La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 28 septembre 2016

L'OBSTRUCTION SOCIALISTE A LA GREVE GENERALE



ROSA LUXEMBURG SYSTEMATIQUEMENT MISE EN MINORITE AU CONGRES DE MAGDEBOURG (1910)

… Bebel fait une critique très âpre du parti national libéral, qui est le pire ennemi du parti socialiste. « C'est le parti capitaliste, c'est le parti qui a voté toutes les lois contre les socialistes, et c'est avec ce parti que les socialistes badois recommandent de faire alliance ».
« Le bloc badois, dit Bebel, n'a rien fait pour la classe ouvrière. La situation des ouvriers est restée toujours la même, toujours misérable. Il n'est pas admissible qu'une minorité foule aux pieds les décisions des trois congrès. Il se demande quelles mesures on doit prendre contre une telle minorité, quand on pense que des socialistes de l'Allemagne du Nord ont été exclus parce qu'ils n'ont pas participé aux élections ? La révolte de ceux qui ont demandé l'exclusion de ceux qui ont voté contre le budget badois, est donc très compréhensible. Mais lui, Bebel, ne veut pas aller si loin, il se contente de dire que, si le cas se répète, les coupables seront expulsés du parti, sans aucune considération, il prie donc ceux qui demandent l'exclusion de retirer leur réclamation. Mais une question surgit : quelles sont les attributions du parti ? Et pour dissiper toute équivoque, Bebel dit qu'il est décidé de présenter comme résolution, la déclaration suivante : « Le Congrès général du parti est la cour suprême du parti. Comme tel il a le droit incontestable de décider, dès qu'il est convoqué, de toutes les questions du parti, soit de principe, soit de tactique. Il n'y a pas d'organisation ou de personne, qui puisse échapper à la décision suprême du parti. Cette attitude autoritaire du Congrès résulte de ce que la social-démocratie allemande est un parti-unitaire, avec une organisation unitaire, avec un programme commun et avec des fins communes.
Après avoir critiqué les visites des socialistes à la Cour, il conseille à tous de marcher unis, de ne regarder jamais en arrière, mais toujours en avant, en avant !

La Discussion

On décide qu'un orateur de chaque tendance parlera pour ou contre les badois, et non pas pour ou contre la résolution du Comité directeur du parti.
Le président donne lecture d'une déclaration de la fraction socialiste parlementaire du Wurtemberg, admise par 16 membres de la fraction contre 1 :
« La fraction socialiste de la Chambre des députés du Wurtemberg est d'avis, qu'il est dans l'intérêt de l'influence efficace sur les questions de politique de pays, qu'on laisse une liberté d'action dans la question du refus ou du vote du budget, et prie instamment le Congrès de modifier la résolution de Nuremberg dans le sens, que les fractions socialistes aient la facilité de voter le budget, lorsque cela s'impose pour des raisons supérieures ».
Les orateurs pour et contre se succèdent à la tribune jusqu'au soir. Parmi les orateurs contre, il faut mentionner Zubeil, qui critiqua la résolution du comité directeur, disant qu'elle est insuffisante ; il demanda l'exclusion des socialistes badois qui ont voté le budget.
Après avoir occupé la seconde journée, la question du budget prend encore la troisième. Panzer s'élève contre le vote du budget par les badois.
Maurer reconnaît le ton conciliant de Bebel ; mais Bebel lui-même s'est souvent trompé dans ses prophéties, comme tant d'autres. La tactique ne peut pas rester immuable, les masses veulent des résultats positifs pratiques. Tout progrès dans l'Allemagne du sud fortifie la lutte des socialistes en Prusse.

Rosa Luxemburg prétend que les socialistes du sud n'ont apporté aucun argument en faveur du vote du budget. Elle raille avec ironie l'indigence, l'insignifiance des prétendues réformes en Bade de la condescendance des bourgeois et invoque, à ce sujet, l'opinion des députés badois eux-mêmes. Elle provoque des exclamations indignées quand elle rappelle que les Badois ont dû dénoncer les atteintes à la liberté syndicale et politiques commises par les nationaux libéraux, leurs alliés.
Et en supposant même que les réformes eussent été réalisées, elles ne justifient pas le vote du budget, que des bourgeois approuvent du reste parfaitement. Si les ouvriers badois avaient pu se prono,cer en toute liberté, dans cette question, ils auraient répudié leurs élus.
En ce moment, éclate un incident violent. Le président dit que l'oratrice a épuisé son temps de parole, et Rosa Luxemburg le conteste et reste à la tribune.
Les révisionnsites crient : Assez !; les radicaux disent : continuez ! Puis, c'est une avalanche de motions d'ordre. Mais Rosa Luxemburg renonce à la parole.
Heilmann dit que ni les badois ni Rosa Luxemburg n'ont apportés des arguments nouveaux. Il s'agit d'une question de tactique et non de principe ; car, si c'était une question de principe, c'est l'Internationale qui devrait décider.

(…)

Dr Karl Liebknecht reconnaît la différence qu'il y a entre les conditions de L'Allemagne du Nord et l'Allemagne du Sud ; il reconnaît aussi la valeur de l'action pratique des badois ; mais toutes les victoires, tous les petits succès doivent être jugés selon la grandeur de l'idéal socialiste. Les soi-disants radicaux sont les vrais réformistes. L'essentiel est de ne pas oublier que toute la force du parti est dans les masses. La source de notre force, dit Liebknecht, n'est pas dans le parlement. La question essentielle n'est pas, pour Liebknecht, la question du vote du budget, mais la violation de la discipline du parti.

(…)

La Congrès aborde ensuite la discussion du rapport présenté par Noske, sur l'activité parlementaire de la fraction socialiste.
Noske reconnaît que cette activité est presque nulle et qu'il n'a pas grand'chose à rapporter.

(…)

PROTESTATION CONTRE LA PRESENCE DU TSAR

Karl Liebknecht propose au congrès de voter une motion contre la présence du tzar en Allemagne.
Liebknecht dit que c'est un mensonge de prétendre que le tsar n'est pas responsable des atrocités qui se commettent en Russie. C'est lui notamment, qui fut le bailleur de fonds de l'organisation des cent noirs. C'est agalement lui qui fut parjure en déchirant la Constitution de la Finlande à laquelle il avait prêté serment de fidélité.
Le Parti socialiste ne doit pas permettre que le peuple allemand soit souillé par la présence de ce criminel couronné. Il faut qu'une résolution énergique de notre part povoque un tel mouvement de répulsion, que le tsar rouge soit obligé de quitter l'Allemagne, chassé par l'indignation publique.
Le congrès adopte la résolution suivante, par acclamation :

« Le congrès proteste contre l'infâme violation faite au peuple finlandais par le tsarisme, et lui exprime sa fraternelle sympathie dans sa lutte pour la liberté. Il lui garantit les secours et l'assistance du prolétariat conscient d'Allemagne.
Le congrès proteste avec énergie contre la présence en Allemagne du tsar, complice de toutes les atrocités et de toutes les infâmies de la contre-révolution russe, protecteur de Azeff et de la bande d'agents provocateurs, auteur responsable de la persécution des israélites, qui ne cesse de conspirer contre la liberté et l'indépendance du peuple finlandais.
Il est scandaleux qu'un pareil criminel couronné soit reçu par la nation allemande, protégé par les employés et les soldats allemands, entretnus par les contribuables allamands.
Le congrès déclare que la présence du tsar en Allemagne atteint le peuple dans son honneur et que celui-ci exprime au tsar rouge ses sentiments de répulsion.

LE SUFFRAGE UNIVERSEL EN PRUSSE

La congrès aborde la question du suffrage universel en Prusse. Rosa Luxemburg dépose une motion en faveur de la grève générale, signée par 60 délégués. Cette motion dit :

« Le congrès déclare être d'accord avec la décision du récent congrès prussien, disant que la conquête du suffrage universel ne peut se faire que par l'action énergique des masses populaires, qui doivent recourir à tous les moyens et, s'il le faut, à la grève générale. Le congrès déclare nécessaire de répandre par la presse et les assemblées publiques l'idée de la grève générale, comme pouvant être le moyen suprême de conquérir l'égalité politique ».

Une autre résolution, d'ailleurs vite retirée, est présentée par Locle et d'autres délégués qui réclament okus de liberté d'opinion (sic!) à la Neue Zeit pour la propagande de la grève générale.
Borgmann, le rapporteur de la question du suffrage universel, insiste sur les luttes du prolétariat pour la conquête du droit de vote et sur les avantages que ce droit offre au prolétariat ; il demande au congrès de repousser ma deuxième partie de la résolution Luxemburg, c'est à dire la partie où l'on recommande au parti de faire une propagande inlassable pour la grève générale, car sur la grève générale on en a assez parlé au congrès d'Iéna.

Rosa Luxemburg prend la parole pour soutenir sa résolution.
Elle dit que la résolution du comité directeur du parti ne fait que justifier les revendications du suffrage universel, tandis que la résolution présentée par elle complète l'autre, en tirant les conséquences politiques actuelles.
Depuis le dernier congrès prussien, le parti a fait un grand pas en avant. Déjà au congrès prussien, on a parlé d'être prêt à employer tous les moyens, dont la grève générale, pour faire aboutir le droit de vote. Toute la presse de province a discuté vivement la question de la grève. Et cela devait arriver, car les masses se rendent bien compte que seules les démonstrations ne suffisent pas à renverser la réaction. Il faut dire à ces masses qu'il reste encore un moyen, le plus efficae : la grève générale.
Et puis, la lutte ne dépend pas seulement des socialistes. Il ne faut pas oublier les réponses de la police aux démonstrations ouvrières. Le jour des grandes démonstrations, la caserne d'un régiment d'artillerie a été transformée en champ de bataille. Il faut rassurer aux masses qu'elles ne sont pas désarmées en face des provocations honteuses, qu'elles ont une arme précieuse : la grève générale.
Les cercles dirigeants du parti et des syndicats ont une répulsion pour la discussion publique de la question de la grève générale ; ils ont peur qu'à la suite de ces discussions, la grève générale n'éclate du jour au lendemain. On considère la discussion de la grève générale comme une sorte de jeu dangereux ; mais cette conception est tout à fait fausse. On ne peut provoquer artificiellement une grève générale, en en parlant souvent ; elle ne peut éclater que lorsque les conditions, la situation politique, la réclament. La meilleure preuve que les discours ne suffisent pas pour déclarer une grève générale, c'est l'histoire même de la grève générale. Domela Nieuwenhuis et les syndicalistes français ont toujours la grève générale sur leurs lèvres ; ils la propagent comme le moyen suprême contre tous les maux, et pensent pouvoir faire ainsi en 24 heures la révolution sociale.
Aucun homme sensé ne se soucie de la propagande, quand les conditions ne sont pas mûres. C'est maintenant, lorsque nous avons des syndicats patronaux, la tactique du lock-out, les oppositions violentes des classes, que nous voyons çà et là des grèves générales éclater, non pas parce que les socialistes les propagent mais par suite des conditions historiques. La grève générale est un moyen excellent pour léveil de la conscience de classe et pour l'éducation du prolétariat.

(…)

Eugène Ernst dit qu'il n'y a aucun doute sur l'emploi de la grève générale, quand les conditions le demandent. Le comité l'a reconnu comme un moyen de lutte. Mais la grève générale a une trop grande importance pour qu'on puisse la déchaîner sans aucune préparation. Il faut s'entendre avec les syndicats avant de prendre une pareille résolution, car cela serait un acte peu courtois à leur égard. « Précisément parce que nous avons toujours en vue l'éventualité d'une grève générale, nous vous prions de repousser la résolution de Rosa Luxemburg ».
Le président Klüss donne lecture d'une déclaration signée par quelques délégués, qui demandent le rejet de la résolution de Rosa Luxemburg, car le congrès ne peut prendre aucune décision avant de s'entendre avec les syndicats, de qui dépend la réalisation de la grève générale ; l'adoption immédiate de cette résolution ne pourra que nuire aux deux organisations, politique et syndicale.

Dissmann soutient la résolution de Luxemburg, en disant que la protestation des chefs des syndicats est tout à fait inutile, car Luxemburg, elle aussi, dans un journal du pari, a reconnu la nécessité de la collaboration des syndicats pour l'exécution de la grève générale.
Leinert combat la résolution pour la grève générale, car au congrès de Mannheim, on a décidé que les mesures pour la grève générale doivent être prises après un commun accord entre le parti et la commission syndicale. Cette discussion lui semble tout à fait inutile, devant la situation splendide qui s'annonce pour les élections prochaines.
Heine n'est pas contre la discussion de la grève générale, sans être d'accord avec la résolution de Luxemburg.
Clara Zetkin parle en faveur de la grève générale.
Severing : La grève générale doit être discutée entre le parti et la Commission générale des syndicats, et toutes les résolutions présentées avant cette entente doivent être repoussées.
Liebknecht, un des signataires de la résolution présentée par Luxemburg, parle en faveur de la propagande de la grève générale.
Bergmann prend le dernier la parole, pour dire que la deuxième partie de la résolution lui paraît inacceptable.
Avant de procéder au vote, Clara Zetkin déclare que la deuxième partie de la résolution Luxemburg est retirée.
On adopte la résolution du Comité directeur, ainsi que la première partie de la motion de Rosa Luxemburg.

La Coopération

Le rapporteur de la question coopérative, Fleissner (…) La discussion est ouverte. Deux tendances sont en présence, l'une avec Peus, Kalzenslein, Stol défend la thèse que la coopération est unmoyen puissant d'émancipation de la classe ouvrière ; l'autre, avec Wurm, déclare qu'il ne faut pas exagérer l'influence de la coopération.