"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 17 novembre 2017

DISPARITION DES OUVRIERS OU TRUCAGES STATISTIQUES ?


Les insanes de l'INSEE et leur nouveau camouflage de l'exploitation des prolétaires
« Nous sommes des ouvriers des temps modernes. Surdiplômés, certes, bien payés, mais des ouvriers quand même. » Juliette Bouzou (ex cadre bancaire devenue vitrailliste)
« Le procès de valorisation du capital a essentiellement pour but de produire des capitalistes et des travailleurs salariés ». Marx (Grundrisse, cité par Robin Goodfellow)
Les dernières estimations de l'INSEE sur une énième « disparition de la classe ouvrière » accumulent incohérences et inepties. Le titre général de leur dernière enquête est typiquement macronesque et sarkozien : « Depuis 1982, les ouvriers ont autant disparu que les fonctionnaires ont augmenté ». Pourquoi lier la baisse (qualifiée exagérément de « disparition » et radotage permanent de l'idéologie) du nombre d'une des catégories du prolétariat à l'augmentation du nombre des fonctionnaires ? Alors qu'il coule de source que les « destructions d'emploi » ne sont pas plus compensées par l'embauche de fonctionnaires - si longtemps adoubée comme variable d'ajustement anti-émeute - ni combattues par l'honnêteté patronale ! Cela pue en plus la stigmatisation d'une classe ouvrière en CDI quand de Macron à son idole Sarkozy la mise en danger permanente du statut de prolétaire est indispensable au capitalisme en crise, comme sa ghettoïsation à la campagne quand la ville ne doit plus être que l'habitat majeur du bobo et de l'immigré. Haussmann avait déjà commencé le boulot avec ses grands boulevards...
Nulle neutralité de la part de cet institut aux ordres : « sus aux fonctionnaires » c'est le vieux radotage de la droite bourgeoise si humble pourtant lors de chaque tuerie terroriste face à « nos » policiers et aux ramasseurs de crottes des services municipaux lorsque cette petite noblesse bourgeoise se pavane dans la rue, et si hargneuse si fifils n'a pas eu de bonnes notes de la part de ses profs gauchistes. Dans ces « infographies » de 30 années domine un crétinisme de bureaucrate à tampon. Certes, l'évolution de l'emploi en France de 1982 à 2014 par rapport au niveau de formation, à la répartition géographique révèle la paupérisation des zones rurales et industrielles, et l'inflation des emplois administratifs. D'abord qui dit paupérisation devrait s'interroger sur ses causes, et sur l'inflation des emplois administratifs mettre ce phénomène non pas simplement sur le plan du facteur désindustrialisation mais informatisation. Au même niveau, ras des pâquerettes nationales et de la sociologie hexagonale, certains combattent l'intox sur la disparition des « classes populaires »1.
En quoi en plus de 30 ans, le paysage de l'emploi en France a-t-il radicalement changé ? Encore un titre « neutre » et en gras : « Le grand recul de l'industrie et la victoire de l'administration ». Comme la féminisation de l'orthographe et la suppression du mot race, on invente des concepts vides : que signifie « victoire de l'administration » chez un crâne d'oeuf de l'INSEE ? Qu'il n'y a pas de crise économique ? Que tous les politiciens ne sont pas des menteurs ? Que le socialisme est encore au pouvoir et se moque du bon patronat privé ? Que, plus léninistes que Lénine, les anonymes ministres macronesques mènent une sévère lutte pour détruire « l'Etat bureaucratique », comme aurait dit Castoriadis, pour abolir la séparation dirigeant étatique et exécutant privé ?
Contre d'autres têtes de cons prévisionnistes de la fin du travail ou même mieux de la fin du salariat, les insanes de l'INSEE constatent que « l'emploi a progressé presque partout, malheureusement pas au même rythme que la population active, le taux de chômage passant de 6,7% en 1982 jusqu'à plus de 10% en 2014 ». Mais le chômage, dans leurs étroits calculs, ne demeure que quantité négligeable non lié à la révolutionnaire et macronesque flexibilité. Le chômage de longue durée, plutôt du genre définitif, c'est pas la fin du travail PRESENT et la fin ACTUELLE du salariat pour ses malheureuses victimes? Et non cette pauvre spéculation imaginaire, l'hypothétique prévision moderniste enchanteresse d'un monde débarrassé du travail, animé par la seule abondance du supermarché reconverti en gratuité céleste, concitoyenniste et utopique bourgeoise?
De façon résiduelle et « sans surprise » le seul secteur qui « a chuté » (on se garde d'utiliser le terme destruction d'emploi ici) de l'ordre de 2,8 millions est le secteur industrie et agriculture, quoiqu'on ait constaté une légère hausse des cadres industriels ; quand les ouvriers industriels sont détruits il se trouve qu'on conserve les cadres industriels (DRH, licencieurs, reconvertisseurs en blabla, etc.). Miracle de la statistique, les ouvriers non qualifiés ne représenteraient plus que 8,4% des emplois !? Ce qui est pure hypothèse car peu de choses différencient souvent ouvriers qualifiés et non qualifiés et sur les chantiers du BTP la majorité est souvent composée de travailleurs migrants formés sur le tas et non comptabilisés. Il est précisé en outre que les professions intermédiaires comme les ouvriers qualifiés ou les secrétaires ont également fondu au rythme des fermetures d'usine, ce qui n'a déjà plus rien à voir avec le titre général de l'enquête ni ne relève de la responsabilité des « fonctionnaires ». L'Insee évoque sans rire les secteurs particulièrement touchés du textile, de l'automobile, quand au contraire les boulots de merde du bâtiment et du nettoyage ont « résisté », boulots adorés par les sans-papiers et leurs passeurs gauchistes.
LE GRAND REMPLACEMENT DES « FONCTIONS D'INTERMEDIATION »
Les emplois zigouillés ont été remplacés par un déplacement vers ce que l'Insee appelle les «fonctions d'intermédiation», c'est à dire les métiers du commerce inter-entreprises et de l'ensemble transports-logistique: environ 600.000 postes dans ce domaine ont été créés en quelque 32 ans (il n'est pas précisé sur les routiers sont tous polonais ou bulgares).
Il eût été choquant que dans la société de la marchandise aliénante les emplois dans le commerce n'augmentent point, tout comme les services de proximité où les africaines remplacent les portugaises de plus en plus). L'emploi non qualifié dans ces secteurs est même qualifié de «moteur» de l'emploi en France, ce qui est se ficher du peuple et du prolétariat, torchon en main. La « mercantilisation relative » (euphémisme des insanes pour valoriser la mercantilisation totale des rapports humains) a donné la part belle aux activités de distribution (on ne produit plus qu'en Chine et en France « on distribue »). La totalisation opérée ensuite est à pisser de rire quant à la bonne santé du capital français : l'embellie existe, tenez-vous bien, pour les métiers de la culture, « en incluant les salons de coiffure, boutiques telecom et tous les services, le gain global dans ces domaines est estimé à 2,2 millions d'emplois en plus. L'étude cite notamment les serveurs et employés de la restauration, ou encore les agents de sécurité ». Je ne fais que citer la fierté nationale d'accumuler des métiers de merde, mais empaquetés avec ceux, nobles, de la kultur !
FINANCIARISATION ET TECHNICITE ACCRUE DE L'ECONOMIE GLOBALE
Qu'en forme ampoulée elle est dite la putréfaction de l'idéologie de l'élite bourgeoise : « Signe de financiarisation et de la technicité accrue de l'économie globale, les métiers réservés aux «fonctions intellectuelles supérieures» ont aussi prospéré, la définition regroupant les métiers de la conception, de la recherche, des prestations intellectuelles et de la gestion. Les consultants et ingénieurs de tous domaines sont en effet 1,7 million de plus qu'au début des années 1980 ». Mais on va voir que ces ingénieurs ne sont plus tellement ingénieurs...
Mais attention, additif saignant ajouté au succès de la loi Travaille !, le rugissement insane contre les fonctionnaire s'abat comme hache de Damoclès sur infirmières, employé(e)s de bureaux, gestionnaires, archivistes, magasiniers, vigiles en CDI, gardiens d'immeuble, etc. :
« Mais le métier le plus «popularisé» pendant les années Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, est bien celui de fonctionnaire, quel que soit son niveau de formation. Entre l'étatisation assumée, les décentralisations créatrices de doublons, et les crises économiques régulées par l'emploi public et «aidé», le secteur «administration et santé» s'est accru de 2,7 millions d'employés. La masse salariale de l'État n'a cessé d'enfler, avec une progression des effectifs de 0,6% par an sur la dernière décennie, soit deux fois plus vite que dans le privé! On pense irrémédiablement aux enfants des villages de province, ayant rejoint la fonction publique dans la «grande ville» la plus proche, comme le pressentait dès 1964 Jean Ferrat, avec une tendresse mélancolique dans sa chanson sur la «Montagne»: «leur vie? Ils seront flics ou fonctionnaires...».
La charge est quasi stalinienne et Ferrat passerait presque pour un barde macronien, et le règne des prédécesseurs de Macron pour un socialisme ininterrompu. Parce que l'Etat n'a pas besoin de flics, d'instituteurs, d'employés aux diverses gestions administratives et sociales ? Parce que ces millions de fonctionnaires sont inutiles ? Trop payés ? C'est la « masse salariale de l'Etat » qui n'a pas cessé d'enfler ou le capital qui est devenu de plus en plus improductif ? C'est qui qui a « enflé » ? La situation misérable des chômeurs et des petits salaires ou les salaires mirifiques des marionnettes du CAC 40, les retraites chapeaux des milliardaires patronaux, sans compter ces milliers et milliers de petits patrons qui roulent 4X4 ?
LES CADRES SONT PARTIS TRANSFORMER LES VILLES...
Les « enfants des villages de province ont été rejoindre la fonction publique » nous dit-on entre deux graphiques plus haut, mais peu après on nous renseigne ainsi : « L'économie paysanne en perdition, les cadres partis transformer les villes » !? Qui fait quoi dans la marche du capitalisme ? L'Etat engraisserait des fonctionnaires, des villageois ramèneraient leur fraise en ville, puis des cadres (d'où venus?) seraient « partis transformer les villes » ? Une variante de structuralisme aussi bêbête que celui de Françoise Parturier. L'analyse est strictement nationale bien entendu car il ne saurait y avoir d'ingérence de la compétition capitaliste mondiale dans l'étroit hexagone franchouillard, de même que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté à nos frontières, par pur respect des convenances écologiques. Dans leur délire nos insanes précisent, sans se relire cette saillie : «  La géographie de l'emploi ne s'est pas trouvée fondamentalement modifiée, et il n'y a pas eu de réorganisation profonde de la carte de l'emploi. Mais par exemple, la chute de l'emploi ouvrier a été plus forte dans les grandes villes que dans les zones rurales, accentuant la précarisation des campagnes. En effet, les ouvriers agricoles ont stagné, car leur métier n'est pas délocalisable ». Pauvres ouvriers agricoles, contrairement aux ouvriers urbains ils ne peuvent même pas être délocalisables à merci, belle leçon de citoyenneté sociale. Comprenez que s'il n'y a plus d'embauche en ville les ouvriers de base peuvent rester dans leur foin à la campagne, et oubliez (ce serait un argument du FN que diable !) que les professions du BTP et de nounous sont occupées déjà pour la plupart par des prolétaires non nationaux et bien plus corvéables et exploitables (mais l'INSEE n'en dira rien). Principale leçon : plus le capital est improductif plus il a besoin de prolétaires soumis et sans défense.
LES PROFESSIONS « INTELLECTUELLES » EN EXPANSION EN VILLE
Gommant l'expansion des services de l'immigration – deuxième composante de l'habitat urbain – nos insanes statisticiens sur commande s'émerveillent du corollaire à ce qu'ils ne nomment pas destructions d'emploi « non intellectuel » ; voici la masse des indignados : « ils constituent 25% des salariés des «pôles urbains de plus de 100.000 habitants. Une proportion qui grimpe jusqu'à 30% en Île-de-France ». Les insanes insistent alors sur la « disparition des ouvriers » - qui n'ont pourtant pas disparus après trois couches de graphiques, qui sont autant ces milliers de « manuels » toujours présents en ville, charpentiers comme nounou africaine ou serveur sans patrie – et pour se moquer pour une fois bien de la nouvelle petite bourgeoisie : « Combinée à la disparition des ouvriers, cette concentration progressive des cadres dans les grandes villes explique aisément la «gentrification» de certains quartiers, anciens faubourgs populaires transformés en repères de diplômés pleinement intégrés à l'économie mondialisée ».
LA NEGATION DE LA CLASSE OUVRIERE N'EST QUE SA PRECARISATION ET SA DISPERSION
Avec ces calculs d'apothicaire nos insanes statisticiens participent du camouflage de l'exploitation et du profit où à la honte de jeter dehors les prolétaires en surnombre, s'ajoute l'ostentation à mépriser ceux et celles qui ont travail stable (parce qu'ils sont forts en nombre mais hélas encore corporatisés et caporalisés par les bandits syndicaux), et s'ajoute pire encore la honte de ces patrons antiracistes qui spolient les « immigrés » des services culinaires et chiottes compris dans les villes gentrifiées où les bobos ont toute bonne conscience de se faire servir en ignorant ce qui se passe dans l'arrière cuisine.
L'argument « il n'y a plus d'ouvriers » ou « les ouvriers ne sont plus qu'une minorité », rabâchés depuis 30 ou 40 ans, ne vaut rien, pas plus que le « livre noir du communisme » n'a démontré que le communisme aurait fait des millions de victimes, quand c'est le capitalisme, et d'Etat, qui a produit camps de la mort et guerres mondiales. Dans sa première phase de développement, le capitalisme n'employait qu'une minorité d'ouvriers, cela ne l'a pas retenu de développer en nombre cette classe, plus de la fractionner ni de faire passer l'immense majorité des salariés et des chômeurs pour les faire passer pour des non-ouvriers, parce que le nom serait devenu plus intellectuel ! Par contre le capitalisme dit désormais « globalisé » (après mondialisé) en revenant à de petites unités de production signe sa régression, sa tentative de se raccrocher aux petites bouées entrepreneuriales, comme aux fictions d'indépendances régionalistes. Ce capitalisme faible est européen, et concerne les vieilles anciennes puissances réduites à végéter sous le bon vouloir des grands dominants.
Marx avait prévu dès 1857 le gonflement des classes moyennes mais aussi leur paupérisation. Il voyait très bien comment le mouvement du capital tendait à faire du bourgeois un personnage superflu, ce qu'a confirmé 50 ans de capitalisme d'Etat russe, de welfare state américain et de gestion nationalisée française. Le bourgeois de droite comme son homologue merdeux macronien voudrait se croire à nouveau un personnage important, mais bernique, le capital n'a plus besoin, dans l'élite, que de « fonctionnaires salariés » au service des anonymes actionnaires et des banksters.
PROLETARISATION OU MARGINALISATION DES CADRES ?
Le nombre des cadres a en effet doublé, en ville. Ce phénomène n'a pas la même signification qu'on lui attribue généralement d'un relèvement du niveau culturel ou d'un bon ascenseur social. Cette promotion est à son tour frappée de malédiction. Ils sont pour la plupart tous bientôt inquiétés par l'avenir (tiens un questionnement très ouvrier?), ils sont vieux pour l'entreprise dès 45 piges. Se rendent-ils compte qu'ils sont prolétarisés dès lors ? Non pas vraiment, ou alors c'est en toute fin de carrière, et au placard, qu'ils commencent à se rendre compte qu'on les a traités comme de vulgaires prolétaires manuels. En attendant, ils s'indignent et se laissent séduire par les âneries gauchistes comme la « citoyenneté dans l'entreprise », la « tentation de l'artisanat ». Leur propre monde, factice et m'as-tu-vu – le monde des cadres – les insupportent. Et je complète avec cette enquête du Figaro : « D’abord à cause d’un phénomène massif, durable et maintenant mieux compris: l’ennui et la perte de sens au travail. De plus en plus d’employés perçoivent désormais leur poste comme un bullshit job ou « job à la con », tel que théorisé en 2013 par l’anthropologue américain David Graeber, et s’y ennuient profondément. En cause ? La répétitivité des tâches, l’absence de créativité et le manque de résultats concrets, griefs les plus redondants. La généralisation de l’ordinateur au travail, à partir du milieu des années 1980, a modifié profondément les rythmes et la productivité, contrebalançant un pouvoir de calcul foudroyant par des normes et des procédures de contrôle (« processes ») toujours plus strictes ».
L'enquête interroge ensuite une cadre dégoûtée qui insiste justement sur la croissante « inhumanité du travail » que la révolution macroniste n'a surtout pas pour but d'abolir ; arrivée chez BNP Paribas au début des années 90, elle a vu son travail se transformer sous l’effet de la dématérialisation des tâches. « Désormais, la quasi-totalité du travail d’un banquier s’effectue devant un ordinateur », explique-t-elle. « Le contact humain est réduit à sa portion congrue, et même la production écrite tend à disparaitre. » Conséquence supplémentaire, les relations au travail changent et tendent à se détériorer : le client n’est plus devant soi mais à des milliers de kilomètres, le collègue situé un étage au-dessus se contente de communiquer par mail, etc. Dans cet environnement, certains s’adaptent ou ne perçoivent pas d’aliénation particulière ; d’autres ne tiennent plus en place ».
« Les emplois classiques qui rebutent certains des jeunes reconvertis. Pour Edouard, 27 ans, il a suffi de deux ans en finance à Londres pour comprendre qu’il aurait plus d’impact, et de gratification, en restaurant des voitures anciennes ; un marché d’ailleurs particulièrement en forme, ce qui est assez rare pour s’y intéresser. Car dans des économies occidentales faisant du sur-place depuis quelques années, l’entreprise se fige, comme les carrières. Dans son livre la Révolte des premiers de la classe sur le phénomène de reconversion, Jean-Laurent Cassely cite le spécialiste Denis Monneuse, qui a calculé que le salaire d’un cadre est aujourd’hui en moyenne 2,7 fois celui d’un ouvrier, alors que le rapport était de 1 à 4 dans les années 1960. Une banalisation progressive, et un sentiment de déclassement social relatif que certains ressentent amèrement. « Nous sommes des ouvriers des temps modernes », confie Juliette Bouzou. « Surdiplômés, certes, bien payés, mais des ouvriers quand même. »
Une autre enquête, plus intéressante que celle, orientée et frauduleuse, de nos insanes de l'INSEE, soulignait que, en France, 6 millions de personnes manquent de travail. Les plus touchés: les jeunes, les seniors, les descendants d'immigrés mais surtout, et quel que soit l'âge, les «peu qualifiés»: ils représentent 5,9 points des 10,3% de chômage dans l'Hexagone (au sens du BIT). Malgré la création en 1984 d'un régime spécifique de solidarité et les modifications des indemnisations des chômeurs depuis les années 1990, environ un demandeur d'emploi sur deux ne touche pas d'allocations chômage et plus d'un tiers vit sous le seuil de pauvreté. Il ne s'agit donc pas du tout d'une disparition de la classe ouvrière mais de sa paupérisation, ce qui est révoltant et ne relève pas de la froideur des chiffres.
La génération du baby boom entre en retraite, mais de plus en plus tard, et alors que les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont à la fois un peu plus nombreux que ces dernières années, mais aussi plus qualifiés. «Même si la proportion de diplômés du supérieur parmi les jeunes s'est stabilisée depuis 2005», nuance le rapport. Avec le développement du numérique et de l'automatisation, l'emploi va, sans aucun doute, se polariser. Cela signifie qu'il y aura plus de postes peu qualifiés et plus de postes très qualifiés, avec le risque que les employés «intermédiaires» se déclassent et concurrence le travail des peu qualifiés. Selon une étude qui a fait grand bruit, celle d'Osborne et Frey, 47% des emplois seraient menacés de destruction à moyen terme par la robotisation. Un chiffre toutefois largement relativisé, notamment par l'OCDE, qui a récemment chiffré les risques d'extinction de certains emplois à 9% et celui de profondes modifications d'autres emplois à 20% ». Evoquer la disparition ou la destruction d'emplois comme planifiée ou agitée comme tsunami inévitable, sert à accroître la peur du lendemain (Babeuf) et à terroriser pour empêcher de croire une lutte possible contre l'escroquerie de la globalisation modernisatrice. Cadres n'attendez pas le retraite pour comprendre que vous êtes désormais aussi des prolétaires !
L'avenir de vos enfants c'est mort aussi. L'apprentissage en France est une farce de longue durée et
qui reste opaque et inutile. Le débat sur les 35 heures s'est éternisé et n'aura été qu'un gadget pour salariés « garantis ». Les CDD sont de plus en plus courts. Cadre tu es aussi superflu dans l'entreprise dans le moyen terme que l'inqualifiable manuel que tu vois passer derrière ta cage vitrée. Et la solution n'est pas dans l'artisanat individualiste et borné.
S'il fallait que la classe ouvrière repense le travail, par elle-même, et pas via la prétention de tous ces pitres de spécialistes en stratégies sociologiques et propositions macronesques, ce n'est pas avec l'intox sur les méfaits de la « modernisation numérique » mais en posant le problème de la réorganisation de la société après avoir foutu en l'air la bourgeoisie et ses « fonctionnaires salariés », je précise bien, du haut, ministres, députés, chefs syndicalistes, patrons et collabos de la petite hiérarchie. En attendant, guerres, désindustrialisations, délocalisations, destructions d'emplois et immigrations de masse, perpétuent de manière routinière un chômage de masse.

CADRES REJOIGNEZ SANS CRAINTE LES PROLETAIRES DANS LEUR COMBAT POUR FICHER EN L'AIR LE CAPITALISME !


1Le géographe Christophe Guilluy, révélé par Fractures françaises (Flammarion, 2013) et par La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires (2014), s'inspire indirectement et faiblement du marxisme par ses remarques sur les mutations des classes populaires où il réfute plusieurs idées reçues sur la banlieue. Son nouvel ouvrage, Le Crépuscule de la France d'en haut (Flammarion). Selon ce « géopgraphes » la baisse de la proportion d'ouvriers est réelle, mais elle s'est accompagnée d'une augmentation de la proportion d'employés. Les catégories populaires - qui comprennent aussi les petits agriculteurs - n'ont donc en rien disparu. Elles sont simplement moins visibles, puisqu'elles vivent loin des grands centres urbains où se concentrent décideurs publics et privés. Si l'on considère l'ensemble du territoire national, la part des catégories populaires dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. Le problème social et politique majeur du pays c'est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Or, Christophe Guilluy l'affirme: les catégories sociales qui soutiennent la mondialisation sont trop peu nombreuses pour que leur projet de société continue à s'imposer longtemps encore à la France périphérique. Il ne nous dit pas lui non plus quel pourrait être un projet de société de ces « classes populaires » alors qu'elles n'en ont même pas plus loin que l'horizon du supermarché.



dimanche 12 novembre 2017

L'usine de rien : un navet qui ne vaut rien


Dans son cycle "les écrans documentaires", patronnés par trois perroquets lycéens, un quidam de la municipalité de ma banlieue Front de Gauche nous a bassiné en introduction avec un long couplet antiraciste à propos d'un fait divers. C'est l'ordinaire du vieux jus stalinien et trotskien lorsqu'il est question de lutte de classe, on trouve toujours des gadgets pour troubler les questions fondamentales : antifascisme de salon, obsession de Trump, antiracisme, écriture féministe, pinçage de fesses, et j'en passe. Le pitch du cinéma municipal mentait carrément : une histoire de reprise de l'usine de fabrique d'ascenseurs en autogestion par des ouvriers délocalisés, d'une durée d'une heure (non 3 heures!). Archi faux, au départ ce n'était pas un nouveau nanar sur l'autogestion nullarde à la Onfray ou FA, mais, pour les deux tiers une très bonne exposition de la situation des ouvriers frappés par la fermeture de leur lieu de travail, huis clos certes mais assez bien vu sur les magouilles des cadres et leur perversité pour acheter les futurs chômeurs avec des primes différenciées dans des entretiens individuels. Il n'y a pas reprise de l'usine, comme le croit le plumitif de Libération – ce qui ne signifie rien – par les ouvriers, mais occupation et désarroi. Ce désarroi n'est même pas le souci du collectif de bobos réalisateurs qui s'en fichent comme du lieutenant-colonel Otelo de Carvalho, ils aiment les barbus sales et dépenaillés qui discourent sur n'importe quoi.
Les querelles des ouvriers soupçonneux entre eux, leur honte du chacun pour soi, mais aussi leurs réactions violentes et leurs moqueries des patrons voyous sonnaient juste ; pour les deux tiers du film le tableau avait été étonnamment juste. Les petits bonheurs de la vie privée font contraste avec le monde en perdition du travail, mais cette vie reste limitée à la panne de libido à l'aurore (le chômage c'est du bromure) et aux soldes du samedi. Mais soudain tout déraille, les comédiens-ouvriers sont éjectés au profit d'un conclave de phraseurs (parodie de l'impuissance des intellos modernistes?) ; le seul lien avec le groupe d'acteurs précédents n'étant plus que le vieux chauve à tête de clochard en bataille, qui apparaissait en arrière plan sans qu'on sache qui l'avait invité, et qui bafouille en gros plan au milieu des vieux machins qui parlent d'on ne sait quoi. Le film de rien s'avère brusquement n'être que le scénario-magma méprisant et délirant d'un collectif d'intellectuels portugais modernistes, bourrés ou ayant trop kiffé (on a choisi de représenter la plupart des ouvriers comme laids et avec des têtes de marginaux ou de clochards et de ridiculiser ces ouvriers « ringards » qui « s'accrochent » à leur boulot de merde). Pauvres intellos merdiques, cinéastes de série B, qui connaissent que dalle de la classe ouvrière, ni aux ruses des syndicats gouvernementaux et encore moins des indispensables partis de classe. Qui végètent dans la lune moderniste et sans GPS pour se repérer dans leur brouillard fictionnel.

Avec les quelques bases préliminaires d'une compréhension du fonctionnement de la conscience de classe naturelle chez des ouvriers fort bien campée par les acteurs – face à l'attaque économique inopinée du patronat - on était en droit d'attendre que s'élève l'action vers une réelle réflexion marxiste, comme le laisse à penser un discours plaqué sur une séquence d'images d'usines vides (sans l'humour maoïste involontaire de Godard), radotant certes sur une crise qui ouvre la voie à un monde sans travail, CQFD ; voire assister à d'autres discussions entre ces mêmes ouvriers posant plus largement la question de l'extension de la lutte... et pas du tout cette baleine vide d'autogestion. Au lieu de quoi, ils deviennent soudain des pantins délirants devant un brasero ou des pitres inconsistants fouillant dans les tiroirs de l'usine morte, puis disparaissent de l'écran au profit d'un barbu boutonneux qui débite un discours inaudible débile (et en français!?) entouré de vieilles femmes et de pépères qui s'interpellent on ne sait trop sur quoi et pour quoi, mais disent n'importe quoi. Le film est fichu. Et nous les spectateurs floués dans nos espoirs de voir un film politique honnête au milieu de l'océan des fictions nullardes et des docus haineux anti-bolcheviques.

Salué en début d'année par tous les esthètes de la presse (qui imaginaient un nouveau perroquet à la Godard)1, ce film raté n'est qu'une nullité, qui se prétend sabotage organisé (de toute pensée cohérente?) par un groupe de bobos finalement très méprisants pour la classe ouvrière limitée à ses seules réactions « tripales », et ensuite, gommée simplement du scénario pour laisser place à des discoureurs complètement neuneus, vieux et sales qui l'examinent comme d'impuissants pions sans intérêt à la manière de n'importe quel manager ou observateurs d'insectes . C'est morne, bête et confus. J'ai beaucoup d'admiration pour le niveau des discussions des ouvriers portugais à l'époque de la révolution des oeillets, ainsi que pour la prestation des acteurs autochtones jusqu'au deux tiers du film, pas du tout pour l'immigré fayot, mais castrer ainsi la dynamique de la lutte et de la conscience de classe, cela s'appelle du sabotage nihiliste. Ne touchez plus au prolétariat crétins cinémateurs !
Clarinda, ouvrière depuis l'âge de 14 ans, a conclu : « les films portugais, vraiment nuls, ça vaut rien ». Un film de rien en tout cas et qui vaut... rien.



1Voici ce qu'écrivait Télérama (organe TV catho) : « Tout en croyant à une farce, on voit cette Usine de rien prendre de la force. Le rien que produit l’usine devient néant incommensurable dans une réflexion sur l’absurdité de tout le système capitaliste. Embarqués dans des discussions sans fin, les personnages défont et refont le monde d’aujourd’hui. Des hypothèses sur l’avenir sont lancées, comme celle, étonnante, qui prédit une société divisée en trois classes : la stratosphère (où les gens planeront en comptant leurs millions), le niveau des gens juste assez riches pour consommer (et faire marcher l’usine), et puis les égouts, où sera rejeté le reste de la population… ». Les gauchistes des Inrockuptibles écrivaient eux : « Bien que clairement rangé du côté des ouvriers, le film est politiquement très fin, montrant les partisans de l'autogestion, ceux qui s'estiment collectivement incapables de faire tourner l'usine sans le concours de cadres comptables, ceux qui n'ont pas le luxe de se perdre en palabres ou en grève trop longue parce que leur urgence est de faire croûter leurs mômes... ». Ce n'est pas du tout ce qui en ressort à cause du magma de propos invraisemblables et inopinés du cercle des vieux qui surgit au deux tiers du film et ne vient pas poser du tout des bases de réflexions de classe. Non ce film n'est ni fin ni du côté des ouvriers, IL LES MEPRISE!

mardi 7 novembre 2017

AVIS AU KAUTSKISTE TROTSKY !

oh c'est pour rigoler, j'suis pas mégalo.

(contre les girouettes trotskiennes et la catalanophobie appliquée)1

Au début du XX e siècle, des « opportunistes font cause commune avec la bourgeoisie impérialiste justement dans le sens de la création d'une Europe impérialiste sur le dos de l'Asie et de l'Afrique ». Nous ne reviendrons pas ici sur les avatars successifs de la conception des Etats-Unis d'Europe, et sans nous situer sur le terrain nationaliste2, mais cette idée d'une unification de la plus vieille zone capitaliste du monde était déjà une absurdité du temps de Lénine, qui fût défendue par le jeune puis le vieux Trotsky (le mot d'ordre avait été érigé lors du 5e congrès opportuniste de l'IC). C'est ce que réclame le NPA au bout du compte – contre l'Europe forteresse - comme sanctification d'une indépendance catalane prometteuse d'une future fédération de petits Etats bourgeois pullulant, tout en se faisant le porte-voix de l'ONU, avec son écriture inclusive féministe (+ l'invention d'un nouveau néologisme pour justifier leur politique de girouette : le mot catalonophobe), en faveur de l'invasion migrante « sans frontières » quoique dans le « cadre national » et dans une démarche « citoyenne »3. D'ailleurs, les conditions des Etats-Unis socialistes d'Europe n'existent-elles pas déjà, contenant déjà un fédéralisme catalan, comme le suppose un article sur leur site :«
Une révolution démocratique avec un soutien social massif au sein de l’Union Européenne a été initiée. Cela renforce les possibilités d’avancer vers la République catalane ». Les euro-trotskystes sont cependant très en désaccord entre eux, tous ne voulant pas se laisser embarquer dans le nationalisme catalan. Un chef trotskyste de Podemos, Jaime Pastor, ose même écrire qu'il n'y a « d'avenir historique qu'à l'échelle européenne » ! Quand un tas d'autres, y inclus chez les gauchistes ignares considèrent que le gouvernement de Madrid est « fasciste » puisqu'il est issu d'un pacte de continuité des fractions bourgeoises avec la famille de l'incontinent vieux machin en phase terminale4
 
En 1911, le social-démocrate Ledebour, dit au Reichstag qu’il faut unifier l’Europe, pour la paix et… « pour ne pas être submergée par la compétition mondiale. » Il dit que le socialisme réaliserait les États-Unis d'Europe, mais que les bourgeoisies seront probablement amenées à le faire avant. Kautsky évoque aussi la possibilité de l’unification bourgeoise. Rosa Luxemburg répond que l'unification est impossible vu les conflits d'intérêts entre bourgeoisies d'Europe. Et elle ajoute que les bourgeois qui parlent de cette unfication le font avec un discours réactionnaire contre le « péril jaune » ou le « continent sombre ». Elle ajoute un argument économique en affirmant qu'il y a tant d'échanges avec les autres continents que l'Europe n'est pas une "unité". Enfin elle souligne les tensions entre pays européens. Tout ceci lui fait dire : « Par conséquent les "Etats-Unis d'Europe" sont une idée qui va directement à l'encontre du cours économique et politique du développement, et qui ne tient absolument pas compte des événements du quart de siècle écoulé. » Trotsky reprend le mot d’ordre des « Etats-Unis d’Europe » comme mot d'ordre pacifiste en 1914. La même année, Lénine co-écrivait une résolution considérant que les « Etats-Unis républicains d'Europe » devaient être « l’un des mots d'ordre les plus immédiats », et essaie d'en convaincre ses camarades. Mais dès 1915, il se ravise. Le Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie prend position contre le mot d'ordre d'Etats-Unis d'Europe, et Lénine argumente par le texte suivant, qui conserve toute sa valeur contrairement à son article de 1916 sur l'autodétermination qui n'est plus depuis un siècle qu'un joujou pour n'importe quel impérialisme dominant et donne totalement raison à Rosa Luxemburg (de toute façon il y a ou il y aura un « grand frère » pour soutenir « l'autodétermination catalane », voire même toutes les puissances qui veillent à l'affaiblissement de l'Europe).
Les prises de position des deux principaux groupes maximalistes ont été brouillonnes, comme je l'ai déjà signalé. Il est à déplorer que le cercle Robin Goodfellow rejoigne les positions démocrates des trotskystes, quoique pas avec la base argumentaire fédéraliste : «La position d’un parti prolétarien sur cette question aujourd’hui (comme en Ecosse, en Flandres...) devrait se situer d’emblée au niveau européen, en affichant le mot d’ordre général des Etats-Unis socialistes d’Europe. Autrement dit, proposer une perspective par le haut», qui évite, via la fragmentation des Etats, également la fragmentation de la lutte des classes »5.
Le bordel planifié en Espagne ne cache pas l'arbre de la lutte de classe mais l'arbre des nationalismes. L'Europe prétendument unifiée à la manière fédéraliste ne pourrait pas être un chemin " par le haut" pour aller vers l'abolition des frontières, elle restera en sandwich entre les grandes puissances, à la fois principal marché mondial et à la fois creuset du prolétariat révolutionnaire, jusqu'aux échéances finales. Les camarades rêvent avec un marxisme bègue d'une bourgeoisie suicidaire imaginant aussi une autre hypothèse farfelue et ahistorique : l'Europe nettoyant les petits nationalismes pour ouvrir la voie à un bon et vigoureux prolétariat européen unifié ! En prime finale, l'appel à une « constituante européenne » que le « parti prolétarien » (virtuel et imaginaire) propose au prolétariat n'est qu'un sac de cordes et la liste des proposition farfelues qui suivent confirme le désarroi qui frappe ce milieu politique marxiste comme toutes les autres sectes. Qui vivra verra. En attendant, le texte qui suit peut nous aider à mieux réfléchir au lieu de se laisser embarquer dans les catalâneries. Ce texte de Lénine a cependant lui aussi pris un coup de vieux, dans sa dernière partie ; comment imaginer la configuration suivante : « la lutte opiniâtre des républiques socialistes contre les Etats arriérés » (àmoins qu'il s'agisse d'un caviardage de Staline ou de Khrouchtchev post décès de Wladimir Illitch)... Les étapes de l'internationalisation et de la destruction des frontières demeurent impénétrables pour l'heure, quoique repoussées aux calendes grecques avec le prurit catalan.
(on peut lire avec profit l'intéressante prise de position de l'écrivain espagnol Javier Cercas : http://www.liberation.fr/debats/2017/11/06/en-catalogne-une-dangereuse-fiction-narcissique_1608201)


Du mot d'ordre des États-Unis d'Europe

23 août 1915 par W.I. Lénine


Dans le n° 40 du Social-Démocrate, nous annoncions que la Conférence des sections de notre Parti, à l'étranger, avait décidé d'ajourner la question relative au mot d'ordre des "États-Unis d'Europe", jusqu'à ce que le côté économique de la question fût examiné dans la presse.
Les débats sur cette question avaient pris à notre conférence un caractère politique unilatéral. En partie cela tenait peut-être à ce que le manifeste du Comité Central formulait expressément ce mot d'ordre comme un mot d'ordre politique ("mot d'ordre politique immédiat..." y est-il dit) ; non seulement il préconisait les États-Unis républicains d'Europe, mais il soulignait spécialement que "sans le renversement révolutionnaire des monarchies allemande, autrichienne et russe", ce mot d'ordre était absurde, mensonger.
On aurait absolument tort d'objecter à cette façon de poser la question dans les limites d'une appréciation politique de ce mot d'ordre, par exemple, en disant qu'il éclipse ou affaiblit, etc., le mot d'ordre de révolution socialiste. Les transformations politiques dans un sens véritablement démocratique, et à plus forte raison les révolutions politiques, ne peuvent en aucun cas, jamais, quelles que soient les conditions, ni éclipser, ni affaiblir le mot d'ordre de révolution socialiste. Au contraire elles la rapprochent toujours, élargissant sa base, entraînant à la lutte socialiste de nouvelles couches de la petite bourgeoisie et des masses de semi-prolétaires. D'autre part les révolutions politiques sont inéluctables dans le cours de la révolution socialiste que l'on ne doit pas regarder comme un acte unique, mais comme une époque de commotions politiques et économiques orageuses, de luttes de classe très aiguës, de guerre civile, de révolution et de contre-révolution.
Mais si le mot d'ordre des États-Unis républicains d'Europe formulé en connexion avec le renversement révolutionnaire des trois monarchies les plus réactionnaires d'Europe, la monarchie russe en tête, est absolument invulnérable comme mot d'ordre politique, il reste encore une question éminemment importante : le contenu et la portée économiques de ce mot d'ordre. Au point de vue des conditions économiques de l'impérialisme, c'est-à-dire des exportations de capitaux et du partage du monde par les puissances coloniales "avancées" et "civilisées", les États-Unis d'Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles, ou bien réactionnaires.
Le capital est devenu international et monopolisateur. Le monde se trouve partagé entre une poignée de grandes puissances, c'est-à-dire de puissances qui s'enrichissent dans le pillage en grand et dans l'oppression des nations. Quatre grandes puissances d'Europe : Angleterre, France, Russie et Allemagne, avec une population de 250-300 millions d'habitants et une superficie de près de 7 millions de kilomètres carrés, possèdent des colonies dont la population est d'environ un demi-milliard de personnes (494,5 millions), et la superficie est de 64,6 millions de kilomètres carrés, soit près de la moitié du globe (133 millions de kilomètres carrés sans les régions polaires). Ajoutez à cela les trois pays d'Asie : la Chine, la Turquie, la Perse actuellement déchirées par les forbans qui font la guerre "émancipatrice" : le Japon, la Russie, l'Angleterre et la France. Ces trois pays asiatiques, que l'on peut appeler semi-colonies (en réalité ils sont maintenant, pour les neuf dixièmes, des colonies) comptent 360 millions d'habitants et 14,5 millions de kilomètres carrés de surface (c'est-à-dire près d'une fois et demie la surface de toute l'Europe).
Poursuivons. L'Angleterre, la France et l'Allemagne ont placé à l'étranger un capital d'au moins 70 milliards de roubles. Pour toucher un appréciable profit "légitime" sur cette agréable somme, - profit qui dépasse trois milliards de roubles par an, - il existe des comités nationaux de millionnaires, appelés gouvernements, qui sont pourvus d'une armée et d'une flotte militaire et qui "installent" dans les colonies et semi-colonies, fils et frères de "monsieur le milliard", en qualité de vice-rois, consuls, ambassadeurs, fonctionnaires de toute sorte, popes et autres vampires.
Ainsi est organisée, à l'époque du développement supérieur du capitalisme, la spoliation par une poignée de grandes puissances, de près d'un milliard d'habitants du globe. Et en régime capitaliste, toute autre organisation est impossible. Renoncer aux colonies, aux "zones d'influence" à l'exportation des capitaux ? Y songer serait descendre au niveau d'un petit pope qui, tous les dimanches, prêche aux riches la grandeur du christianisme et leur recommande de donner aux pauvres… sinon quelques milliards, du moins quelques centaines de roubles par an.
Les États-Unis d'Europe, en régime capitaliste, seraient comme une entente pour le partage des colonies. Or en régime capitaliste le partage ne peut avoir d'autre base, d'autre principe que la force. Le milliardaire ne peut partager le "revenu national" du pays capitaliste avec qui que ce soit, autrement que "en proportion du capital" (avec encore cette addition que le plus gros capital recevra plus qu'il ne lui revient). Le capitalisme c'est la propriété privée des moyens de production et l'anarchie dans la production. Prêcher le partage "équitable" du revenu sur cette base, c'est du proudhonisme, du béotisme de petit bourgeois et de philistin. On ne peut partager autrement que "selon la force". Or la force change avec le progrès économique. Après 1871 l'Allemagne s'est renforcée trois ou quatre fois plus vite que l'Angleterre et la France. Le Japon, dix fois plus vite que la Russie. Pour vérifier la force réelle de l'État capitaliste, il n'y a et il ne peut y avoir d'autre moyen que la guerre. La guerre n'est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée ; elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles de rétablir de temps en temps l'équilibre compromis, ce sont en régime capitaliste les crises dans l'industrie, les guerres en politique.
Certes, des ententes provisoires sont possibles entre capitalistes et entre puissances. En ce sens, les États-Unis d'Europe sont également possibles, comme une entente de capitalistes européens ... dans quel but ? Dans le seul but d'étouffer en commun le socialisme en Europe, de protéger en commun les colonies accaparées contre le Japon et l'Amérique, extrêmement lésés dans l'actuel partage des colonies, et qui se sont renforcés au cours de ces cinquante dernières années infiniment plus vite que l'Europe monarchique, arriérée, laquelle déjà pourrit de vieillesse. Comparée aux États-Unis d'Amérique, l'Europe dans son ensemble signifie stagnation économique. Sur la base économique d'aujourd'hui, c'est-à-dire en régime capitaliste, les États-Unis d'Europe signifieraient organisation de la réaction en vue de contenir le développement plus rapide de l'Amérique. Les temps sont révolus où l'œuvre de la démocratie et celle du socialisme étaient liées uniquement à l'Europe.
Les États-Unis du monde (et non de l'Europe) sont cette forme d'État - forme d'union et de liberté des nations, - que nous rattachons au socialisme, - en attendant que la victoire totale du communisme amène la disparition définitive de tout État, y compris l'État démocratique. Toutefois, comme mot d'ordre indépendant, celui des États-Unis du monde ne serait guère juste, d'abord parce qu'il se confond avec le socialisme ; en second lieu, parce qu'il pourrait donner lieu à une fausse interprétation de l'impossibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays et de l'attitude de ce pays envers les autres.
L'inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays, en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes d'exploiteurs et leurs États. La forme politique de la société dans laquelle le prolétariat est victorieux, en renversant la bourgeoisie, sera la République démocratique, qui centralise de plus en plus les forces du prolétariat d'une nation ou de nations dans la lutte contre les États qui ne sont pas encore passés au socialisme. La suppression des classes est impossible sans la dictature de la classe opprimée, du prolétariat. La libre union des nations dans le socialisme est impossible sans une lutte opiniâtre, plus ou moins longue, des Républiques socialistes contre les États arriérés.
C'est pour cette raison et à la suite de nombreuses discussions sur ce point, pendant et après la Conférence des sections du P.O.S.D.R. à l'étranger, que la rédaction de l'organe central en a conclu à la fausseté du mot d'ordre des États-Unis d'Europe. 

NOTES

1Le mot d'esprit est de Lénine contre le « pacifiste » Trotsky et sa défense des Etats-Unis socialistes d'Europe vers 1916).
2Comme le PRCF hostile aux « euro-trotskystes » : http://www.politique-actu.com/osons/europe-saurait-avoir-bons-etats-unis-europe-icwpe/1660420/
3« Proclamé en 2000 par l’ONU comme Journée internationale des migrantEs, le 18 décembre est
les"grands ensembles" était une formule de Marx
chaque année, dans de nombreux pays, l’occasion de mobilisations. Cette année, au vu de la gravité et de l’urgence de la situation, les anticapitalistes mettront toutes leurs forces afin de faire de cette journée de mobilisation un succès. Contre la résignation et les stratégies d’évitement, nous sommes prêts, en accord avec les collectifs de sans-papiers, avec les migrantEs, avec les structures qui les soutiennent activement, à répondre à tout appel de caractère national. L’heure n’est pas à l’action symbolique et à la dispersion, mais à la création d’un rapport de forces réel… Pourquoi pas à la frontière italienne, samedi 16 décembre, lieu emblématique s’il en est de la résistance aux logiques d’État et de la solidarité citoyenne ? « .
4Pacte de la Moncloa, 1977. On ne doit pas se moquer seulement des ignares en politique, mais aussi de l'élite intellectuelle française qui vient de récompenser deux écrivains du dimanche (connaisseurs superficiels du fascisme en général) – les deux principaux prix littéraires – qui ont consacré leur diarrhée à la période nazie, en plein dans les clichés usés sur le nazisme, lequel, diabolisé et simplifié, est seul horizon de la pensée du mal dans les salons parisiens et les manifs de lycéens gauchistes. Coup de chapeau à Filiu pour une fois, sur son blog il signale l'étrange oubli des attentats à Barcelone, le chacun pour soi des policiers nationalistes, oubli qui arrange bien les islamo-trotskiens : http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/11/05/terrorisme-et-democratie-a-barcelone/
5https://defensedumarxisme.wordpress.com/2017/11/06/espagne-lindependance-de-la-catalogne-est-larbre-qui-cache-la-foret-de-la-lutte-de-classe/

vendredi 3 novembre 2017

La police a-t-elle incendié la gendarmerie ?



Ou les avatars de nouvelles « pétroleuses »1

Misère du pouvoir jupitérien. On se souvient des coups de menton de Sarkozy contre les chômeurs, ces fainéants professionnels. Coup de gueule mêlé au mépris de classe. Avec Macron c'est du mépris concrétisé, il les attaque sans fard pour les appauvrir. En ridiculisant ses syndicats de gouvernement comme il vient de le faire (et royalement), donc en exhibant l'inanité des processions de rue, l'Etat bourgeois prend le pari de pousser au développement de l'action anarchiste classique, non pas terroriste comme les familles d'assassins de la contre société salafiste, si utile au développement de l'emploi sous uniforme, mais d'attentats contre les symboles du régime d'exploitation des prolétaires et de mise à la rue des chômeurs.
Depuis plusieurs mois en France s'est développé une attaque incendiaire contre des gendarmeries où vedettes anonymes d'Indymédia peuvent cotoyer sans s'en douter d'autres anonymes bien plus professionnels. L'histoire des attentats anarchistes de la fin du XIX e siècle nous a appris que des fonctionnaires sans uniforme aimaient bien se mêler aux dits attentats mais pas forcément pour en prémunir les prolétaires ni la population.

Aux origines de cette vague d'attentats contre des locaux policiers, diversifiés et pas tous du même ordre, une affaire bien louche qui sent le coup monté à plein nez2. L'agression odieuse en mai 2016 d'un couple de policiers multi-genre (une femme et un noir) au volant de leur voiture de fonction : jet d'un cocktail Molotov dans le véhicule puis agression à la barre de fer par un manifestant cagoulé du policier noir qui s'était extrait du véhicule et avait fait face courageusement sans dégainer son revolver. L'image absolue pour héroïser le policier parfait face au « taré anarchiste » ou plutôt l'ex ploum-ploum devenu "toto barjo". La séquence fît le tour du monde et le policier temporaire passa en CDI. Du côté de la majorité silencieuse l'affaire était entendue pour les mois à venir, la police s'était montrée une fois de plus courageuse et ceux qui s'en prennent à elles de lâches assassins (oubliées les bavures, affaire Théo, etc.). Du côté des mutins de Panurge gauchistes et idiots du marais clochard anarchiste, les images de policiers incendiés provoquaient un orgasme ininterrompu.

Suite du feuilleton : pas moyen de retrouver les deux ou trois cagoulés qui s'étaient mis à taper furieusement sur un véhicule ordinaire et inoffensif de la police. On en dénicha deux : « Angel Bernanos, 19 ans, arrière-petit- fils de l'écrivain militant de l'Action française et anti-franquiste, fiché S pour son appartenance à "la mouvance contestataire antifasciste susceptible de se livrer à des violences". Avec son frère aîné, Antonin, 22 ans, il a été présenté comme l'un des "meneurs" de l'attaque de deux policiers, quai de Valmy, le 18 mai dernier, en marge d'une manifestation des forces de l'ordre contre "la haine antiflics". 
Réaction des accusés (ils sont six) : «Une injustice totale, tranche celui qui a toujours nié avoir porté le moindre coup à l'adjoint de sécurité Kevin Philippy. On sait désormais que l'enquête qui nous met en cause est totalement biaisée ». Qu'elle est très étrange en fait. Le 2 décembre 2016, le juge des libertés avait ordonné la libération d'"Anto", son aîné, après six mois de détention à Fleury-Mérogis. Une décision - de laquelle le parquet a fait appel - motivée par "plusieurs éléments nouveaux" intervenus ces derniers mois. A commencer par la fragilité du témoignage sous X émanant d'un policier des RG parisiens (DRPP)3, sur lequel se fonde largement l'enquête4.  
Il présentait notamment Angel Bernanos comme l'auteur des coups de barre de fer portés à Kevin Philippy, jusqu'à ce que Nicolas F., 40 ans, reconnaisse le 20 juillet dernier avoir frappé le policier ("pour l'éloigner et non attenter à sa vie") et s'en excuse... "J'étais de l'autre côté de la rue où se sont déroulés les faits, comme en ont attesté deux personnes devant la justice", rappelle Angel Bernanos ». Il est évident que ces deux hommes sont innocents et que leur seul crime, comme au temps du sinistre Marcellin est d'être coupables d'avoir été des « badauds ».
L'attaque violente et lâche du véhicule de police ne peut avoir été inventée et montée que par ces défenseurs anonymes rétribués par l'Etat pour « criminaliser » la révolte sociale, même celle qui se défend violemment contre les violences policières sans se servir de cocktails Molotov ou barres de fer.
L'attaque de la gendarmerie de Grenoble le 21 septembre est revendiquée par un « groupe nocturne » comme le note Libération : « Ces «lâches auteurs», se présentant pour leur part comme «Des nocturnes», ont choisi de se manifester publiquement dès 13 heures, via le site internet d’information alternative local IndymediaGrenoble. Ils présentent l’incendie comme une «attaque de solidarité» avec les prévenus du procès de l’affaire de la voiture de police brûlée quai de Valmy à Paris, le 18 mai 2016, lors des manifestations contre la loi travail, procès ouvert mercredi au tribunal de grande instance de Paris. Leur texte de revendication, titré «Solidarité incendiaire», est court et précis : «Ce jeudi, à trois heures du matin, deuxième jour du procès de la voiture brûlée. Avons pénétré dans la caserne de gendarmerie Vigny-Musset. Avons incendié 6 fourgons d’intervention et deux camions de logistique. […] Cet acte s’inscrit dans une vague d’attaques de solidarité avec les personnes qui passent en procès ces jours-ci. […] Quelle que soit l’issue du procès, on continuera à s’en prendre à la police et à la justice. Notre hostilité est un feu qui se propage.»
Un comité de soutien s'est constitué depuis un an pour les deux principaux accusés (à tort) et cet attentat pourrait être considéré en effet comme une manifestation de soutien par des individus agissant de leur propre initiative de révoltés contre la justice de classe qui « fabrique » des coupables sur mesure pour criminaliser les révoltés et la classe ouvrière. Cet attentat n'était qu'un épisode de la « vague » que décrivait aussi Libération : « La «vague» évoquée résonne avec la destruction par le feu de cinq véhicules de la gendarmerie de Haute-Vienne, dans la nuit de lundi à mardi à Limoges, là aussi à l’intérieur d’une caserne, revendiquée mardi via Indymedia Nantes par des «ex-gendarmes mobiles anarchistes» exprimant leur «solidarité aux inculpé-e-s dans l’affaire de la voiture de police brûlée quai Valmy». A chaque fois, on note un humour déflagrateur, assez proche de la bande à Coupat, eux-mêmes fort manipulés avec l'histoire des caténaires.
La vague d'incendies ne touche pas que les gendarmeries, sans compter que attaquer une gendarmerie suppose d'être très culotté, voire bien informé de sa protection... Libération émet des doutes sur ce premier attentat : « Mêlés aux communiqués sur de nombreux conflits locaux ou régionaux, de la lutte contre le Center parcs de Roybon au soutien aux migrants, on trouve ainsi sur le site plusieurs revendications anonymes d’incendies. Elles témoignent d’un usage privilégié du feu ces derniers mois chez certains activistes radicaux, en particulier dans la lutte contre les «nécrotechnologies» comme l’incendie d’une antenne de téléphonie mobile en Ardèche en juillet ou la mise à feu de véhicules et locaux d’Enedis (ERDF) à Grenoble en mai et dans la Drome en juin, ou contre «le contrôle social» comme la mise à feu de véhicules du CCAS de Grenoble en mars. Rien ne permet pourtant d’affirmer que ces divers incendiaires sont ceux qui se sont attaqués à la gendarmerie iséroise… ».
C'est avec « l'incendie criminel » le 25 octobre d'une gendarmerie de Meylan (Isère), que cette nouvelle opération sent encore plus le roussi, la rousse quoi (la police, vieux mot d'argot du mot rouchin, rosse, mauvais cheval). On assiste alors à l'invention d'un nouveau néologisme : anarcho-féministes. La formulation est typique de ce que peut formuler un policier votant à l'extrême droite avec ses obsessions contre l'idéologie orwellienne gauchiste : un « groupe de femmes », en « lutte contre le sexisme », agissant par « envie de revanche ». Ce qui est formidable en plus est que le procureur de Grenoble, sans aucune preuve sortie par le journaliste qui l'affirme, confirme ses doutes qu'il s'agit bien d'une attaque « perpétrée par un groupe anarcho-libertaire », et il précise « un groupe de femmes » (elles ont des couilles celles-là!). Elles ont revendiqué aussi l'attentat précédent des « nocturnes » de Grenoble sur le site ultra-gauche Indymédia. C'est comme les twins de New York, le terrorisme frappe donc deux fois. Le journaliste précise que son article n'a pas été modéré (car deux communiqués précédents ont en effet été gommés des médias par la police de l'ombre).
La suite du justificatif nous rappelle que depuis la fabrique des Protocoles des sages de Sion, la police française possède toujours des plumes pointues dans la perversion. Lisons la suite de la version journalistique : « Sans se nommer, le groupe indique vouloir lutter "contre le sexisme" et "contre le genre", même s'il serait non-mixte, puisque les auteures de l'incendie indiquent "se retrouver entre personnes qui partagent les mêmes ressentis, qui vivent dans leur chair ce que signifie d'être assignées meufs [nées et restées dans le genre féminin]".  C'est d'ailleurs dans ce genre assigné à leur naissance qu'elles puisent leur justification: "On se prouve qu'on est capable de poser des actes sur nos idées, et qu'on a besoin de personne d'autre que nous-même pour le faire", écrivent-elles. Pour "toutes les fois" où elles se sont "découragées" en se persuadant qu'elles n'en étaient "pas capables", qu'elles n'en avaient "pas les compétences, pas la force, pas les moyens", elles décident donc de "concrétiser cette envie de revanche" en attaquant la gendarmerie de Meylan ». Revanche et
vengeance c'est la même planche stérile, os à ronger de n'importe quel des sans culottes primaires de 89 ou populiste anar dix-neuvième. Quelle revanche? Quelle vengeance? Et contre qui ou quoi? Aucun questionnement de classe en tout cas.
Jusque là on peut en effet douter de l'origine de ce communique "vengeur", il y aurait là une bonne représentation de la débilité mentale de n'importe quelle dirigeante féministe du NPA ou des connes qui exigeaient de rester entre elles place de la République lors des Nuits debout. Mais oui ce sont bien elles dans toute la splendeur de leur féminocratie ! La suite du communiqué nous fît ensuite pouffer de rire, tant elle suinte l'amalgame aux assassinats islaminguants et révèle la limite de l'imaginaire policier, malgré un talent certain d'écriture, pour inventer de faux coupables et pour ridiculiser le mouvement social. Le journaliste est complice (ou railleur) puisqu'il titre en gras :
S'attaquer "aux individus" plutôt "qu'à leur fonction"
« La suite du communiqué décrit, pas à pas, la façon dont elles ont procédé pour mettre le feu aux véhicules garés dans le bâtiment. D'abord, en cadenassant l'accès voiture de la gendarmerie "pour assurer notre sécurité (et faire une blague aux pompiers)". Puis l'attente, le stress, le "dernier sourire et un câlin" et la découpe du grillage. Avant "l'assaut du parking", discret, "avec dix litres d'essence ». 
« Nous avons ciblé les voitures privées des flics, au détriment des quelques sérigraphiées, parce qu'on avait envie de s'attaquer plutôt aux individus qui portent les uniformes qu'à leur fonction", écrivent-elles. "Nous pensons que les rôles existent parce qu'il y a des personnes pour les remplir. Si derrière l'uniforme il y a un humain, c'est à lui que nous avons cherché à nuire ». 

Or, traditionnellement, toute l'histoire du mouvement ouvrier et aussi anarchiste témoigne du CONTRAIRE. Contrairement à la minorité de flics racistes tueurs, aux débiles djihadistes, soit par la grève, soit par l'attentat personnel, on s'est toujours attaqué à la FONCTION pas à l'individu ni à sa famille ni à ses enfants. Je pense même que les féministes bourgeoises les plus étroites sont plutôt d'accord avec cette attitude du mouvement ouvrier et révolutionnaire. La fabrique de ce communiqué policier, inversant les données, reflète bien la mentalité fasciste et islamiste - l'individu est chargé de tous les péchés -; ces idéologies bâtardes, comme le montre toute l'histoire des réactions bourgeoises, s'en prennent aux individus et non pas aux infrastructures du système dominant. Datant d'avant l'apparition des philosophes des lumières et de la classe ouvrière, qui a produit une conscience collective et une compréhension des dominations structurelles religieuses puis capitalistes, l'islam individualiste (individualisé par la société marchande) n'est plus que l'exercice obligé du petit beurgeois paupérisé et aliéné qui évite de s'en prendre aux puissants (chefs de guerre et imams) pour tuer sans distinction enfants, femmes et hommes. Cette mentalité terroriste est inhumaine, c'est pourquoi elle est... bondieuserie spéculative. Et, face à tout contradicteur islamiste ou fana du violeur Ramadan, je leur ferme la bouche: "Pitres pitoyables! c'est l'homme qui a inventé dieu, un homme de sociétés primaires, et ce n'est pas l'homme qu'il faut tuer aujourd'hui mais le capitalisme".

Le reste de l'assimilation au grossier règne de l'assassinat islamique n'est plus que romance ridicule de policier zélé qui veut faire rire son supérieur : « Sur le chemin du retour, les incendiaires se décrivent comme "légères, fortes, soudées, avec le sentiment que rien ne pourrait plus nous arrêter". "Par l'organisation affinitaire, et par l'attaque, nous repoussons ces limites (sociales et mentales) ». C'est sûr la débilité mentale depuis les meurtres salafistes jusqu'aux ergotages féministes n'a plus de limites. Et les super romanciers policiers d'ajouter la touche qui fait véridique et « solidaire » : « A l'instar du groupe ayant revendiqué l'incendie d'une gendarmerie de Grenoble un mois plus tôt (dont le communiqué a été supprimé depuis), le groupe rend aussi hommage "aux deux personnes incarcérées de l'affaire de la voiture de flics brûlée" sur le quai de Valmy, à Paris ». 
Il y a des hommages dont on peut se passer, surtout ceux qui sentent « la rousse ». Et la signature policière se démasque en validant finalement l'accusation fabriquée des juges contre les deux otages « badauds » de la voiture policière cramée de mai 2016.
A défaut de mornes et impuissants défilés syndicaux, va-t-on nous distraire désormais de notre colère avec des incendies répétés de locaux policiers par de nouvelles fictives « pétroleuses » et de crachats sur les godasses des CRS comme stade ultime de la subversion anti-capitaliste ou simplement anti-macronienne ?



PS: Je rappelle enfin qu'il existe un risque rocambolesque, que, la prochaine fois un gendarme arrête un flic! Ne faites pas la moue. Cela s'est produit le 23 mars 1979. J'étais alors perché sur le lampadaire en face de l'Opéra, avec un mégaphone, missionné par le CCI pour appeler les ouvriers de Longwy à une AG de rue. La police s'est mise furieusement à foncer sur les autonomes dont les plus fliqués canardaient déjà. Hop finie la possibilité d'AG  de classe! Dépité j'avais dû descendre de mon promontoire. Par contre, il fallut criminaliser l'affrontement prolétarien dans un tel quartier bourgeois. On avait arrêté un briseur de vitrine et les quelques ballots qui piquaient au passage des sacs à main en cuir répandus sur le trottoir. Manque de pot, le "manifestant pillard", un revolver à la ceinture, n'était autre qu'un collègue indochinois des RG. Le scandale avait quand même permis à la CGT d'effacer son rôle de saboteur et son rejet par les sidérurgistes de province débarqués à Paris avec la prise de la Bastille en tête.

NOTES

1L'imaginaire policier est encore hanté par la Commune de Paris et ses détracteurs qui, si longtemps après, leur fournissent encore les fantasmes diaboliques. Les pétroleuses est le terme qualifiant une femme accusée d’avoir employé du pétrole pour allumer des incendies, en 1871, lors de l’écrasement de la Commune de Paris par les versaillais. On affubla de ce terme, particulièrement après l’incendie de l’Hôtel de ville de Paris (24 mai 1871), les femmes qui avaient pris part aux combats armés, faisant d’elles les boucs émissaires du vandalisme survenu pendant la Semaine sanglante.
2Le 29 mai 2017, onze véhicules utilitaires d’ENEDIS avaient été incendiés sur le parking de l’entreprise (ex ERDF) rue du Vercors à Grenoble. Le 11 avril, 185 composteurs-valideurs avaient été mis hors d'usage à des stations de tramways.Le 8 mars, 7 véhicules de la Métropole de Grenoble avaient été incendiés.Le 23 mars, c'était 7 véhicules dont 3 du centre communal d'action sociale (CCAS) de Grenoble, accusé de "cogérer la misère".
Enfin, la première action revendiquée avait été le saccage de la permanence Les Républicains (LR) en centre-ville le 21 mars, pour exprimer le "dégoût" de la politique prônée et le rejet des partis "sentinelles d'un ordre marchand".
3La plupart des journalistes utilisent encore les termes Renseignements Généraux, lesquels avaient été supprimés en 2008 pour cause de priorité accordée à l'antiterrorisme salafiste, l'opposition de gauche et des gauchistes n'étant vraiment en rien subversive. Les RG ont été très discrètement recréé au début 2015 sous la nouvelle appellation : Service cental de renseignement territorial. Quelle belle preuve de ce que la question sociale inquiète à nouveau le pouvoir, plus que les errements des tueurs islamistes ! Preuve qu'il se développe en marge des mutins de Panurge gauchistes et mélenchoniens une révolte « radicale » et pas forcément prolétarienne, ni inutile à l'illusion démocratique.
4Un témoignage censé être anonyme qui identifie les quatre mis en examen. Problème: une mention de son nom laissée sur un procès-verbal a révélé qu'il s'agit d'un policier des renseignements généraux. L'homme était présent lors de la manifestation. "Il les connaît tous. Il est capable de dire qui était là et qui ne l'était pas, il donne des noms, pas d'autres. C'est certes un élément clé du dossier mais ce n'est pas le seul, il est corroboré par d'autres", explique à L'Express une source proche du dossier. "La levée de son anonymat n'entache en rien la validité de la procédure", ajoute-t-elle, regrettant que l'on cherche à "ridiculiser", selon ses mots, "parquet comme policiers".  (cf. L'Express)

mercredi 1 novembre 2017

LA RELIGION A DU BOULOT


Macron vient de s'en prendre cyniquement aux plus faibles, ceux qui n'éprouvent même plus le besoin de cautionner électoralement les pires exploiteurs politiques de la condition ouvrière, les chômeurs. Cette lâche attaque est la rançon de la planification perverse de l'échec de la protestation contre la loi travail par les traîtres professionnels syndicaux et leurs compères bobos du Front de gauche. Mélenchon ne s'en formalise pas trop car, par contre, les couches moyennes, cadres et toubibs, voient leur rétribution revalorisée. On est là au cœur de l'humiliation des couches les plus déshéritées de la classe ouvrière, si niée, si méprisée, et la honte n'est pas suffisante, il faut la rendre plus honteuse avec les leçons d'antiracisme, de diversité heureuse et un islam « convivial ».

La religion musulmane en entreprise, tel est le sujet principal d'un livre écrit sans haine et sans hargne concernant une pénétration idéologique superstitieuse incontestable, quoique les curés Plenel et Gresch en disent, charitables inspirateurs des médias dominants dont Le Monde pour une gauche bourgeoise BCBG, complètement étrangère au prolétariat. Pour Denis Maillard, la source d'une telle « invite » repose sur trois facteurs développés au cours des quarante dernières années :
  • les ratés de l'intégration liés à l'immigration maghrébine puis subsaharienne ;
  • le tournant identitaire de la politique française ;
  • un processus d'individualisation sous forme d'une « subjectivation du travail valorisant l'identité des salariés ».

Au lieu de se contenter de déplorer envahissements divers, communautarismes et répliques souverainistes, les longues barbes de la RATP qui refusent de se salir au toucher de la main d'une femme, ou d'user de clichés faciles comme un certain milieu révolutionnaire (décadence, décomposition du capitalisme) cet auteur a le mérite de creuser les causes plus que les conséquences. Taxer d'individualisme le comportement généralisé des citoyens et camarades divers est un truisme, une lapalissade qui n'explique pas tout, mais c'est le point de départ de cet auteur. Il aurait pu préciser que notre monde moderne repose plus que jamais sur le paraître. On exhibe sa vie privée qui ne doit plus être du domaine de l'intime. C'est pourtant ce qu'il dit : « croire, c'est désormais montrer sa croyance ». C'est ne plus séparer sa vie personnelle de la vie au travail. Un phénomène qui mériterait d'être analysé ; naguère patrons comme ouvriers préservaient leur « vie privé », domaine où chacun pouvait cultiver son propre jardin, se livrer à ses hobbies ; la fragile cloison a fini par se rompre, après avoir été longtemps poreuse. On en est venu à se plaindre des conséquences de son divorce sur l'ambiance au travail, ou de l'impossibilité de dormir le weekend qui suit un refus de promotion. Au vrai, il n'y avait jamais eu étanchéité, et Marx avait décrit le poids du travail sur la vie personnelle comme aliénation. Jadis, à la prise du travail dans les fabriques était servie la messe, puis les révolutions syndicalistes avaient aboli cette pratique d'un âge de domination de la religion catholique sur le travail même. La pratique est de retour grâce à l'islam. Avec humour l'auteur intitule son premier chapître : « Métro, boulot, credo ».

La force du système capitaliste mondial, depuis l'échec en Russie (au cours des années 1920 pas en 1990) ets de nier de mille façon la pérennité de la classe ouvrière et de la faire disparaître par des tours de magie sociologique ou des épisodes liés à la modernisation de la production et au miracle logarithmique qui détruirait en même temps toute classe potentiellement révolutionnaire. Je me fiche de toute définition carrée de la principale classe exploitée, je me contente de la définir comme Babeuf par « la peur du lendemain » et par le fait que les profits et l'encadrement de la réalisation du profit expriment simplement l'existence et l'immense importance de cette classe1.
Pour garder le contrôle sur une classe ouvrière « de base », non qualifiée et d'origine maghrébine de deuxième et troisième génération de français nés en France, les syndicats sont prêt à tout. Ainsi « Force Orientale », FO, plus ou moins cornaqué par les bandes trotskistes (LO et lambertistes)2 est très poreux aux demandes communautaires pour ne pas dire religieuses. FO se ressaisit à l'été 2014 en suspendant 200 de ses syndiqués « ne se conformant pas aux valeurs laïques de l'entreprise et du syndicat ». Et c'est un syndicat communautariste « antiprécarité », le SAP-RATP qui rafle la mise aux élections suivantes3.
Flash back, c'est la gauche au pouvoir qui a voulu s'accommoder des désidératas des non inclus dans la société française avec la fable de « l'entreprise citoyenne » comme « champ d'expérimentation sociale (cf. Christian Blanc, PDG de la RATP). Les bus sont caillassés à l'époque, d'où l'idée géniale d'y placer des chauves à longue barbe, ce qu'on appela « ouvrir l'entreprise sur la cité » et « l'acculturer aux banlieues ». L'entreprise publique est une variable d'ajustement de la paix sociale et de résorption d'une partie du chômage, aussi des milliers de sans diplômes sont embauchés et formés en interne. La paix revient sur les lignes de bus mais au profit de la domination des « grands frères » de plus promus en uniforme « vert ». Inversion inévitable, les « lois de la banlieue » vont s'ingérer dans l'entreprise ; fin de la vie privée ! Fin de la vie publique !
A partir des années 2000, en France tout au moins, on assiste à une islamisation de l'entreprise4.
Cette islamisation, étant naturellement liée à une immigration venant de zones en guerre, est donc relativement récente en France ; elle est plus ancienne aux Etats Unis et en Angleterre où les accommodements et arrangements nombreux et bizarres pour recruter massivement une classe immigrée très hétérogène et individualiste – facilitant l'encadrement religieux totalitaire et policier - favorise la négation de toute classe ouvrière unitaire et internationaliste5.
L'auteur le dit gentiment, mais c'est vrai, la « fameuse mise en garde de ne pas faire d'amalgame entre musulmans, islamistes et terroristes ne paraît pas opératoire ». En général, comme en politique les dominants font la loi au bout du compte : terrorisme verbal implique terrorisme final. L'islamisme eggregore a parfaitement compris que le secret de l'avenir et du renversement du pouvoir réside dans le prolétariat ; et ce depuis le renversement du Shah en Iran où c'est la grève massive des ouvriers qui avait servi à les mettre en selle, immédiatement contre ces mêmes ouvriers. D'où l'urgence d'investir ses rangs pour le polluer et l'asservir un peu plus, pour enfin lui ôter toute perspective d'action indépendante de classe.
Innovateur fût Solidarnosc qui a immédiatement passé sous silence ou minimisé le fait que les ouvriers polonais s'étaient laissés entraîner à prier en masse à genoux dans l'usine ; pas très innocente cette attitude religieuse n'était que le contrefort du nationalisme polonais et un repoussoir à tout internationalisme. Déterminantes furent les exigences de salles de prière dans les grèves de l'automobile en France, pour introniser la nouvelle « communautarisation » de la classe ouvrière ; cette invention fût le fait des gourous syndicaux maghrébins déjà islamistes6.
La religion n'est jamais un « fruit du terroir », « les résurgences religieuses ont toujours été le fait des vagues d'immigration ». Le curé accompagne ses ouailles afin qu'elles restent obéissantes. Italiens, polonais, portugais débarquent tous en compagnie de leur curé de village. Idem pour le Maghreb : « les recruteurs de l'industrie automobile ou du bâtiment prenaient soin d'inclure des imams avec les ouvriers qu'ils allaient chercher en Algérie ou au Maroc ».
Les syndicats d'Etat et leurs suivistes gauchistes ont trouvé le moyen (antiraciste) pour contrer les principales revendications immédiates à contenu unitaire ou révolutionnaire : « il est autrement plus facile et plus rapide désormais de s'accorder sur la religion que sur les conditions de travail. Ou, autrement dit, d'accorder un droit individuel qu'un droit collectif »7.
Le capital semble s'être internationalisé (avec de solides oeillères anti-internationalistes) aux dépens de la classe ouvrière... inter-nationale. La moitié des salariés français travaillent pour une entreprise étrangère installée en France ; et même une entreprise publique comme la RATP est à la tête d'une multitude de filiales étrangères privées.

COMMENT SE FAIT-IL QUE L'ETAT BOURGEOIS ET SES COLLABOS GAUCHISTES ATTACHENT AUTANT D'IMPORTANCE A UNE RELIGION « IMPORTEE » QUAND UNE ENORME MAJORITE DE LA POPULATION EN FRANCE NE VEULENT PAS EN ATTENDRE PARLER SUR LE LIEU DE TRAVAIL ?

L'auteur rappelle de très bonnes choses sur l'histoire des jours fériés, qui ne posèrent pas d'aussi alambiqués problèmes que de nos jours, et relativise les congés pays des bourgeois socialistes de 368 ; il y avait jadis une cinquantaine de jours chômés dans l'année, donc plus que les 15 jours du Front Popu.L'attribution de congés payés « à la carte » est un véritable casse-tête dont l'auteur décrit les lamentables aléas ; le think tank Terra Nova a proposé deux jours fériés aux religions juives et musulmanes ! C'est plus de libération de l'exploitation salariée qu'il s'agit mais de l'aménagement de l'exploitation classique par l'aliénation religieuse.

L'invention de la consommation halal et de la névrose de pureté répond aux nécessités du monde de la marchandise du capital (qui, nos donneurs de leçon antiracistes en sont ignorants, fabrique sans cesse de nouveaux besoins artificiels, religieux ou pas). Avec la rigidité identitaire, ne peut-on pas se réserver une « existence halal » ? Tout le chapitre 5 (le pur et l'impur) décrit très bien l'invention de la marchandisation halal, très très récente, invention britannique au diapason des réactions religieuses à la même époque en Orient9. En 1970, l'invention du halal sert à favoriser l'exportation vers les pays arabes du surplus des abattoirs européens. C'est à la faveur du regroupement familial en France au milieu des années 1970 que le halal devient un produit de consommation courante (Debord reviens!). Le halal ne concernait que la viande cérémonielle les jours de fête musulmane ; les divers salafites prosélytes ont fait monter la mayonnaise au cours des années suivantes pour obtenir « la reconnaissance »10. C'est « l'extension du domaine du halal » !

Ce sont les lois Auroux (de gauche gouvernementale) qui ont permis à l'individualisme musulman et la non-mixité de s'installer dans le paysage11. C'est une victoire contre les patrons, assurent en choeur les gauchistes. Jusque là régnait la subordination au pouvoir patronal. Depuis le patronat a compris l'intérêt des campagnes antiracistes et qu'il est plus facile et profitable de céder aux revendications communautaristes qu'aux revendications... salariales par exemple. L'auteur nous balade ensuite sur les préjugés juridiques ne permettant pas de mettre en cause la communautarisation de l'entreprise. Il n'épilogue pas non plus sur l'inévitable complicité (de type chauvine) qui va lier ouvriers français de souche et leur patron opposés ensemble à l'exhibition des colifichets religieux... Pas vraiment bon pour la lutte de classe non plus.

UN BREF SEJOUR DANS LA CLASSE OUVRIERE

En réalité, comme la classe ouvrière est par nature impure elle aussi, et qu'il y a risque de contamination des véritables conceptions marxistes de sa lutte, les plus « radicalisés » ne supporte pas longtemps le voyage désagréable au sein de cette couche sociale (un peu trop terre à terre), soit ils deviennent permanents syndicaux12, soit ils ouvrent un petit commerce ou dégotte une place de concierge. Ils confirment ainsi que, comme Hitler, le petit bourgeois ne supporte pas de retomber dans sa classe d'origine.
L'auteur, dans sa dernière partie, se penche encore sur le vieil individualisme, qu'on attribuait jusque là seulement à l'Occident. Gauchet, fils d'Aron, n'est pas ma tasse de thé et reste à la surface. Il y aurait là aussi à développer politiquement sur le fait que l'adaptation de l'islam au vieux capitalisme européen a dissous l'aspect collectif passé de l'islam13. Il n'y a plus un mouvement qui a pu être plutôt positif et unificateur de populations nomades par le passé, mais une recherche de représentation individuelle, de vengeance individuelle, de meurtre individuel14.
Autre réflexion importante : l'islam est une religion issue de l'immigration. Et, sauf pour les collabos gauchistes payés par Médiapart ou Libération, et les internationalistes abstraits, l'immigration charrie aussi n'importe quoi. L'islam des années 80 « était essentiellement ouvrier » et restait pour l'essentiel hors de l'entreprise, mais dans les années 90 il lui faut pénétrer l'entreprise, mais à un moment précis que l'auteur feint d'ignorer : l'effondrement du bloc de l'Est ! Il y avait là à développer pour expliquer l'implication de la faillite d'un espoir, certes pourri jusqu'à la moelle et pas du tout communiste, mais espoir de changer, de ce côté ci le monde capitaliste. Alors en effet il y a une « individualisation de la croyance » qui se généralise puisque le « collectif » ne peut être que goulags et enfermement. L'individualisation colle tout à fait à la marmelade du pluralisme libéral qui laisse croire que chacun fait ce qu'il veut.
Taxer les mouvements grévistes en majorité conduits par des ouvriers immigrés de « Mai 68 des immigrés » est restreindre et ridiculiser une nouvelle fois mai 68. Il est plus convenable (et humoristique) de qualifier les grèves des OS immigrés en 1982 de « grèves saintes » où la CGT épouse complètement les revendications religieuses15. Les meetings étaient entrecoupés de prières sur les parkings mais les télés ne le montraient point. L'auteur pense que les bonzes CGT croyaient à une « réouvriérisation » via une nouvelle classe ouvrière d'origine immigrée. Je ne le pense pas, ils accomplissaient leur travail courant de diviseurs et saboteurs de l'unité ouvrière.
Une autre raison de l'implantation dans la durée de l'idéologie islamiste (si utile au Capital français) est, comme le note justement l'auteur, que la plupart des immigrés savent qu'ils ne retourneront jamais au bled16, soit à cause des tueries du GIA, soit à cause de la misère ininterrompue dans le pays pourtant « libéré du colonialisme »17. Mais l'auteur ajoute avec une belle pertinence que la vraie raison est probablement que leur expérience des grèves récentes, au nez et à la barbe des manipulateurs religieux, a transformé ces travailleurs immigrés « en travailleurs tout court ».
L'auteur estime que le tournant identitaire n'a pas lieu en 1990 (fin de l'URSS) mais dès l'époque de la marche des beurs (décembre 1983) et depuis l'affaire lamentable du foyer de Vitry qui colle au PCF depuis (en 1980). En réalité le PCF s'est fait casser par le parti de droite qui lui avait refilé des immigrés qui venait occuper des locaux réservés à des travailleurs pauvres de Vitry. Ce n'était pas du racisme mais une sorte d'empirisme local. Le mouvement des beurs réclamait l'égalité au niveau social, mais, baisant le PCF et un mouvement trop laïque, le PS avec sa filiale SOS racisme a détruit tout mouvement de classe au nom de l'antiracisme et de la « promotion de la diversité » (vaste blague). C'est de là que serait parti le mouvement « vers la réislamisation ». Cela me paraît un peu exagéré. Le véritable envol de l'islamisation en zone européenne, que certains font débuter à l'Iran en 1979, s'affirme plus globalement avec la chute de l'URSS.

Au lieu de développer sur la théorie de grand remplacement – l'islam à la place de la révolution communiste – l'auteur nous ramène à la picrocholine manipulation franco-française avec ce brave Auroux en 82 et son invention de la « citoyenneté en entreprise », avec un léger lyrisme : « Fini le temps où les salariés embauchaient aux mêmes heures, prenaient leur pause ensemble ; révolue l'époque où la progression dans la boite se faisait à l'ancienneté et les augmentations de salaire étaient collectives » . Se serait imposée une demande d'autonomie « surgie de mai 68 ». L'auteur déraille à cet endroit et se moque encore de 68 où si la requête d'autonomie eu pignon sur rue c'était à condition du renversement de l'Etat et pas pour un accommodement avec le regain de religions arriérées18. « Subjectivation » plutôt que autogestion dit-il ?
« Moins collectif, le travail se convertit en une expérience individuelle, voire en une aventure personnelle », il devient une « promotion de l'intimité ». Je crois que l'auteur délire dans la guimauve à cet endroit. On aimerait qu'il nous trouve dans la majorité de la classe ouvrière française et immigrée, un majorité de gens qui sont heureux dans l'exploitation salariée !
Et avec sa « crise de l'appartenance », qui impliquerait qu'une partie des ouvriers (même français de souche) se communautarise dans des sectes islamiques (ou même d'extrême droite qui fonction ne sur la même haine que « l'étranger à sa croyance), il passe à côté de l'éternelle négation de la classe ouvrière : elle était soumise après 68, puis après avait disparu, et puis maintenant serait bouffée par l'islam. Ce n'est pourtant pas d'un individualisme classique qu'il s'agit mais d'un repli sur soi. Il ne nous fera pas croire que la revendication religieuse manifeste une recherche de liberté complète sur le lieu de travail, puisqu'elle est au contraire une aliénation « existentielle » de plus, qu'elle est coupure « radicale » avec la conscience de classe.
L'auteur croit qu'on est passé d'un « âge marxiste » à un « âge hégélien » - Hegel étant le grand penseur de la reconnaissance. Plus question de reconnaissance par le travail, surtout pour les travaux les plus simplistes (c'est là dessus qu'il aurait dû développer) mais « l'être même de l'individu demande à être reconnu ». Ce genre de généralité idéaliste n'explique pourtant rien. Un balayeur s'en fout d'être reconnu comme balayeur et il est peu probable que son affichage de sa foi islamiste lui permette cette reconnaissance comme personne humaine. Je préfère l'explication suivante, qu'il aligne ensuite sans noter sa contradiction avec la notion de reconnaissance : « ...la religion s'engouffre dans les failles du travail. Plus celui-ci devient incertain et bancal, plus les individus vont chercher ailleurs que dans les règles professionnelles leur propre sécurité et plus les règles religieuses vont s'intégrer aux règles du métier ». Ce qu'il ne comprend pas, à partir de ce constat, c'est que le travailleur islamisé ne peut pas échapper au contrôle totalitaire de la société bourgeoise, puisqu'il croit pouvoir se réfugier dans l'impasse religieuse.

L'auteur mise de façon totalement utopique sur une impossible réforme humaine de l'entreprise capitaliste et des arrangements au coup par coup, individu par individu, croyant comme incroyant.
Pour ce qui nous concerne nous, prolétaires révolutionnaires, il est hors de question d'appuyer l'ouverture de salles de prière sur le lieu de travail. Si des patrons y consentent nous devrons le déplorer mais notre lutte ne pourra pas s'égarer sur cette partie de poker menteur de défense de l'entreprise citoyenne et multiculturelle. La dernière phrase de cet auteur est complètement réactionnaire et nous déçoit des efforts qu'il avait fait pour déblayer cette incroyable intrusion de l'islam sur le lieu de travail contre la bienpensance gauchiste et libérale19.

NOTES

1A un contradicteur qui crut se moquer de moi en me traitant d'idéaliste, je répondis : « pas du tout, rien de plus concret que la « peur du lendemain », perte de son salaire, défaut d'argent, expulsion, etc. ». Joyeux anniversaire PU ! C'est mon millième article sur ce blog.
2Ce que se garde de révéler cet auteur.
3Au dépôt de Pavillon-sous-Bois, avait travaillé Samy Amimour, le terroriste tueur du Bataclan. Il était membre de ces « syndicat pour musulmans ».
4C'est moins évident à EDF, que l'auteur ne connait pas, car le caractère endogène du recrutement favorise l'embauche de français de souche en priorité et électeurs du PCF, mais l'islamisation progresse néanmoins quelques années après par le truchement des promotions syndicales où l'idéologie antiraciste sert à recruter de nouveaux permanents « plus typés » mais fort éloignés de toute tradition de classe et des réelles revendications de classe.
5Au lieu de traiter à tout bout de champ les ouvriers qui votent Le Pen de racistes, les gauchistes feraient mieux de s'interroger sur le caractère protestataire de ce vote dans un cadre où, depuis le lieu de travail, ils doivent supporter gourous syndicaux désormais « antiracistes » et revendications religieuses incongrues dans un monde capitaliste qui a un besoin intrinsèque de préserver, d'entretenir ou de faire éclore les pires arriérations religieuses, comme l'obligation de se mettre à genoux cinq fois par jour, n'importe où, pour prier un dieu invisible et inexistant.
6Fabrication djihadiste sur laquelle l'auteur ne dit rien, comme pour les manipulations des gurus trotskiens. Bizarre ? Aurait-il peur de se faire qualifier de « facho » ?
7« Un minaret, La Mecque et les horaires de prière à Paris : telle est la maquette du calendrier distribué depuis 2011... dans les usines Peugeot d'Aulnay-sous-Bois et de Saint-Ouen. Une initiative du syndicat Force Ouvrière ». A l'époque de la grève Peugeot avec en vedette JP Mercier, le travail clandestin de LO paye ; la secte à Nathalie Laguillier envoie essentiellement de jeunes ouvriers maghrébins syndicalisés (et adhérents clandestins à LO) pour propager une campagne publicitaire antiraciste pour « informer » dans les autres régions ou entreprises. Dans le cas de la rencontre avec les libertaires de Lille au moment de cette « lutte », ces jeunes cuistres m'avaient félicité pour mes interventions de classe, mais à la fête de LO suivante quelle ne fût pas ma surprise de me voir dénoncé par ce même genre d'individus comme « hostile aux grèves et qu'on connait bien », assis aux côtés du sieur Mercier. La permissivité « voilée » se répand, chez Ikéa des vendeurs sont voilées... en jaune !
8Le dimanche comme Noël n'ont plus rien de religieux, mais les collabos intégristes arguent qu'il faudrait supprimer le « dimanche catholique », alors que le mouvement ouvrier syndicaliste (honnête jusqu'en 1914) avait obtenu que le dimanche devienne un repos mérité du travailleur.
9Il faudrait réfléchir à nombre d'événements concomitants autour de 1927 et après l'échec mondial de la révolution prolétarienne. Par exemple, le miracle de Fatima en 1917 est directement fabriqué par la papauté à Rome pour contrer le « nouveau christianisme bolchevique ». L'apparition des pires sectes islamistes date de la fin des années 1920, une période où la menace bolchevique décline ! La contre société salafiste (la famille d'assassins Merah, l'expansion des déguisements islamistes) joue plus un rôle préventif anti-révolutionnaire et terrorisant par rapport à une révolution qui n'a pas encore eu lieu. Les gauchistes souteneurs de la "liberté religieuse" et des pauvres ex-colonisés devenus assassins de civils) - qui embaument à la manière stalinienne un Octobre russe embelli - sont les flancs-gardes de cette contre révolution préventive et autrement plus nocifs que le FN.
10Toujours à la pointe du modernisme capitaliste, les « frères radicaux » ont mis en circulation actuellement un kit de détection d'ADN de porc. « La force du marché halal repose sur la répétition d'un message performatif : où qu'ils soient, d'où qu'ils viennent, les musulmans ont des besoins spécifiques, qui peuvent être compris et traités par le marché » (op. Cit. p.97).
1180% de la population française ne supporte pas le voile. J'en fais partie.
12Je développe, l'auteur ne se risque pas sur ce terrain où il pourrait tomber sur les infiltrés trotskiens, sévères antiracistes !
13« Dans un monde post-religieux, on peut même affirmer qu'il n'existe que des religiosités individuelles » (p.138).
14Cf. le nouveau meurtre d'un autre prétendu loup solitaire à New York hier, après Nice, Berlin, Barcelone (qu'il ne faudrait pas oublié malgré le cirque cataliniste). Cette remarque pointue à noter aussi : « Le djihadisme est la pointe paroxystique ou pathologique de cette tension dans le passage d'un mode d'existence à un autre ».
15Comme l'indique la banderole du site de Poissy (où j'ai eu l'occasion d'aller intervenir mais pas pour soutenir les revendications religieuses) on lisait : « 400 francs pour tous, 5e semaine accolée aux congés, 30 minutes pour le Ramadan ; nous voulons être respectés ».
16L'auteur oublie de noter qu'à cette époque la guerre civile en Algérie contre les groupes islamistes bat son plein avec des milliers de massacres.
17Pas de l'impérialisme américain qui continue jusqu'à nos jours à contrôler et l'armée et le pouvoir autochtone.
18Il ne comprend rien non plus à la notion bâtarde d'autogestion qui aurait été un des principaux mots d'ordre de 68, alors qu'elle ne fût qu'un jouet des jeunes gauchistes, puis de l'appareil CFDT et des bonzes du PS.
19C'est celle-ci : « Prendre soin du travail et des conditions de sa réalisation apparaît désormais comme neutre seule voie d'émancipation collective et de respect réel des personnes humaines ». Maillard a été sponsorisé par le Medef antiraciste ? J'ai envie de lui répondre : « fainéants de tous les pays unissez-vous contre le travail aliénant » !