son livre l’accumulation du Capital [2] et elle est arrivée à la conclusion que dans un système capitaliste pur et fermé la plus-value destinée à l’accumulation ne peut être réalisée et que, par conséquent, le capitalisme ne peut survivre qu’en s’étendant continûment par le commerce dans les pays non capitaliste. Autrement dit : si cette expansion cesse d’être possible, le capitalisme s’effondre. Il ne peut se maintenir plus longtemps en tant que système économique. Le K.A.P. s’est souvent référé à cette théorie, bien que celle-ci ait fait l’objet, dés son apparition, de nombreuses critiques, venues de tous les horizons. En 1929 Henryk Grossmann a exposé une théorie toute différente dans son livre : Les lois de l’Accumulation et de l’effondrement du système capitaliste. Il y arrive à la conclusion que le capitalisme doit finir par connaître l’effondrement économique, c’est-à-dire que, indépendamment des efforts des hommes, de l’éclatement ou non de révolutions, le capitalisme ne peut se maintenir comme système économique. La crise de 1930, à la fois sévère et durable, a, sans doute aucun, rendu les esprits accessibles à cette “ théorie de la crise mortelle ”. Dans le manifeste des United Workers of America qui vient de paraître, on propose d’utiliser la théorie de Grossmann comme base théorique d’une nouvelle orientation du mouvement ouvrier. Voilà pourquoi il est bon d’examiner cette théorie d’un œil critique. Et, dans cette intention, on ne peut éviter d’exposer comment la question est abordée par Marx et les différents auteurs qui en ont traité par la suite.

(lire la suite sur le site de La Bataille socialiste)

SUR LA PREVISION MARXISTE

Robin Goodfellow écrit : « Selon notre analyse actuelle, à partir des données disponibles au 30 octobre 2016, nous serions entrés dans la phase du cycle qui précède la crise. Nous l’appelons, conventionnellement, « vague d’accélération ». Elle pose la question de sa durée puisque celle-ci détermine la prévision de la crise. La publication, fin août 2016 et révisées en septembre (et maintenues en octobre), par le BEA, des données du deuxième trimestre 2016, sont l’occasion pour rectifier la prévision. Sur la base des données disponibles au moment de la sortie du livre « le cycle des crises aux Etats-Unis depuis 1929 », les méthodes que nous avons développées pour anticiper le point de départ de la vague d’accélération, donc la dernière phase du cycle avant la crise de surproduction, désignaient le premier trimestre 2019. Compte tenu de la longueur potentielle d’une vague d’accélération, cela nous permettait d’escompter une crise de surproduction en 2019-2020. Les nouvelles données, publiées fin juin 2016, conduisent sur la base des mêmes méthodes à rapprocher de plus de deux ans la crise de surproduction. Dans ce texte, d’une part nous rectifions à nouveau la prévision, à la suite d’une erreur de calcul, et d’autre part, nous revenons sur la détermination de la durée potentielle de la vague d’accélération ». (cf. La précision de la prévision)
Contact : robin.goodfellow@robingoodfellow.info

et aussi :

https://www.robingoodfellow.info/pagesfr/.../crise_refondue_20090930.pdf
Format de fichier : PDF/Adobe Acrobat
30 sept. 2009 ... VITALE DE LA PREVISION ... Parti et prévision du communisme. .... LE MARXISME VULGAIRE CONTRE ROSA LUXEMBURG .................................102. 9.1 ...... ajouté par feu Roger Dangeville et non d'un titre écrit par Marx.


« Des crises permanentes, çà n’existe pas » (Marx)


Les nombreuses erreurs de perspectives au sein du mouvement ouvrier sur l’évolution de la crise et de la lutte de classe sont à rattacher aux visions catastrophistes sur la dynamique et les contradictions du capitalisme. Non seulement Marx n’a jamais défendu une telle vision, mais sa conception était toute autre. Tel est le sujet de cet article.

Catastrophes économiques et catastrophisme


Une des sources de ces erreurs récurrentes réside dans l’idée que Marx aurait défendu une théorie de l’effondrement économique inévitable du capitalisme : « Si on le comprend bien, le schéma marxien de l’accumulation est par son insolubilité même le pronostic exact de l’ effondrement économique inévitable du capitalisme… » [1]. Rosa Luxemburg attribue la paternité de cette idée à Marx et la réitère à longueur de pages dans son ouvrage sur L’accumulation du capital [2]. Sans cette assise matérielle, soutenait R. Luxemburg, « le socialisme perd le fondement de granit de la nécessité historique objective,… », et les révolutionnaires ne peuvent alors que « s’enfoncer dans les brumes des systèmes et des écoles pré-marxistes qui prétendaient faire découler le socialisme de l’injustice et de la noirceur du monde actuel, ainsi que de la volonté révolutionnaire des classes laborieuses » [3]. Elle rejoignait ainsi la même démarche qu’empruntera plus tard Henryk Grossman, à savoir la nécessité de fonder le socialisme sur une « démonstration économique de l’écroulement du capitalisme » [4].
En réalité, Marx n’a jamais développé une telle idée ; il défend une vision du processus révolutionnaire qui est toute différente : « Les contradictions capitalistes provoqueront des explosions, des cataclysmes et des crises au cours desquels les arrêts momentanés de travail et la destruction d’une grande partie des capitaux ramèneront, par la violence, le capitalisme à un niveau d’où il pourra reprendre son cours. Les contradictions créent des explosions, des crises au cours desquelles tout travail s’arrête pour un temps tandis qu’une partie importante du capital est détruite, ramenant le capital par la force à un point où, sans se suicider, il est à même d’employer de nouveau pleinement sa capacité productive. Cependant ces catastrophes qui le régénèrent régulièrement, se répètent à une échelle toujours plus vaste, et elles finiront par provoquer son renversement violent » [5].
Dans la description de cette spirale de « contradictions » créant « des explosions, des crises, des cataclysmes, des arrêts de travail et la destruction de capitaux », Marx souligne que le capitalisme traverse ces dernières « sans se suicider » et que ‘ces catastrophes le régénèrent et le ramènent à un niveau d’où il pourra reprendre son cours’. En effet, pour Marx, la nécessité de transformer la société de fond en comble naît au sein de ces cataclysmes répétitifs dans le cadre d’un mode de production obsolescent : le développement croissant des contradictions du capitalisme suffisent à féconder la nécessité de la révolution. Nulle part dans son œuvre, Marx ne met en place un raisonnement qui postule une « impossibilité économique du capitalisme » comme le lui attribue R. Luxemburg.
En effet, il n’existe pas de limites quantitatives prédéfinies au sein des forces productives du capitalisme qui détermineraient un point alpha précipitant ce mode de production dans la mort (que ce soit un pourcentage de taux de profit, une quantité donnée de marchés solvables ou extra-capitalistes, etc.). Les limites des modes de production sont avant tout socio-économiques, produites par leurs contradictions internes, et par la collision entre ces rapports devenus obsolètes et les forces productives. Dès lors, c’est le prolétariat qui abolira le capitalisme à la faveur de la manifestation de ses contradictions objectives, et pas ce dernier qui mourra de lui-même suite à un « effondrement », une « impossibilité économique objective du capitalisme ». Telle est la méthode posée par Marx : « La production capitaliste tend sans cesse à dépasser ces limites qui lui sont immanentes, mais elle n’y parvient qu’en employant des moyens qui, de nouveau et à une échelle plus imposante, dressent devant elle les mêmes barrières » [6].
Cependant, il est clair que si le capitalisme ne s’effondrera pas de lui-même, il n’échappera pas davantage à ses antagonismes destructeurs. Fin catastrophiste du système et catastrophe sont deux choses distinctes. Si la première conception défendue par R. Luxemburg postule l’existence d’une « impossibilité économique du capitalisme » qui mène à « l’effondrement économique inévitable du capitalisme… », l’autre défendue par Marx conçoit la possibilité de « catastrophes » et de « cataclysmes », mais qui le « régénèrent » pour le ramener « à un niveau d’où il pourra reprendre son cours ». Ce ne sont alors pour Marx que les « répétitions à une échelle toujours plus vaste » de cette spirale qui pousseront le prolétariat à la révolte, ouvrant la possibilité d’un « renversement violent du capitalisme ». En effet, s’il faut écarter toute vision catastrophiste, il faut cependant réaffirmer que le système capitaliste a déjà connu et connaîtra des crises, guerres et catastrophes d’ampleur croissante.

LIRE LA SUITE DE CET EXCELLENT ARTICLE DE MARCEL ici : http://www.leftcommunism.org/spip.php?article187 site de Controverses en Belgique

Pour une autre analyse, catastrophiste et plus discutable :

Élection de Trump : le choix de la marche à la guerre généralisée. Seul le prolétariat révolutionnaire peut s’y opposer (9 novembre 2016)

 

Sidération. Stupeur. « L’impensable est pourtant bien arrivé » clament ce matin les éditorialistes. L’élection de Trump qui vient d’être confirmée à l’instant où nous écrivons, provoque les mêmes réactions dans les classes bourgeoises du monde entier que celles qui ont suivi le Brexit, la victoire du “ oui ” au referendum britannique sur la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne. L’ambassadeur français aux États-Unis a écrit sur Twitter : « Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige ».
Ce nouveau “ impensable ” n’est pas l’expression d’un monde qui deviendrait “ fou ”. Il est l’expression des poussées historiques vers la guerre généralisée. Il est l’expression du monde capitaliste et de son impasse ; de l’exacerbation de ses contradictions historiques insurmontables ; et des difficultés croissantes des différentes bourgeoisies nationales à y faire face, à commencer par la plus expérimentée au monde, la britannique avec le Brexit, et maintenant la plus puissante, l’américaine. La fin du bipartisme classique d’alternance gouvernementale et la montée des extrême-droites dans les principaux pays européens, tout comme les attentats sanglants qu’ils ont subis depuis 2015, en France et en Belgique en premier lieu, annoncent encore de nouveaux “ impensables ”. L’impasse économique, surtout depuis 2008, et l’exacerbation des rivalités et guerres commerciales et impérialistes qu’elle provoque, précipitent des bouleversements politiques au sein des classes bourgeoises des principales puissances impérialistes, et y compris certaines divisions en son sein.

Blog: "Révolution ou guerre" du groupe international de la gauche communiste (GIGC)

samedi 14 janvier 2017

DRACULA ABDESLAM NOUVEAU LANDRU ?


« Ce n'est pas bon pour la santé ».
Henri Désiré Landru (Peu avant son exécution alors qu'il se voit proposer un verre de rhum et une dernière cigarette)
Emprisonné en 1922, le pervers narcissique Landru avait plus d'un trait commun avec son homologue Abdeslam, le salopard criminel des attentats ciblés à Paris (le nombre d'explosées de Landru restant officiellement limité à onze) sauf que le deuxième abruti est préservé de la guillotine par la démocratie émolliente du droit bourgeois. Le vedettariat d'abord (vu à la télé) qui permet de séduire tant de femmes otaries soumises halal qui voient dans l'encarserné aux frais du contribuable un despote sexuel enfin maîtrisable et à qui on peut parler par courrier sans être mis au poêle immédiatement coupée en morceaux ni explosée en bout de chairs sanguinolentes1. Pour une femme non socialisée un avenir de maquerelle est plus enviable que simple pute, il est avéré que le terroriste de base ne touche pas aux sœurs de son harem imaginaire.

Le très bourgeois Figaro répercute son collègue Libération  au ton si compatissant à l'égard du peigne-zizi « enfermé » qui se plaint de son « isolement »: «  D'une écriture petite et régulière, comme le décrit Libération qui publie cette lettre, Salah Abdeslam parle de son isolement à la prison de Fleury-Mérogis. (Les fautes de français ont été respectées) :
"Je t’écris sans savoir par ou commencé, j’ai reçu l’ensemble de tes lettres et ne pourrais te dire qu’elle me font plaisir ou non, ce qui est sur c’est qu’elle me permette de passé quelque temps avec le monde extérieur".
Libération ajoute, dans son texte intra-muros, une précision d'importance pour ses clients-lecteurs islamodébiles, outre le « avec quelques fautes d'orthographe » est ajouté « le Français ». Abdeslam est le français mais pas l'orthographe ! La sémantique des antiracistes de la fondation Rothschild ne me surprend même plus dans sa mécanique orwellienne. Comme Landru, fièrement assis au tribunal près de son poêle sans nulle trace de sein carbonisé, Dracula Abdeslam écrit (en bon français » : "Je n'ai pas honte".
En cage dorée depuis avril 2016, le PN Salah Abdeslam a été auditionné à trois reprises par un juge d'instruction. A chaque fois, il a fait valoir son droit au silence.(règle démocratico-capitaliste en pays riche, mais que nenni dans les Etats-Charia). Face à ce mutisme démocratique SM, ses avocats, le Français Frank Berton et le Belge Sven Mary, ont renoncé à assurer sa défense en octobre. C'est à cette époque que le terroriste présumé (que le souci de présumer à cete endroit est galant face au tueur les mains pleines !) est sorti de son silence, confortant l'idée qu'il a choisi de ne pas expliquer ses actes (NDLR il est de l'étoffe des héros). 
Autrement dit, il est sorti de son silence pour dire qu'il restera silencieux face aux salauds de magistrats ancien colonialistes patentés et à tous ces salopards de français blancs de peau qu'il faudra éradiquer au nom d'Allah qui est grand et qui écrit subliminalement sur internet. D'une certaine façon on peut en effet convenir que Dracula n'a rien à expliquer qu'on ne sache déjà, et que le seul entretien qu'il mérite n'est pas celui de la prison à perpète mais qu'on lui explose la gueule à son tour :
"D’abord, je n’ai pas peur de faire sortir quelque chose de moi car je n’ai pas honte de ce que je suis et puis qu’est-ce qu’on pourrai dire de pire que ce qui ce dit déjà".
Salah Abdeslam s'interroge ensuite (c'est le journaleux qui le fait s'interroger parce que ducon ne s'interroge pas – il a rien dans le crâne – il récite) sur la volonté d'une de ses lectrices de vouloir correspondre avec lui et rappelle sa foi et sa soumission à la religion (à cet endroit les fautes de français sont moins graves que celles de certains ingénieurs français ou de ses potes illettrés), et en outre, avec l'art de la duperie ambiguë du vulgaire macho qui sait se servir de son statut de « star » et de sa « sincérité »2 :
"Tu es sincère alors je vais l’être aussi, si je te demande les intentions de ta démarche c’est pour m’assuré que tu ne m’aime pas comme si j’étais une 'star ou une idole' parce que je reçois des courriers comme ca et je ne cautionne pas cela car le seul qui mérite d’être adorer c’est Allah, Seigneur de l’univers."
A cet endroit le lecteur nous permettra de nous interroger (à notre tour) non plus sur le petit con - devenu vedette bon pour une émission d'Hanouna ou Ardisson, ou pour se moquer des flics tous les soirs avec les marionnettes de C+ - sur la démarche des conasses qui écrivent au tueur inconscient.
L'escroc islamiste Salah Abdeslam reçoit beaucoup de courrier en prison. Des avocats arabes souhaitant le représenter, des imams fraternels qui s'interrogent sur sa foi, des journalistes islamophobes qui veulent l'interroger, des femmes otaries qui souhaitent porter son enfant... A l'isolement et filmé 24h/24, son courrier est lu par le personnel pénitentiaire et c'est un début inespéré de propagande djihadiste gratos que cette communication publique de ses lettres privées à de pauvres pétasses, dont daesch n'osait plus rêver. Le voile c'est ce conformisme à la mode ici qui est conchié là-bas ; nos braves otaries en Europe ne supporteraient pas l'obligation du voile en terre de charia. Elles ne se rendent pas compte.
La médiatisation du procès feuilleton d'un salaud de criminel sadique est un dérivatif génial au cynisme gouvernemental de la gauche caviar, ce qui ne veut pas dire au sens des beaufs islamo-gauchistes Plenel et Besancenot qu'il faudrait fermer les yeux sur des actes en dehors de toute humanité, et absoudre un pauvre ancien colonisé, quoiqu'il ne l'ai jamais été. Le petit con ne présente aucun intérêt comparé à ses groupies qui, dans ce sentiment mêlé de dégoût et de fascination nous font tant pitié. 
 
LE PARDON ET LA COUILLONNE

La merveilleuse Chahdortt Djavann ne cesse de répéter que les bigots de l'islam sont des frustrés sexuels, mais j'ajoute surtout les femmes soumises pour le pire mais pas le meilleur (on peut se branler sous le voile). Près de 4000 frustrées avaient écrit à Landru, 800 pour le demander en mariage. Pourquoi tant de femmes aiment-elles le bad boy ? Nombre de criminels se marient en prison. L'avocate du converti Carlos a épousé l'ex-tueur stalinien derrière les barreaux.
Alors les psys y vont de leurs interprétations : victimisation passée, perversité, etc. , nous nous contenterons de l'évidence dans la vie sous le capitalisme, n'en déplaise aux féministes ou aux femmes libérées : la majorité des femmes restent – sous le capitalisme – qu'elles le veuillent ou non, que certaines abhorrent cette idée ou pas – dans un esprit de soumission ; et ce n'est pas que, ni principalement l'islam qui véhicule cette propension à la soumission, mais les règles de fonctionnement hiérarchique perverses du capitalisme, le salariat qui hiérarchise en premier lieu cette soumission, la magistrature bourgeoise qui sanctionne toujours plus les femmes, juridiction scotchée avec une compassion très religieuse, qui avoue comprendre mais à condition de sanctionner librement dans le cadre des prérogatives de pouvoir bourgeois qui n'a rien à envier au fond à la charia. (merci encore a Hollande d'avoir arraché aux corbeaux autistes Jacqueline Sauvage!).
C'est avec la même logique du rachat chrétien (le pardon et le couillon) que le petit Plenel défend comme un fou de dieu le respect de la croyance musulmane, qui elle s'asseoit sur ce baudet comme sur une chaise d'église. La base du concept et de lavacuité de la théorie de l'islamophobie est infantile toujours, c'est la faute à l'autre.
Le discours moral du pervers narcissique , ce vampire qui détruit les autres sans le moindre remord, sans la moindre « honte » (dixit Dracula Abdeslam) est clairement un foutage de gueule, comme en furent capables les Petiot et Landru (le PN sait se montrer marrant dans son mensonge et pour voiler sa trouille) :
Retrouvons notre orthographe de banlieue, si bien respectée par les employés de Rothschild, Dracula Abdeslam avoue n'être qu'un « réformateur », un être immatériel a fait de lui un harmonieux Alain Delon, et monsieur Météo Allah fait aussi pousser les fruits et légumes :

"Je ne cherche ni à m’élevé sur terre ni a commettre le désordre, je ne veux que la réforme, je suis musulman, c’est à dire soumis à Allah qui m’a créé et qui par sa grace ma harmonieusement faconné ainsi que toi et tous ceux qui existe, a partir de la pluie il nous donne toute sorte de fruit pour nous nourrir", lance-t-il.

Attention la pétasse correspondante passe à la deuxième forme de la radicalisation face à son Alain Delon, la vérification de son degré de bêtise affective et d'embrigadement ménager :
"Est-tu soumise?, lui demande-t-il. Sinon Alors dépêche toi de te repentir et de soumettre à Lui n’écoute pas les gens mais plutôt les paroles de ton Seigneur. Il te guidera."
La principale religion pédophile du monde qui attire tant de frustrées sexuelles n'est pas simplement une idéologie mise en avant par la bourgeoisie dominante pour abrutir les masses et cacher des manœuvres impérialistes dans le grand jeu de cons planétaire, c'est en effet le reflet profond du degré d'aliénation atteint par la société bourgeoise actuelle, et depuis longtemps mais qui unit faits divers et prosélytisme débile. La petite racaille se rachète en tuant au nom d'un vague dieu mythologique, cela déculpabilise bien plus que de cautionner et se coucher au nom d'une déradicalisation honteuse. C'est la mécanique perverse narcissique. C'est la faute aux autres si j'ai tué et massacré. Personne ne m'en voudra vraiment et nombreux sont ceux qui ne me jetteront pas la pierre. Mentalité imparable de racaille. Dutroux est-il islamiste désormais ?
"Vous m'avez toujours fascinée. Vous êtes une personne connue. Quand je vois vos belles photos, je ne peux que croire que vous êtes honnête". Ces mots anodins, couchés sur papier à lettre par une ado belge de 15 ans, pourraient ressembler au courrier classique d'une jeune groupie rêvassant sous les posters de son idole qui tapissent sa chambre. Et pourtant, la missive glace le sang : cette jeune fille en fleur de La Roche-en-Ardenne écrit en réalité à l'incarnation même du mal en Belgique, le tueur et pédophile Marc Dutroux. Le quotidien Belge Le Soir révélait en février dernier que le détenu le plus célèbre du Plat pays, reçoit en effet un abondant courrier constitué notamment de lettres d'adolescentes et de demandes en mariage. De Landru à Charles Manson, l'histoire est jalonnée de nombreux cas de fascination féminine pour les grands meurtriers. : "les adolescentes, de troisième ou de seconde, ne sont pas amoureuses du premier de la classe. Elles sont amoureuses du bad boy qui a redoublé trois fois et qui est au fond de la classe", avance le psychiatre. A 79 ans, le célèbre gourou-criminel purge aujourd'hui une peine de prison à vie en Californie et ne semble avoir rien perdu de son aura. Une jeune femme de 25 ans lui rend visite chaque weekend avec la ferme intention de se marier avec celui qu'elle qualifie déjà comme son mari ». (repiqué sans vergogne)


Ma conclusion sera dans la pub pour le superbe livre de l'iranienne, au nom à coucher dehors pour nos pauvres mémoires occidentalo-latines.

LES SECRETS DE LA RADICALISATION...

Ce n'est pas en 2022 que la France tout entière est une pute qui se vend aux pétrodollars islamiques, mais en 2017. La radicalisation repose d'abord sur un socle financier (on voyage beaucoup à moindre frais dans la galaxie des tueurs mercenaires), ensuite sur l'idée religieuse de base, primitive et primaire : c'est la faute à l'autre, mon voisin, celui qui est plus grand ou plus petit, qui n'a pas la même couleur de peau que moi, qui ne parle pas ma langue, etc. Ensuite pour phagocyter l'autre, l'envelopper comme la mante religieuse, ou les poissons géants qui font des ronds de bulles d'air pour avaler tout cru la masse des petits, il suffit d'alterner séduction et menace. Ce qui marche pour une gamine de 15 ans, a marché dans tous les siècles passés.

« Avions-nous un besoin urgent de former des imams pour qu'ils endoctrinent les illettrés qui abandonnaient les bancs de l'école ? ». Chadordtt Djavann (2016)

La superbe Chahdortt Djavann a raison de s'interroger sur le fait que la fatwa de Khomeiny ne fût pas dénoncée comme appel au meurtre, et ses promoteurs pourchassés et éliminés. L'extrême gauche française et les bordiguistes soutinrent Khomeiny dans son appel au meurtre de Rushdie, comme l'abruti sous-acteur de Taxi qui annonça un jour chez Ardisson qu'il allait le tuer. Il n'y avait eu jusqu'ici que des ouvrages de commentaires ou de soutien compréhensif aux individus embrigadés dans le terrorisme islamo-fasciste, voici enfin l'ouvrage qui les désappe, mais bien. Même sadique Ramadan est couché par terre, lui le beau mâle qui est vénéré sur You Tube pour ses multiples éliminations de contradicteurs (selon ses sectateurs anonymes frustrés qui n'aiment pas qu'on vienne contredire leur béatitude).
Superbe! quelle intelligence et quelle beauté cette femme! couchés les curés musulmaniaques en tout genre et leurs amis islamogauchistes! faut continuer à leur faire front par tous les moyens, littérature, pamphlets, prises de parole mais pas sans projet politique alternatif au capitalisme, sinon c'est simplement protester aux côtés d'une fraction lucide de la bourgeoisie (les médias et Gallimard).
Ce n'est même pas un combat contre la religion mais un combat indispensable contre un pan de l'idéologie capitaliste décadente, de type totalitaire; toutes les sociétés décadentes sont entraînées dans un retour en arrière, une régression primaire vers la barbarie qui se drape du vieux slip du bon dieu païen immémorial comme la pluie.
La seule arme dont nous disposons pour l'instant, du point de vue de classe, contre l'islamo-fascisme, son complice l'islamo-gauchisme et les demeurés indigènes de la république avec la folle Houria, c'est le rire. Quoique le rire soit interdit en France, silence radio sur l'excellent feuilleton anglais qui se moque des otages "en liberté", que j'ai retrouvées dans le néant arctique du capitalisme décadent, les otaries.
Otarie musulmane avec mâle blanc colonialiste

NOTES
1« Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ». Olympe de Gouges (1792)

2Méfiez-vous braves gens de tous ces bateleurs pisse-copie ou peigne-zizi qui commencent leur accroche par : « Honnêtement »... ou « Sincèrement... ».

vendredi 6 janvier 2017

LA RECLAME POUR LE « REVENU DE BASE » dit aussi « SALAIRE UNIVERSEL »


ASSEMBLEE convoquée par ATTAC à Montrouge
Attac 92 vous invite à sa prochaine réunion-débat publique, gratuite et conviviale à Montrouge
Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d'autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement."
Tout le monde s'entend sur une définition minimale mais le revenu de base ne cesse de faire débat, que ce soit au Forum économique de Davos en passant par la Sillicon Valley sans oublier les assemblées citoyennes de Nuit debout.. Nos politiques à droite comme à gauche s'en sont aussi emparés, Manuels Valls fait plutôt la promotion d'un « minimun décent » qui n'est guère qu'une fusion des différents minima sociaux.
Tout d' abord pourquoi la création d'un revenu de base ?
Répondre à la question de la transformation du travail, de la fin du salariat, de la lutte contre la pauvreté. Mettre fin au travail subordonné ? Et puis comment le financer ?
Venez en discuter : Avec Alexandre Laurent-Duhamel, membre du Mouvement Français du Revenu de Base

Attac

(Association pour la Taxation des Transactions financières et l'Action des Citoyens)

Le déroulé du remue-méninge

Ne me faisant pas trop d'illusions sur le niveau de conscience de classe des participants aux cénacles d'Attac, je fus tout de même agréablement surpris par le déroulement de la discussion même s'il m'a fallu secouer vigoureusement le cocotier. Preuve qu'en cette période il y a un réel besoin de réfléchir ensemble et que ça peut être merveilleux.

Le jeune représentant de commerce de cette trouvaille pour think tank éploré sur la tombe d'André Gorz, avait choisi la plus mauvaise manière pour écouler son produit, la manière des sectes de formation en entreprise : remue-méninge et projection de diapos alternée avec questions aux enfants de la salle (tu parles Roger, pratiquement pas de jeunes!), « levez le doigt SVP » ; j'ai commencé assez vite à bouillir (il nous prend pour une assemblée gériatrique?). Premier calque effarant, intitumé « un peu d'histoire » indique les grands penseurs du revenu de misère : More, Paine, Russel, Milton Friedman... J'ai gueulé : où sont les vrais émancipateurs du genre humain : Robespierre, Marx, Engels, etc. Etrangement n'était pas cité au premier rang des fabulateurs de cette tartufferie... ce pauvre André Gorz, célèbre dans les années 1970 pour avoir publié un « adieu au prolétariat » qui lui servit à faire passer cette camelote de salaire de base de misère (je me suis empressé de le rappeler), et le dieu des bobos d'hier et d'aujourd'hui, Proudhon.
Dernier calque affligeant : les conditions de base : universalité, inconditionnalité, individualité... Là j'ai gueulé : « vous z'êtes dans quelle secte ? C'est quoi ces nunucheries ? »
J'ai demandé que cesse le petit jeu du « remue-méninge » pour débiles en entreprises et qu'on entame un véritable débat sur ce conte de fée de « revenu universel », cette « utopie réactionnaire ». Peu à peu, comme vous vous en rendrez compte en écoutant l'enregistrement les choses se sont éclaircies. Je ne m'en cache pas j'ai pesé tout au long pour insister sur le caractère non politique de ce gadget, de plus gadget pour période électorale navrante, pour répéter à plusieurs reprises que nous n'avons pas à entrer sur le terrain « économiste » ou « syndicaliste » de la bourgeoisie, qui, par l'intérêt qu'elle manifeste à ce gadget, espère qu'il lui permettra au moins de retarder l'explosion de la misère sociale le cas échéant. Un des meilleurs moments du débat se trouve vers la fin où un camarade, hors de la bienpensance Attac, dénonce le danger de se laisser séduire par cette promesse d'un minimum vital, estime que la bourgeoisie ne pourra même pas l'appliquer (à voir...). Malgré la dénonciation des politiciens, du capital financier, on oubliait les guerres ininterrompues, le cynisme des destructions massives d'emplois, enfin que le capital ne procède pas à partir des besoins sociaux mais des exigences de la formation du capital.
Face à mon insistance sur le fait que ce débat faussé met la charrue avant les bœufs. Au fond se demander comment atténuer la crise du capitalisme et son impéritie sur la question du travail, calculer avec les experts ce que serait un minimum de base, c'est accepter d'être pris pour des idiots comme avec le sauvetage des 35 heures qui augurait d'un merveilleux partage du travail. Nous n'avons pas à offrir des solutions à la bourgeoisie dans son cadre ni pour la sauver, mais comment la renverser politiquement. L'utopie réactionnaire du « revenu universel » éclate au grand jour si on dénonce son but « national », et la bêtise d'une de ses bibles (« Ne pas perdre sa vie à la gagner » de Baptiste Mylondo, qui écrit cette énormité, digne du plus minable politicien – Jospin avait dit un truc dans ce genre naguère - « ...la mise en place d'un revenu de citoyenneté signifie tout bonnement la disparition de la misère à l'échelle nationale » !(p.107) Et à l'international tu peux crever ? Faut le faire, et je ne me suis pas gêné pour lire cette énormité à la fin de la réunion.

A mon grand regret à cause des interruptions de la présidente de séance, il n'a pas été possible de
réunion classique d'Attac
dissocier les vraies questions que le prolétariat pourra poser et résoudre APRES LA REVOLUTION PAS AVANT NI SOUS LE REGNE DE L'ARGENT. Je n'ai pas été compris dans l'ensemble lorsque je tentais de leur expliquer qu'ils débattaient de questions de « transition au socialisme » (l'avenir et la place du travail) mais DANS LE MONDE ACTUEL comme si la classe gouvernante nous demandait notre avis alors qu'elle nous méprise à chaque fois (cf. le répugnant Traité de Lisbonne et le passage en force de la loi travail). Les objections retombaient au niveau de cet esprit syndicaliste étroit qui croit qu'en obtenant un petit peu on arrache des dents au capitalisme en douceur, ; le souci des plus démunis était aussi virtuel que l'ignorance du sort des chômeurs par les syndicats depuis 50 ans. J'ai demandé vainement qu'on se pose la question pourquoi il n'y a plus aucun parti politique digne de nous représenter., s'il faudrait pas en créer un, espérer de nouveaux Conseils ouvriers comme au moment de la glorieuse révolution en Russie dont nous les maximalistes allons fêter le centenaire.
J 'aurais aimé plus développer contre la propagande qui raconte que le travail est une espèce en voie de disparition (les algorithmes ne nettoieront pas tes chiottes à l'avenir!). Lorsque j'ai cité la phrase de Marx se moquant « un salaire équitable pour une journée de travail équitable », en remplaçant salaire par oisiveté et travail par oisiveté, ils n'ont pas non plus compris l'idée communiste qui est derrière : après la révolution il faudra vivre pour travailler et non pas travailler pour vivre. Dans le communisme, le travail n'est pas une simple activité mais un rapport social. De plus pour Marx le travail n'est pas la source de toutes les richesses. Le communisme c'est la fin du travail parcellaire. On n'a même pas été capables de réaborder la perspective de l'abolition du salariat quoique après l'abolition de l'Etat et de l'argent...
J'ai tout de même réussi à glisser que j'étais d'accord avec Lafargue : 3 heures maximum par jour ! Et qu'il y a du travail pour tout le monde si on considère d'abord les besoins humains. Le manque de confiance des vieux prolétaires de cette assemblée, effrayés d'imaginer les « masses populaires » disparues, les avait fait régresser jusqu'à penser que le projet socialiste-communiste de nos ancêtres aurait été une utopie, pas du tout ai-je dit.
Mais vers la fin on a enfoncé le clou à plusieurs : qui, quel parti, quel Etat va appliquer et rendre des comptes si application du « revenu de base » et souci concret des malheureux et des exclus. Flottement dans l'assistance.
Je vous l'avoue, moi provocateur, j'ai lancé à un moment « l'Etat prolétarien ».

PS: Thomas Picketty est lui totalement à côté de la plaque, demande un "salaire juste" (hi hi) et de respecter... les pourritures de syndicats gouvernementaux qui n'ont jamais rien fait pour les chômeurs: http://piketty.blog.lemonde.fr/2016/12/13/revenu-de-base-ou-salaire-juste/





deux heures de débat.... le fichier est trop lourd, envoie de l'ensemble du débat sur clé usb sur commande.


jeudi 5 janvier 2017

LA FABLE DU REVENU UNIVERSEL GARANTI DANS UNE SOCIETE CAPITALISTE EN GUERRE DE CLASSES


J'aime bien le texte qui suit d'un ancien coprésident d'ATAC, un machin réformiste de blablateurs intellos sans consistance, mais ce texte - bien que finalement très illusionniste à la fin sur des arrangements ou une meilleure répartition des allocations de misère, et incapable de penser la nécessaire rupture révolutionnaire violente - démontre l'inanité de cette fable du point de vue marxiste. Ce texte, que certains de mes lecteurs pourront trouver ardu, est à mon avis le meilleur publié contre un engouement petit-bourgeois ancien, c'était en 1970 la théorie de la négation du travail par les crypto-maoïstes de Potere Operaio et ses étudiants qui rêvaient que l'Etat bourgeois leur octroie un salaire à rien foutre. Comment ne pas penser aussi à notre maître Engels raillant Proudhon qui voulait que les ouvriers achètent le capital ! Le revenu universel garanti, ou sous une de ses multiples appelations, c'est la voie ouverte à la clochardisation d'une immense partie de l'humanité!
 
Avec cette fable de revenu universel, défendue tant par les gauchistes (jamais en reste d'adoration de nouveautés « sociale-démocrates » comme les pauvres 35 mais lesquelles avaient encore une consistance pour la classe exploitée, quoique plus pour ses couches supérieures) et par les pires bourgeois libéraux, on voit clairement qu'il s'agit de proposer un gadget pour perpétuer un monde où le travail devient presque un luxe à se procurer (cf. les taxis ubérisés où le travailleur-patron s'auto-exploite). Le travail n'est pas prêt de disparaître comme le dit très bien cet auteur, c'est un mythe à fainéant marginal cette croyance agitée par les médias; il manque tant de bras et de têtes aujourd'hui dans l'éducation, les hôpitaux, etc. Par contre il nous faudra – nous les maximalistes – expliquer que le travail dans le monde futur communiste (si dieu le veut) ne sera pas méprisé ni la valeur aliénée qu'il est dans le monde capitaliste, qu'il existera toujours mais sous sa véritable forme conviviale, ludique, sociétale, et qu'il y aura des activités pour tout le monde. Il sera une normalité sociale pas un péché ni une horreur. Le communisme n'est pas un droit à la paresse, que Lafargue avait campé avec un humour incompris par les marginaux et les curés de toute religion, mais un monde où l'activité des hommes pour leur vie en humanité ne suppose plus l'exploitation de l'homme par l'homme.

Travail collectif, valeur et revenu : l’impossible dissociation

mardi 11 octobre 2016, par Jean-Marie Harribey *

Par certains côtés, on peut se réjouir que, derrière les questions du travail et des revenus, vienne enfin au grand jour celle de la valeur, qui hante l’économie politique depuis ses origines, qui est niée par toute la science économique officielle, mais connaît une nouvelle actualité aujourd’hui. Cela parce que les finalités du travail sont remises en cause par la crise sociale et la crise écologique, parce que les conditions d’exploitation du travail et de la nature arrivent à un point extrême et parce que la répartition des revenus qui résulte de la domination du capital atteint des sommets d’injustice et d’insoutenabilité. L’origine de la valeur et son affectation sont alors sur la sellette. Ce regain d’intérêt mérite d’être approfondi, car les propositions de revenu universel, de salaire à vie et autres mesures de transformation de la protection sociale risquent de nous faire revenir en arrière à cause de leurs présupposés mal assurés. Je repasse en revue ici quelques éléments théoriques et épistémologiques susceptibles d’aider à la discussion : 1) la théorie de la valeur à laquelle je me réfère, 2) l’extension abusive du champ du travail et de la valeur derrière la thèse du salaire à vie, 3) le revenu universel ne peut pas être un revenu primaire.

Sommaire

1. La valeur est du travail social [1]

L’économie politique nous a légué un matériau communément appelé théorie de la valeur-travail, restée au stade du balbutiement avec un Adam Smith reprenant l’intuition d’Aristote qui distinguait valeur d’usage et valeur d’échange, et laissée bancale par David Ricardo qui faisait du travail une caractéristique interne à la marchandise. Reprise par Marx pour la transformer radicalement, cette théorie reformulée se résume ainsi : la valeur d’usage est une condition de la valeur en tant que forme monétaire du travail socialement validé, laquelle apparaît dans l’échange par le biais d’une proportion, la valeur d’échange qui est mesurée par la quantité de travail nécessaire en moyenne dans la société considérée. Le plus important ici est l’idée de travail socialement validé. Autrement dit, on n’on a pas affaire à l’opposition binaire des économistes classiques (Smith et Ricardo) entre valeur d’usage et valeur d’échange, fondatrice de l’économie politique. On a affaire à un triptyque au cœur duquel se situe la validation sociale, cruciale pour différencier la théorie de la valeur-travail de Ricardo et ladite loi de la valeur de Marx [2].
C’est ce triptyque que j’ai utilisé depuis les années 1990 pour théoriser la problématique de la soutenabilité du développement, dans sa double dimension ; sociale et écologique. Ainsi, on peut définir ce que sont la richesse de la nature et la valeur produite par les humains en utilisant celle-ci, et les différencier : la nature est une richesse, mais n’a ni valeur économique intrinsèque, ni ne crée de valeur, cette dernière étant une catégorie socio-anthropologique et non pas naturelle. On mesure l’importance de la rupture épistémologique opérée par Marx qui a réfuté la croyance en l’existence de lois économiques naturelles pour affirmer avec force qu’il n’y avait que des constructions sociales et historiques en matière d’organisation de la société, de production et de répartition de la valeur créée par la force de travail.
De plus, le triptyque de Marx permet d’apporter une réponse à un problème laissé dans l’obscurité complète par le marxisme orthodoxe ultérieur. Dans une société capitaliste concrète, la force de travail employée par le capital produit de la plus-value (qui est une partie de la valeur) si celui-ci réussit à vendre la marchandise. En ce sens, le travail est dit productif pour le capital. Mais, dans cette société, il existe aussi un pan de l’activité humaine qui produit des services non marchands, qui ne sont donc pas vendus et qui ne procurent aucun profit privé. Le travail utilisé est productif de valeurs d’usage, mais également de valeur qui s’ajoute à la celle produite dans la sphère capitaliste pour constituer le PIB, dont découlera la distribution de revenus. Cela peut sembler étonnant pour les tenants du libéralisme ou du marxisme traditionnel, mais le mystère peut être facilement levé : le marché valide le travail employé pour produire des marchandises, et la collectivité a validé a priori par décision démocratique le fait de produire de l’éducation non marchande, du soin non marchand, etc. Le paiement a posteriori est individuel dans un cas, via le prix, et collectif dans l’autre, via l’impôt ou les prélèvements sociaux. Autrement dit, la validation sociale du travail est une condition sine qua non dans les deux cas : elle résulte soit du marché, soit de la décision politique à un échelon étatique ou local, peu importe. Il s’ensuit d’une part, une double distinction entre le monétaire et le non-monétaire, et entre le monétaire marchand et le monétaire non marchand. D’autre part, la validation sociale est si importante qu’elle est le cœur de la discussion et de la controverse sur le revenu universel ou sur le salaire à vie. [3]
Ajoutons que remettre le travail et sa validation sociale au centre de la discussion permet de prendre ses distances avec le mythe de la fin du travail, ainsi qu’avec les tentations de renvoyer les femmes dans leur foyer [4] et, au final, avec le glissement progressif de pans entiers de la vie humaine dans la sphère de la marchandise.

2. Les champs du travail et de la valeur ne sont pas extensibles à l’infini

Dès lors qu’on a repéré que l’élément déterminant du passage de la simple valeur d’usage à la valeur est la validation sociale, soit par le marché, soit par décision politique, on peut délimiter les frontières de la richesse sociale (l’ensemble des valeurs d’usage disponibles, car produites par les humains ou « données » par la nature) et celles de la valeur au sens économique, bien plus restreintes que les premières. En d’autres termes, tout ce qui est richesse n’est pas valeur. La lumière du soleil est une richesse (et elle sert à produire de la valeur) mais elle n’est pas valeur. Le lien social est une richesse, mais il n’est pas valeur ; a fortiori, il n’est pas valeur monétaire marchande.
La délimitation de la richesse et de la valeur renvoie à la délimitation du travail. Et une première clarification s’impose parce que, trop souvent, le travail est confondu avec le travail salarié et l’emploi avec l’emploi salarié (oubliant le travail indépendant), ou bien le travail est opposé à l’emploi (alors que l’emploi est le cadre juridique dans lequel le travail salarié ou non s’exerce), ou encore le travail est opposé à l’activité (sans que cette dernière soit rapportée à l’exigence de validation sociale pour être créatrice de valeur). [5]
On peut alors se demander si la proposition de salaire à vie de Bernard Friot respecte ces conditions. Nous débattons ensemble depuis environ deux décennies [6] et s’il a cherché comme moi à réexaminer au cours des années passées la théorie de la valeur, nous n’en tirons pas les mêmes enseignements. Il a fait sienne l’idée, que je rappelle brièvement plus haut, selon laquelle le travail productif de valeur dans la société capitaliste actuelle ne se limite pas à la sphère marchande, c’est-à-dire qu’il existe un espace de valorisation qui échappe au capital, mais il ne fixe pas de limite à cette définition. Ainsi, selon lui, le retraité produit la valeur représentée par sa pension, le parent l’allocation familiale et le chômeur son allocation chômage. Il conclut alors en déniant toute pertinence à la notion de transfert social et cela va jusqu’à récuser toute idée de solidarité inter-générationnelle. [7] Or, les prestations sociales formant le « salaire socialisé » sont des transferts sociaux, et non pas un revenu de type primaire. Le critère qui distingue une activité libre (celle du retraité par exemple), productive de valeur d’usage, d’une activité productive de valeur devient décisif : la validation sociale de cette activité n’existe pas par définition pour le retraité, puisqu’elle est libre de toute contrainte sociale.
En réalité, sa thèse souffre, selon moi, d’une contradiction logique, sans même parler des mourants et des grabataires, qui continuent pourtant de recevoir leur pension bien que ne pouvant rien faire : imaginons que tous les salariés des entreprises privées et tous ceux des administrations publiques se mettent en grève générale illimitée pour faire échouer une « contre-réforme » et que cette grève dure longtemps, pourrait-on payer les retraites ? Si oui, puisque, aux dires de Bernard Friot, les retraités créent la valeur qui sert à les rémunérer, que feraient-ils de leur argent puisqu’il n’y aurait plus rien à acheter (marchandises non produites) et plus rien à payer collectivement (services non marchands non produits) ? Sinon, la thèse centrale de Bernard Friot s’effondre.
Sa construction théorique revient à récuser la distinction valeur d’usage/valeur puisque tout producteur de valeur d’usage est de fait producteur de valeur, et à oublier, bien que se réclamant de Marx, toute la profondeur de la distinction faite par ce dernier entre travail concret et travail abstrait, le passage de l’un à l’autre étant assuré par la vente sur le marché dans le cas des marchandises.
À juste titre, Bernard Friot refuse que la retraite puisse être un revenu tiré de l’épargne individuelle, mais son opposition entre revenu et salaire ne tient pas. Le terme de revenu est un terme générique : dans le capitalisme, trois formes de revenu sont en conflit : le salaire, le profit capitaliste et la rente.
Indépendamment de l’objectif politique louable qui pourrait être de garantir à vie le versement d’un salaire, l’échafaudage théorique pour justifier celui-ci ne peut pas, selon moi, tenir debout, en raison du critère déterminant évoqué ci-dessus : la validation sociale. Bernard Friot confond la validation sociale d’un droit (celui d’un salaire, ou d’un revenu universel diront les partisans de ce dernier) avec la validation sociale du travail qui fournira les biens et services (et donc leur valeur distribuable en revenus) susceptibles de satisfaire ce droit.
Selon Bernard Friot, le produit non marchand serait inclus dans le produit marchand à travers les prix, via les cotisations sociales. Mais, si cela était, on ne pourrait pas considérer que le produit non marchand s’ajoute au produit marchand pour définir le revenu national. Bertrand Bony [8], membre du Réseau salariat, estime que le salaire socialisé est compté deux fois dans le PIB, une première fois dans la valeur ajoutée des entreprises et une seconde fois lorsqu’il sert à faire l’évaluation des services non marchands au coût des facteurs. Or, c’est confondre les opérations de production et les opérations de répartition définies par la comptabilité nationale.
Bernard Friot propose d’étendre le modèle de la cotisation sociale à l’investissement. Il récuse le crédit et pense que l’investissement peut être financé par le prélèvement d’une cotisation économique sur la production courante. Cette extension de la notion de cotisation a le mérite de rappeler la nécessité de maîtriser collectivement l’investissement. Or, puisqu’il s’agit de socialiser celui-ci, il n’est pas besoin de le ramener à du salaire. Si, en termes de valeur, tout provient du travail, tout ne se réduit pas à du salaire. On comprend l’intention légitime de Bernard Friot : réaffirmer l’origine de la valeur et que l’ensemble de la société a vocation à contrôler tout ce qu’elle produit, au lieu d’abandonner cette maîtrise à ceux qui possèdent le capital. Mais cette cotisation économique prélevée sur la production courante rappelle la notion néoclassique d’épargne préalable, qui nie la nécessité d’une création monétaire pour financer l’investissement net à l’échelle macroéconomique, et qui relève d’une conception exogène de la monnaie renvoyant la création de celle-ci entre les mains d’une unique institution centralisée, la banque centrale ou l’État. Cela rejoint l’idée que partagent les partisans du revenu d’existence favorables à de la monnaie « hélicoptère ». [9]
Au-delà de cette théorisation très fragile, Bernard Friot invite à réfléchir sur l’ambivalence du salariat : à la fois aliénation, parce qu’il est le rapport social du capitalisme, et construction politique d’institutions préfigurant ou préparant son dépassement. Il n’est pas l’un ou l’autre exclusivement, il est les deux.

3. Les externalités au profit du revenu universel prétendument primaire

Le courant de pensée qui est allé le plus loin dans la tentative de mettre en relation les transformations du travail menées par le capitalisme et l’origine de la valeur est le cognitivisme, pour lequel la grande transformation du capitalisme actuel réside dans la place croissante des connaissances dans le processus productif. [10] « Le travail cognitif est une activité qui, quasiment par essence, se développe tant en amont, c’est-à-dire en dehors de l’horaire officiel de travail que durant l’horaire officiel de travail en traversant l’ensemble des temps sociaux et de vie » [11]. Cette évolution qui verrait la valeur naître hors du système productif serait telle qu’elle conduirait soit, selon certains, à éliminer le travail vivant comme source de la valeur, soit, selon d’autres, à englober dans le travail vivant tout instant de la vie, mais, dans les deux cas, elle obligerait à abandonner toute référence à la théorie de la valeur élaborée par l’économie politique, celle de Ricardo de la valeur-travail incorporé et aussi celle de Marx.
Les théoriciens du cognitivisme ne voient pas que, lorsque le travail vivant et la valeur se réduisent à mesure que la productivité du travail progresse, il s’agit d’un même phénomène. En d’autres termes, la dégénérescence de la valeur n’infirme pas la loi de la valeur, elle en est au contraire la stricte application. Et la subsomption de l’ensemble de la vie par le capital ne restreint pas la sphère du travail et de la productivité, mais au contraire l’élargit. Enfin, l’élaboration des connaissances et leur mise en œuvre ne sont pas le fait d’initiatives individuelles, mais résultent d’une construction collective. La relation qu’établissent ces théoriciens entre l’activité autonome comme nouvelle source de la valeur, et l’utilisation des connaissances, supposées nées de cette activité, s’écroule donc.
Ces erreurs reproduisent le fétichisme du capital : « L’indépendance de la sphère financière a été largement analysée comme un ’régime d’accumulation à dominante financière ou patrimoniale’. Ainsi, la valeur émerge de la sphère de la circulation monétaire tandis que la sphère de la production industrielle et l’entreprise perdent le monopole de la création de valeur et donc du travail supposé directement productif » [12]. La conclusion est digne de la théorie néoclassique : « la source de la richesse, c’est la circulation » [13].
Une croyance en une distribution du revenu « préalablement » au travail collectif s’installe progressivement, et qui, de plus, chez d’autres auteurs, confond les notions de flux et de stock, ou encore de revenu et de patrimoine : « Nous proposons […] de reconnaître un droit à un revenu d’existence véritable contrepartie de la reconnaissance du droit de chacun à l’existence puisque nous héritons tous de la civilisation » écrit un autre théoricien du revenu d’existence [14]. Or, aucun revenu monétaire ne provient d’un prélèvement sur le patrimoine, car tous les revenus sont engendrés par l’activité courante.
Que penser des thèses qui voient dans la révolution numérique la possibilité de dissoudre encore davantage les frontières du travail et qui disent que les grandes sociétés réussissent aujourd’hui à reléguer au consommateur une partie des tâches de production autrefois assurées par elles ? Tout un pan de littérature est consacré à traiter de la valeur qui serait créée par le consommateur dans le cadre d’une nouvelle économie dite collaborative. [15] Mais Ikea vend des meubles en kit, pour diminuer ses coûts et donc pratiquer des prix concurrentiels car plus bas. On ne peut pas à la fois dire que la valeur des meubles diminue et que l’acheteur a créé de la valeur, quelle que soit l’impression fâcheuse de ce dernier qui peine à assembler l’objet de son désir. En bref, le discours des acteurs ne peut tenir lieu de théorie. Comme le dit Sébastien Broca à propos des communs numériques, « les entreprises cherchent à capter ces ’externalités positives’, en nouant hors du cadre salarial, voire de tout lien contractuel, des alliances avec les ’multitudes’ » [16]. On pourrait ajouter que Keynes, pourtant peu enclin à l’indulgence envers les économistes classiques et Marx, demandait expressément de distinguer le seul facteur de production effectif, le travail, et le cadre environnant dans lequel celui-ci s’inscrivait. [17]
Puisque l’essentiel de la production de valeur se fait selon eux hors de la sphère du travail, les théoriciens du cognitivisme considèrent que le revenu d’existence serait un revenu primaire, rémunérant l’activité autonome des individus, définie comme productive. D’autres encore affirment que le lien social est synonyme de valeur au sens économique. Dans les deux cas, c’est encore confondre valeur d’usage et valeur, ou richesse et valeur. [18] L’identification automatique de la valeur à la valeur d’usage fait l’impasse sur l’indispensable reconnaissance collective politique de l’utilité d’une activité pour la société : par définition, l’utilité sociale ne peut être déclarée par chaque individu isolé, sinon comment prendre en compte la crise écologique qui oblige à redéfinir collectivement les modes de production ? Le « joueur de belote » vanté même sur France culture [19] comme créateur de valeur économique est le comble de l’idéologie en répandant une magistrale erreur de raisonnement économique. Celle-ci consiste à croire que le versement d’un revenu par l’État ou le lâchage de billets par un « hélicoptère » de la banque centrale valideraient les activités individuelles libres.
Dans un débat qui nous a réunis, Carlo Vercellone me demande d’appliquer la thèse de la validation sociale des activités monétaires non marchandes [20] que j’ai élaborée. Or, dans la sphère monétaire non marchande, la validation des activités économiques tient dans une décision politique a priori, dont il résultera travail, production de valeur et distribution de revenu. Par exemple, la décision de l’État d’apprendre à lire et à écrire aux enfants, ou bien celle d’une municipalité d’accueillir les enfants dans une crèche, sont suivies de l’embauche d’enseignants et de puéricultrices, dont le travail est validé par cette décision, et qui produisent des services et donc de la valeur, laquelle permet de verser des salaires. Comme on l’a vu plus haut, une fois le produit national augmenté de ce produit non marchand, l’impôt vient en assurer ex post le paiement collectif.
Quelles que soient les oppositions déclarées publiquement par les partisans des diverses formes de revenu d’existence entre eux ou avec ceux du salaire à vie, la conception de la monnaie exogène, voire monétariste, les conduit tous à la notion de revenu primaire. Mais la contradiction surgit aussitôt : « Une création monétaire perpétuelle, reconduite d’année en année, équivalente à la totalité du montant d’un RSG suffisant, ne serait pas à même d’assurer la stabilité macro-économique de son financement (au risque d’aboutir à terme à une spirale inflationniste) et surtout de l’asseoir sur une véritable transformation du mode de répartition. » Pourquoi y aurait-il inflation puisqu’une production a, paraît-il, eu lieu ? Les auteurs répondent : « Notre approche du RSG débouche nécessairement sur l’idée selon laquelle il ne peut être compris que comme une nouvelle forme de revenu primaire lié directement à la production. En tant que tel, c’est la contrepartie d’une activité créatrice de valeur aujourd’hui encore non reconnue, une forme de salaire social. » [21] Autrement dit, il s’agit de la même erreur que celle commise par le MFRB et par Mylondo, qui pensent que la validation sociale viendrait d’un versement de monnaie. Or, la validation sociale des activités non marchandes qui auront une expression monétaire est une décision de type politique en amont, portant sur ces activités et non sur le versement de monnaie qui en est la conséquence, sinon il s’agirait d’un simple transfert de revenu de certaines catégories à d’autres. [22]
Face aux solutions néolibérales ou socio-libérales, il faudra réenvisager la réduction du temps de travail, non pas celle des petits boulots ni celle consistant à sortir « volontairement » (sic) de l’emploi, mais une répartition sur tous du temps de travail collectif nécessaire [23]. La situation de détresse sociale créée par la violence de la crise capitaliste est telle qu’elle appelle sans aucun doute des mesures d’urgence tant qu’un processus de réduction du temps de travail continu n’a pas produit ses effets bénéfiques sur le plan de l’emploi de tous. Une simplification et une amélioration de la protection sociale pourraient être faites de plusieurs manières. Grâce à une allocation garantie à tout adulte de 18 ans disposant d’un revenu inférieur à un seuil déterminé et qui remplacerait la dizaine d’allocations diverses actuelles, le tout accompagné de la garantie d’accès aux services publics non marchands [24]. On pourrait aussi améliorer grandement le dispositif de RSA en le rendant automatique et le porter à hauteur dudit seuil de pauvreté. Ou encore, on compte en France 8,5 millions de pauvres en dessous du seuil fixé à 60 % du revenu médian. Si l’on versait une allocation de 1000 euros par mois à ces personnes, l’enveloppe annuelle serait de 102 milliards d’euros, soit quatre à sept fois moins qu’un revenu versé à tout le monde, du plus pauvre au plus riche, dans le cadre d’une allocation universelle dont les évaluations vont de 400 à 700 milliards par an.
La négation du travail dans toutes ses dimensions, ravalé au rang de marchandise, et la violence qui lui est infligée, ont pour corollaire le fétichisme qui entoure la production de valeur et qui pousse à croire que toute richesse sociale et naturelle est réductible à de la valeur, c’est-à-dire à une somme de monnaie.
Au final, le revenu inconditionnel renvoie à une conception individualiste de la société antagonique avec l’obligation de valider socialement la valeur susceptible d’être créée et distribuée. À cette aporie théorique s’ajoutent plusieurs risques politiques. Celui de voir le capitalisme en crise se saisir de cette proposition pour libéraliser davantage l’emploi de la force de travail, l’ubérisation sans protection étant le nouveau modèle rêvé par un patronat de combat. Celui de réduire le projet de réduction du temps de travail pour tous à une « sortie de l’emploi » individuelle, le risque étant encore plus grand pour l’autonomie des femmes. Celui de dissoudre un peu plus les collectifs humains, dont les collectifs de travail qui restent un des facteurs de socialisation.

Notes

[1] Pour approfondir : Jean-Marie Harribey, La richesse, la valeur et l’inestimable, Fondements d’une critique socio-écologique de l’économie capitaliste, Paris, Les Liens qui libèrent, 2013.
[2] C’est ce point qui a fait l’objet de la confrontation entre mon livre cité ci-dessus et celui d’André Orléan, L’empire de la valeur, Refonder l’économie, Paris, Seuil, 2011. Voir aussi mon article « La valeur, ni en surplomb, ni hors-sol », Revue de la régulation, n° 10, 2e semestre 2011 ; ainsi que « Du travail à la monnaie, essai de perspective sociale de la valeur,Examen critique de la vision autoréférentielle de la valeur et de la monnaie », Colloque « Institutionnalismes monétaires francophones : bilan perspectives et regards internationaux », Lyon, 1er-3 juin 2016.
[3] Ma thèse a donné lieu à un débat très dense. Voir les discussions que j’ai eues avec notamment Jacques Bidet, Gérard Duménil, Antoine Artous, Michel Zerbato, Christophe Darmangeat.
[4] Voir Rachel Silvera et Anne Eydoux, « De l’allocation universelle au salaire maternel, il n’y a qu’un pas… à ne pas franchir », dans Appel des économistes pour sortir de la pensée unique, Le bel avenir du contrat de travail, Syros, 2000 ; Stéphanie Treillet, « Revenu d’existence : un danger pour l’autonomie des femmes, Pour une vraie réduction du temps de travail », Commission Genre d’Attac, 2015.
[5] Ces confusions sont la copie conforme des mystifications élaborées pendant les années 1980 à l’OCDE et en France dans les rapports d’Alain Minc (La France de l’an 2000, Rapport du Commissariat général du Plan, Paris, O. Jacob, 1994) et de Jean Boissonnat (Le travail dans vingt ans, Rapport du Commissariat général du Plan, Paris, O. Jacob, 1995) et qui, pour justifier les politiques laissant filer le chômage, prônaient le remplacement de l’emploi par l’activité.
[6] Voir notamment Jean-Marie Harribey, « Du travail et du salaire en temps de crise  », Contretemps, avril 2012 ; « Les retraités créent-ils la valeur monétaire qu’ils reçoivent ? », Revue française de socio-économie, n° 6, second semestre 2010, p. 149-156.
[7] Sur ce point, nous partageons la critique de Pierre Khalfa dans ce même numéro des Possibles. La curiosité est que sa critique est faite au nom des catégories de Marx sur la valeur que lui-même récuse.
[9] L’image de l’hélicoptère est due à Milton Friedman, « The Optimum Quantity of Money », dans The Optimum Quantity of Money and Other Essays, Chicago, Aldine, Publishing Company, 1969. Dans son esprit, il s’agissait de moquer les politiques monétaires cherchant à redynamiser l’économie, parce que, selon lui, cela ne sert à rien. Voir Jean-Marie Harribey, « Ubu prend l’hélicoptère monétaire  », Médiapart, 28 avril 2016.
[10] André Gorz, L’immatériel, Connaissance, valeur et capital, Galilée, 2003. Carlo Vercellone et Jean-Marie Monnier « Le financement du revenu social garanti, approche méthodologique », Mouvements, 2013, n° 1, p. 44-53. Les auteurs disent se référer à un texte célèbre de Karl Marx, Manuscrits de 1957-1958 (« Grundrisse »), Éd. sociales, 1980, tome 2, p. 192-193. Pour une critique de leur interprétation, voir Jean-Marie Harribey, La richesse, la valeur et l’inestimable, op. cit.
[11] Carlo Vercellone et Jean-Marie Monnier, ibid., p. 47.
[12] Yann Moulier Boutang, « Capitalisme cognitif et nouvelles formes de codification du rapport salarial », in Carlo Vercellone (dir.), Sommes-nous sortis du capitalisme industriel ?, La Dispute, 2003, p. 308.
[13] Yann Moulier Boutang, L’abeille et l’économiste, Carnets Nord, 2010, p. 221.
[14] Paul Ariès, La décroissance, Un nouveau projet politique, Golias, 2007, p. 201 et p. 356, souligné par moi.
[15] Voir par exemple Marie-Anne Dujarier, Le travail du consommateur, De Mc Do à eBay : comment nous coproduisons ce que nous achetons, Paris, La Découverte, 2008.
[16] Sébastien Broca, « Les deux critiques du capitalisme numérique », 2015, p. 5.
[17] « Au lieu de dire du capital qu’il est productif il vaut beaucoup mieux en dire qu’il fournit au cours de son existence un rendement supérieur à son coût originel. Car la seule raison pour laquelle on peut attendre d’un bien capital qu’il procure au cours de son existence des services dont la valeur globale soit supérieure à son prix d’offre initial, c’est qu’il est rare  ; et il reste rare parce que le taux d’intérêt rattaché à la monnaie permet à celle-ci de lui faire concurrence. À mesure que le capital devient moins rare, l’excès de son rendement sur son prix d’offre diminue, sans qu’il devienne pour cela moins productif – au moins au sens physique du mot.
Nos préférences vont par conséquent à la doctrine pré-classique que c’est le travail qui produit toute chose, avec l’aide de l’art comme on disait autrefois ou de la technique comme on dit maintenant, avec l’aide des ressources naturelles, qui sont libres ou grevées d’une rente selon qu’elles sont abondantes ou rares, avec l’aide enfin des résultats passés incorporés dans les biens capitaux, qui eux aussi rapportent un prix variable selon leur rareté ou leur abondance. Il est préférable de considérer le travail, y compris bien entendu les services personnels de l’entrepreneur et de ses assistants, comme le seul facteur de production ; la technique, les ressources naturelles, l’équipement et la demande effective constituant le cadre déterminé où ce facteur opère. Ceci explique en partie pourquoi nous avons pu adopter l’unité de travail comme la seule unité physique qui fût nécessaire dans notre système économique en dehors des unités de monnaie et de temps. » John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936, Paris, Payot, 1969, p. 223.
[18] On lira avec ahurissement que « jouer à la belote au troquet du coin, lire un livre, regarder un film, faire une partie de jeu vidéo […] toutes ces activités concourent à l’enrichissement de la société, participent de l’utilité sociale, et, à ce titre, doivent être considérés comme des travaux », donc créant de la valeur économique (Baptiste Mylondo, « Qui n’a droit à rien ? En défense de l’inconditionnalité, réponses à Attac », 2015). À la question : « Mais comment fait-on pour évaluer la valeur d’une partie de cartes ? », il répond qu’elle a une valeur d’usage non nulle qu’il faut évaluer par son coût (Baptiste Mylondo, Entretien, L’Âge de faire, n° 110, été, 2016). Or, d’une part, quand on joue aux cartes avec des amis, cela n’a aucun coût, et, d’autre part, cela renvoie la validation au niveau individuel. Pour approfondir voir Jean-Marie Harribey, « Le revenu d’existence : un piège néolibéral », Économie et politique, dossier « Revenu de base ? », n° 744-745, juillet-août 2016, p. 39-43 ; « Repenser le travail, la valeur et les revenus », in Mateo Alaluf et Daniel Zamora (dir.), Contre l’allocation universelle, Éd. Lux, à paraître octobre 2016.
[19] France culture, « Pourquoi le revenu de base n’existe toujours pas ?  », 3 juin 2016.
[20] Carlo Vercellone, « Quelle place pour le travail ? », Débat entre Jean-Marie Harribey et Carlo Vercellone, L’Économie politique, « Faut-il défendre le revenu de base ? », n° 67, juillet 2015, p. 62-75.
[21] Carlo Vercellone et Jean-Marie Monnier, op. cit., p. 49 et 51.
[22] Distinguons bien un transfert de revenu (par exemple les retraites, qui vont des travailleurs actifs vers les retraités, ou un éventuel revenu d’existence) d’un transfert en nature (par exemple le service éducation qui bénéficie même à ceux qui ne paient pas d’impôt sur le revenu).
[23] Voir aussi Michel Husson M., Stéphanie Treillet, « La réduction du temps de travail : un combat central et d’actualité », Contretemps, 2014, n° 20 ; Fondation Copernic (P. Khalfa, coord.), Le plein-emploi, c’est possible ! Éléments pour une politique de gauche, Syllepse, 2016.
[24] C’est le principe du scénario 3 retenu par le rapport Sirugue, malgré ses hésitations sur le revenu universel, Rapport de Christophe Sirugue, « Repenser les minimas sociaux, Vers une couverture sociale commune », Rapport au Premier ministre 2016.

À propos de l'auteur

Jean-Marie Harribey, économiste, ancien co-président d’Attac France, co-président du Conseil scientifique d’Attac, auteur notamment de La richesse, la valeur et l’inestimable, Fondements d’une critique socio-écologique de l’économie capitaliste (Les Liens qui libèrent, 2013) et de Les feuilles mortes du capitalisme, Chroniques de fin de cycle (Le Bord de l’eau, 2014)