"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 30 novembre 2016

La députaille offre ses chrysanthèmes aux communards massacrés et enterrés

Oui LES DEPUTES BOURGEOIS Osent offrir des CHRYSANTHEMES puants aux communards assassinés par l'Etat du nain féroce Thiers!

« La tradition c'est la démocratie des morts » Chesterton

De quoi je me mêle ? Les héritiers du gouvernement du massacreur Thiers n'ont pas honte ? Ces souteneurs d'un gouvernement bourgeois qui a porté une des pires attaques contre la classe ouvrière depuis la guerre, avec sa loi travail, s'arrogent de réhabiliter les communards ! Ni nous ni les morts de notre classe révolutionnaire ne leur avons rien demandé (note). On lit dans Le Point de ce mercredi la réhabilitation suivante de MM. Les députés de la gauche bourgeoise :
« L'Assemblée nationale a voté mardi soir, à l'initiative des socialistes et au grand dam de la droite, un texte proclamant la réhabilitation de toutes les victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871. La Commune de Paris, dernière révolution du 19e siècle et première tentative d'un gouvernement de la classe ouvrière, fut la réaction à la défaite française lors de la guerre franco-allemande de 1870. L'insurrection des Parisiens contre le gouvernement provisoire dirigé par Adolphe Thiers, installé après la déchéance de Napoléon III, a duré 72 jours, du 18 mars au 28 mai 1871. Des exécutions lors de la Commune, notamment durant la Semaine sanglante, ont fait entre 10.000 et 20.000 morts, voire plus, selon les estimations. Et des milliers de condamnations à mort, à la déportation, aux travaux forcés ou à de la prison ont été prononcées postérieurement. En mars 1879, une amnistie partielle des communards avait été votée par l'Assemblée, puis, en juillet 1880, une loi d'amnistie générale concernant les condamnations prononcées après la défaite de la Commune. Evoquant un "acte solennel" par "devoir d'histoire" autant que "de justice", le président PS de la commission des Affaires culturelles et élu parisien Patrick Bloche a plaidé que "le temps est désormais venu pour la République" de rendre ainsi justice à tous les communards, "victimes d'une répression impitoyable". Secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement et ancien député de Paris, Jean-Marie Le Guen a appuyé un texte qui "favorise la transmission de la mémoire" des communards, "patriotes"(sic! comme le bandit  Thorez en 1945) et "insurgés" aux valeurs ayant "inspiré la République". La proposition de résolution, signée notamment par le chef de file des députés socialistes et écologistes réformistes Bruno Le Roux et plusieurs élus parisiens, souhaite notamment que "la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d'exécutions sommaires et de condamnations iniques". Le texte proclame "la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871".

Tout est dans le bla-bla, la canonisation des « sans dents » de l'époque chaut moins à ces M'sieurs-dames que de savoir qu'ils vont la plupart ramasser leur veste l'an tout prochain. On se souviendra de l'apport incontestable de la gent socialiste à l'histoire de la misère sociale et à la prolongation du chômage de masse, comme d'une aptitude à accumuler les hommages funèbres : hommage aux pioupious de 14-18, hommages répétés aux centaines de victimes non protégées contre les attentats terroristes pour finir par cette galéjade de réhabilitation communarde qui ne peut que réjouir les vieux croûtons crypto-staliniens « Amis de la Commune de Paris » (que j'avais été ridiculiser dans leur séance en la mairie du 13ème, il y a un bail, en compagnie de Sabatier et Goupil) et les merdeux anars qui taguent pieusement « Vivement (un recommencement imaginaire et barricadier) la Commune », parce qu'ils ne connaissent rien de son histoire, rien des mythes qui ont été entretenus à son sujet. Non, pas plus que le gouvernement bolchevique, l'assemblée de la Commune ne fut « un gouvernement de la classe ouvrière » (expression de Marx qu'il a finalement reniée) ni le modèle avéré de la « dictature du prolétariat » (selon Engels)s dans le futur. Non les fonctionnaires n'ont pas été payés au même tarif que les ouvriers, etc. Je conseille vivement à ceux qui veulent se déciller sur les racontars les plus romanesques sur l'épopée de la Commune, d'abord d'abandonner toute religiosité, ensuite de lire les deux ouvrages suivant : Robert Tombs « Paris bivouac des révolutions » et Philippe Riviale « Sur la Commune ». La Commune reste une "expérience" pas un "modèle", ni un mausolée à "réhabiliter". quoiqu'on ait oublié (ou soit passé à côté) la principale leçon de la Commune, valable pour l'avenir: LA NECSSITE POUR LE PROLETARIAT DE PRENDRE LE POUVOIR FACE A L'IMPERITIE DE LA CLASSE BOURGEOISE! Ce fût à cette époque face à la débilité de la caste militaire, demain ce sera face à la débilité de la caste militaro-financière.
Vous trouvez reproduit ici l'article du journal de la GCF (Gauche Communiste de France) « L'étincelle » (=Iskra, nombre de minorités ont ainsi repris ce titre fétiche du journal de Lénine, l'étincelle « devant mettre le feu à la pleine »). Ce numéro 3 de mars 1945 reprend dans
ses grandes lignes les remarques pour la plupart valables de Lénine, et refuse de laisser les staliniens au pouvoir barbouiller de leur nationalisme stalinien le souvenir de La Commune ; nous souscrivons pleinement à leur dénonciation de ces autres réhabilitateurs-récupérateurs dissolvants d'époque. Mais que le glorieux souvenir de cette insurrection ne se laisse pas dévier de la nécessaire critique de nos erreurs dans notre propre mouvement historique.
Mais en 1945 comme en 2016 nous avons la prétention de laisser ces minables bourgeois enterrer les morts qu'ils veulent ou qu'il s'approprient honteusement, quand leurs ancêtres ont eux-mêmes commis les meurtres massifs, mais nous, nous rendons hommage à « nos morts » en continuant le combat mais avec le souci de ne pas recommencer leurs erreurs afin que de leur défaite nous puissions garantir le mouvement de la victoire, au bout du compte, et que nous ou nos successeurs leur devront de toute manière !

LA COMMUNE APPARTIENT AU PROLETARIAT

Depuis des années la classe ouvrière internationale célèbre chaque année l'anniversaire de la Commune de Paris. Jusqu'à aujourd'hui, la Révolution du 18 mars 1871 représentait pour nous, ouvriers de tous les pays, la révolte des exploités contre la bourgeoisie responsable de la guerre et de la misère, la première expérience d'un pouvoir des ouvriers se substituant à l'Etat capitaliste. Les révolutionnaires du monde entier regardaient la Commune, avec la révolution d'Octobre 1917 en Russie, comme des exemples et des guides sur le chemin de l'émancipation des travailleurs. Mais aujourd'hui il se trouve des gens pour la salir et la déformer, pour en changer 74 ans plus tard les buts et le caractère.
Ces nouveaux historiens falsificateurs, vous les connaissez, ce sont les ex-communistes, les super patriotes Thorez, Duclos et Cie. Que les ouvriers conscients qui se trouvent encore dans les rangs du P.C.F. Se rappellent ici que ces mêmes hommes leur disaient voici quelques années, qu'ils se souviennent des manifestations et des meetings où l'on exaltait la mémoire des héros de 1871. Et qu'ils comparent ce langage-là avec celui, pitoyable, d'aujourd'hui : « la Commune aurait été « la révolte du patriotisme blessé et humilié », « l'union des républicains contre les prussiens et les traîtres » ; les « communards » des champions héroïques et ardents de la cause nationale et républicaine , ainsi que l'écrit L'Humanité du 18-19 mars !

La Commune n'a rien été de tout cela.

« Au début, ce mouvement fut extrêmement confus et indéterminé. Il rallia des patriotes qui espéraient que la Commune recommencerait la guerre contre les allemands et la mènerait jusqu'à la victoire ; il groupa des petits boutiquiers que menaçait la ruine s'il n'était pas sursis aux échéances de traites et au paiement du terme (ce sursis que refusait le gouvernement, fut accordé par la Commune), enfin, dans les premiers temps il obtint même certaines sympathies du côté des républicains bourgeois qui craignaient que l'Assemblée nationale réactionnaire (composée de «campagnards », de farouches propriétaires) ne rétablisse la monarchie.
Mais le rôle principal fut joué par les ouvriers (surtout par les artisans de Paris), chez lesquels, dans les dernières années du Second Empire la propagande socialiste avait été très active et dont un grand nombre appartenaient même à l'Internationale ». (Lénine, « A la mémoire de la Commune », Rabotchaïa Gazeta, 28 avril 1911).
Mais, par la suite les camps se délimiteront nettement : bourgeois républicains, ou non, d'un côté, prolétaires de l'autre :
« Seuls les ouvriers restèrent fidèles à la Commune jusqu'au bout. Les républicains bourgeois et petits bourgeois l'avaient abandonnée depuis longtemps, les uns effrayés par le caractère révolutionnaire socialiste prolétarien du mouvement, les autres dès qu'ils virent que ce mouvement était condamné à une irrémédiable défaite. Seuls les prolétaires français soutinrent sans crainte et sans lassitude leur gouvernement ; seuls ils combattirent et moururent pour lui, c'est à dire pour la cause de l'émancipation de la classe ouvrière ». (idem)
« Toute la bourgeoisie de la France (…) tous les exploiteurs s'unirent contre elle » (Lénine idem).
« Cette coalition bourgeoise (…) réussit à soulever les paysans ignorants et la petite bourgeoisie provinciale contre le prolétariat parisien » (Lénine, idem).
« Dans plusieurs grandes villes de France (Marseille, Lyon, Saint Etienne, Dijon, etc.) le souvriers tentèrent également de s'emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d'aller au secours de Paris, mais ces tentatives se terminèrent vite par des échecs » (Lénine, idem).

La Commune ne fut pas patriote.

« Le 12 avril, la Commune ordonna, comme étant le symbole du chauvinisme et de la haine des peuples, le renversement de la colonne que Napoléon avait fait élever place Vendôme » (Marx, La Guerre civile en France »)

La Commune ne fut pas nationaliste.

« Le même jour (30 mars) les étrangers élus dans la Commune furent maintenus dans leurs fonctions, « Le drapeau de la Commune étant celui de la République Universelle » (Lénine, idem).

La Commune ne fut pas anti-boche.

« La bourgeoisie avait trouvé le temps de déployer son patriotisme en organisant la chasse policière aux allemands qui habitaient en France, la Commune, elle, fit d'un ouvrier allemand (Léo Frankel) son ministre du travail » (Lénine, idem).

Si, dans le domaine social, les mesures qu'elle prit, nous apparaissent aujourd'hui insuffisantes, leur faiblesse relative s'explique par deux facteurs :

  1. Le capitalisme français était encore dans sa phase de développement et le prolétariat n'était pas très nombreux, concentré ni organisé ; il n'y avait pas de parti ouvrier ;
  2. Le temps fît défaut à la Commune ; elle dût, dès le début de son existence – qui fut brève – se défendre par les armes.

Pourtant, même dans ces conditions si défavorables, elle entreprit une œuvre à caractère nettement prolétarien. Le 30 mars, elle supprima la conscription et l'armée permanente en y susbtituant l'armement général du peuple.
Le 1er avril, elle décida que le traitement de ses fonctionnaires ne dépasserait pas celui des ouvriers.
La Commune supprima le système des amendes et des retenues sur les salaires, interdit le travail de nuit dans les boulangeries, confisqua toutes les usines et fabriques abandonnées par leurs propriétaires ou qui avaient simplement arrêté le travail, pour les remettre entre les mains des associations ouvrières.

Malgré ses imperfections, son inexpérience, sa jeunesse : « Elle était par-dessus tout un gouvernement de la classe ouvrière ; le résultat de la lutte entre la classe qui produit et celle qui s'approprie le produit de celle-ci ; la forme politique enfin trouvée, sous laquelle il était possible de réaliser l'émancipation du travail ». (…) « La Commune se proposait d'abolir cette propriété de classe qui crée avec le travail du plus grand nombre la richesse du plus petit. Elle visait à exproprier les expropriateurs ». Ainsi la définissait Marx qui en suivit de près l'évolution. Ce sont ces passages-là qu'il faut citer, messieurs les falsificateurs qui osez encore vous réclamer de lui !

C'est cela qu'il fallait expliquer aux ouvriers à la place de vos ridicules mensonges sur le « patriotisme humilié » !
Il fallait encore leur dire comment la Révolution d'Octobre 1917 en Russie a repris, développé, enrichi l'expérience de la Commune – leur montrer comment aujourd'hui, en pleine faillite du système capitaliste, le prolétariat – mille fois plus nombreux et plus fort qu'en 1871 – peut et doit suivre les traces de la Commune et la dépasser vers le socialisme. Mais pour tenir ce langage, il faut être révolutionnaire, communiste : nos Thorez et Duclos l'ont oublié, n'étant plus que des valets.

Frédéric Engels disait de la Commune en 1891 :

« Le bourgeois allemand entre toujours dans une sainte terreur au mot « dictature du prolétariat ». Voulez-vous savoir ce que veut dire cette dictature ? Regardez la Commune de Paris. VOILA LA DICTATURE DU PROLETARIAT ! ».
C'est parce que la Commune fut le début de cette dictature que le vieux monde jure de l'abattre.

Et ce furent la 3ème République et les républicains – M. Thiers en tête – qui l'écrasèrent par le sang et par le feu, massacrant 100.000 travailleurs dont 30.000 fusillés sur le champ et des milliers d'autres déportés ou mis à mort par la suite.
Où est donc cette cause nationale et républicaine ? Cette « union de tous les bons français » ?
Où est cette Commune à la sauce patriotarde que MM. Thorez et Duclos ont voulu nous faire avaler de force le 17 mars à la salle Japy ?

Elle n'existe pas.
Elle n'est qu'une duperie de plus.
Comme « la République VRAIMENT démocratique ».
Comme « la France libre, forte et heureuse ».
Comme le « Parti Communiste (?) Français ».
Comme tout ce qui vient de la bourgeoisie.

Il n'y a qu'une Commune, comme il n'y a qu'une Révolution d'Octobre 1917.

Cette Commune est celle dont Marx parle ainsi :

« Lorsque la Commune de Paris prenait en ses propres mains la direction de la Révolution ; lorsque de simples ouvriers osaient pour la première fois empiéter sur la privilège gouvernemental de leurs « supérieurs naturels » ; lorsque dans les circonstances les plus difficiles, ils accomplissaient leur œuvre modestement, consciencieusement et efficacement, le vieux monde se tordait de rage à la vue du drapeau rouge, symbole de la République du Travail, flottant sur l'Hôtel de ville ».

(note) C'est le même genre de supercherie dont fut capable l'alcoolique Boris Eltsine parvenu au pouvoir après la chute de la vieille maison stalinienne. Une de ses premières mesures pour épater la galerie ne fut pas, par exemple de jeter le cercueil de Staline à la décharge publique, mais de "réhabiliter" les marins de Kronstadt! Vous m'avez compris. 


RECTIFICATION HISTORIQUE


 Même les meilleurs connaisseurs de la Commune restent focalisés sur l'insurrection du 18 mars 1871, connue pour être une levée en masse pour préserver les munitions entreposées à Montmartre, aspect réducteur et récupérable par les blanquistes "patriotes". Or la révolution a commencé bien avant, avec l'Affiche rouge du 25 septembre 1870 imprimée et collée à Lyon, dont le contenu est soit oublié soit méconnu. Il y apparaît clairement que le prolétariat ne se soucie pas que de la guerre mais, surtout, remet en cause l'impéritie de la bourgeoisie et réclame l'abolition de l'Etat pour la première fois de l'Histoire aussi clairement:

"La situation désastreuse dans laquelle se trouve le pays; l'impuissance des pouvoirs officiels et l'indifférence des classes privilégiées ont mis la nation française au bord de l'abîme.
Si le peuple organisé révolutionnairement ne se hâte pas d'agir , la révolution est perdue, tout est perdu (...) les délégués des comités fédérés du Salut de la France, réunis au Comité central , proposent d'adopter immédiatement les résolutions suivantes:
ARTICLE PREMIER: La machine administrative et gouvernementale de l'Etat étant devenue impuissante, est abolie;
ARTICLE 2: Tous les tribunaux criminels et civils sont suspendus et remplacés par la justice du peuple.
etc.

De plus la réimpression des deux journaux de la Commune (du matin et du soir) est une falsification des Versaillais, sur laquelle les braves historiens staliniens ont travaillé en la prenant pour argent comptant... : http://archivesautonomies.org/spip.php?article1674

samedi 26 novembre 2016

CASTRO : MORT DU DERNIER DINOSAURE LATINO-STALINIEN

Raul Modesto n'est qu'un brontosaure
La longévité politique du « charismatique » Castro, ce grand pote aux Staline et Kadhafi 1, pourrait forcer l'admiration, comme lorsque vous allez promener vos gosses au jardin des plantes et que vous leur pointez du doigt la reconstitution d'un dinosaure. Cela prête à réfléchir, mais c'est du domaine d'un lointain passé. Pour le musée et les vrais dinosaures, pas pour le dictateur admiré des gauchistes et de la gauche anti-ouvrière. Le dinosaure Castro aura pourtant continué jusqu'à nos jours à écraser la véritable référence à la révolution prolétarienne par subterfuge avec son passé de « lutte armée », minimisant son occupation de dictateur d'Etat, puis ses accointances avec tant de « collègues » des dictatures homologues et la complaisance des démocraties bourgeoises envers le mythe du seul adversaire prétendu aux régimes odieux de Haïti, d'Argentine et du Chili, mais comment oublier la torture des opposants, les milliers en fuite en Floride, les milliers qui ont servi de chair à canon pour l'impérialisme russe en Angola, etc. Héritage si purulent de honte quand les divers avortons et résidus des PC staliniens ou néos avec les gauchistes parvenus vont verser tant de larmes de crocodiles sur le « bilan Castro », « Cuba si », « spasibo Cuba »2. Le pape et toute la "communauté internationale" s'inclinent sur la dépouille de cet imbécile qui souhaitait que Krouchtchev utilise la bombe atomique!
UN SELFIE AVEC CASTRO VITE!

Le dernier hommage rendu perso par Hollande, avant celui d'Obama, au chef cubain – il devrait se rendre aussi à l'enterrement spectaculaire à Cuba en mondiovision – sera-t-il un élément positif de son carnet électoral ? Sans conteste, pour les enterrements le président de la gauche en faillite idéologique et sociale3
L'usure du pouvoir, Castro mesurait 1M90
 a fait fort. Il aura été un excellent croque-mort que même le révérend Fillon ne pourra jamais l' égaler, pas pour empêcher la « droite brutale » de revenir aux rênes de l'exploitation, car il y faudrait au moins un curé castro-guévariste

On ne peut pas nier cependant le rôle central du caméléon Castro qui, comme Johnny Hallyday dans sa catégorie, a su s'adapter à toutes les modes du XX ème au XXI ème siècles, mais dans la variété sanguinaire, celle du despotisme capitaliste sous couleur de communisme de caserne, réussissant même à transformer une grande partie du peuple cubain en propagandistes sectaires et staliniens latinos propres à exalter leur propre misère politique et sociale, surtout à chaque voyage féminin pour ramener un époux friqué au bercail du grand barbu. Plus que les épisodes sanglants et délirants des libérations nationales, « l'expérience de Cuba » servit longtemps de vitrine et de caution aux anti-impérialistes néo-staliniens, et à la floraison expansive et successive d'une noria de groupes trotskystes et maoïstes ultra-sectaires et apôtres inconscients des « guerres révolutionnaires », sans savoir ce qu'est une guerre ni ce qu'est la révolution4.

Castro ne fût ni un marxiste héritier de Lénine ni un sincère révolutionnaire mais un produit opportuniste (au sens politicien militaro-politique) de l'avortement de l'idéologie alliée de la deuxième boucherie mondiale- l'antifascisme relayé par l'anti-stalinisme:

«Le renversement par Fidel Castro, en 1959, du dictateur soutenu par les Américains a posé un sérieux dilemme
dans la confrontation bipolaire de la Guerre froide et a amené les superpuissances au bord de la guerre nucléaire pendant la crise des missiles cubains, en octobre 1962. Au départ, le caractère de la révolution castriste n’était pas clair. Drapé dans une idéologie de populisme démocratique, à la sauce romantique des guérillas, Castro n’était pas membre du parti stalinien et ses liens avec ce dernier étaient très ténus. Cependant, sa politique de nationalisation des biens américains dès le début de sa prise du pouvoir lui aliénèrent rapidement Washington. L’animosité de Washington ne fit que pousser Castro, à la recherche d’une aide étrangère et d’une assistance militaire, dans les bras de Moscou. L’invasion de la Baie des Cochons en avril 1961, soutenue par la CIA – prévue par Eisenhower au départ et mise en œuvre par Kennedy – a montré que Washington était prêt à renverser le régime soutenu par les Russes. Pour les Etats-Unis, l’existence de ce régime lié à Moscou dans son pré carré était intolérable. Depuis la Doctrine Monroe formulée en 1823, les Etats-Unis avaient toujours maintenu la position selon laquelle les pays d’Amérique étaient hors de portée des impérialismes européens. Voir l’impérialisme adverse de la Guerre froide établir une tête de pont à 150 km du territoire américain de Floride, était totalement inacceptable pour Washington »5.

Sur mon premier blog « Archives maximalistes » vous pouvez lire encore « un texte rare sur mai 68 » où est écrit ceci, qui reflétait assez bien notre pensée d'époque au lycée Buffon avec Jean-Pierre Hébert : « ces 'gauchistes' mettaient en avant la lutte anti-impérialiste contre la guerre du Vietnam menée par les américains, alors que les libertaires avaient été pour la plupart guéris du tiers-mondisme, échaudés par l'évolution de l'Algérie après son indépendance, et n'entretenaient aucune illusion sur les régimes dictatoriaux  africains, nés de la décolonisation, ni sur le castro-guévarisme, caricature stalinienne d'une révolution, ayant éliminé de la même manière ses participants libertaires qui l'avaient aidée à triompher » (…) « les "gauchistes" en étaient encore à glorifier les dinosaures marxistes-léninistes et à se pâmer devant leurs disciples vietnamiens ou castro-guévaristes ».

PELERINAGES DANS LA CASERNE CUBAINE
 
Cuba, même sous un Castro rabougri, resta lieu de pèlerinage trotskien, Besancenot n'a pas failli à la fausse tradition, allant rendre visite sans son vélo à la veuve et la fille du petit Vichinsky cubain le Che6 - qui signait ses lettres à sa mère « Staline II » - ne sachant pas, jeune ignorant de l'histoire réelle du mouvement révolutionnaire que le despote Castro, converti au stalinisme par Krouchtchev, prit pour conseiller politique au début des années 1960 l'assassin de Trotsky, Ramon Mercader (cf. in mon livre sur la guerre d'Espagne). Le spécialiste Löwy le lui avait caché pour ne pas affadir son émotion.

Castro n'a jamais été un héros révolutionnaire marxiste pour le mouvement maximaliste prolétarien, quoiqu'il se soit fait appeler "leader Maximo". Putschiste nationaliste reconverti en stalinien d'Etat, faut-il dire hélas ? Avec cet uniforme vert-olive qui signifiait désormais que la révolution ne pouvait être que militariste avec des militants-militaires bardés de médailles d'assassins, il n'aura été qu'un petit Staline latino-américain qui fût finalement si utile comme repoussoir diabolique pendant plus d'un demi-siècle à l'impérialisme, ce qui fît dire à certains que si Cuba castriste n'avait pas existé, un think tank américain aurait bien pu l'inventer. Cumulant les fonctions de chef du parti et de président de l'Etat national, Castro aura maintenu incarcéré son île à socialisme en peau de canne à sucre dans une misère relative pendant toutes ces années pour aboutir à se coucher devant les friandises avariées du capitalisme décadent.

La résistance carcérale cubaine après la chute de la maison mère du bloc de l'Est ne fut plus qu'un long intermède de misère et d'avilissement politique et social continuel. La chute du mur de Berlin ouvrit cependant une crise pour le cordon ombilical jusqu'à Cuba, mais le régime castriste ne s’effondre pas et tient jusqu’à l’arrivée du faux troc avec le Venezuela.
Evidemment le dit échange commercial anti-impérialiste entre les deux Etats d’Amérique du Sud, est présenté partout comme nouveau, révolutionnaire, consommable et un défi face à l’impérialisme US. Or ce genre d’accords commerciaux directs entre Etats secondaires avait déjà été mis en place, par exemple entre le Mexique et le Venezuela (accords de San José).

Le troc, comme les coopératives, est une mesure obsolète et ringarde que nous laissons aux anarchistes et à leurs amis de la petite bourgeoisie politique, mais l’échange « Pétrole contre médecins » de ce pauvre Chavez était plus vicelard. Car, révélant l’impossibilité du troc comme au demeurant de tout échange communiste (quoiqu’on ne sache pas trop ce que pourraient être encore des échanges communistes), le bricolage de Chavez visait à faire croire à une « solidarité internationaliste » l’accouplement de deux bébés stalinoïdes ! Chavez avait même réussi un coup de maître en osant la « solidarité sud/nord » lors de l’accord avec la municipalité de Londres en 2006 – un rabais de 20% sur le pétrole pour les transports en commun – afin de diminuer par deux le billet des « pauvres londoniens ». Facétie absolument pas généralisable par les autres pays du sud sans pétrole et sans mégalomanie.
 Curieuse cette notion de solidarité de riches (en or noir) vis-à-vis de pauvres (en sucre) qui ne supprime ni l’exploitation ni les classes ! Et plutôt « solidarité de convenance mercantile » qui, en fin de compte, a éclaté partout avec la crise mondiale où les pays du sud se sont divisés entre « largués » un peu plus et « émergents ». L’idéologie « d’autonomie collective » drainée peu ou prou depuis les conférences des non-alignés de Bandoeng s’est dissoute au profit de la très capitaliste « solidarité conditionnée ».
Clap de fin. Des fresques et des panneaux célébraient la fraternité entre les deux peuples: «Cuba-Venezuela: Deux pays, un seul peuple». La tentation de comparer le soutien vénézuélien à celui de l'URSS d'avant 1990 était logique, avec cette terrible nuance qu’apporte un ancien fonctionnaire cubain : « lorsque le frangin impérialiste russe était là, l'essence coûtait 10 centimes le litre et des cubains détournaient des camions citernes entiers de pétrole pour le revendre».
Le 4 oct 2011 j'écrivais sur ce blog : « Avatar de la « guerre révolutionnaire » disparue des gauchistes tiersmondistes et des marxistes orthodoxes, les cubains accèdent au droit de propriété. Le socialisme de caserne tant admiré par les trotskystes et leurs demi-frères altermondialistes ploie sous l’avancée du capitalisme qui a corrompu même pépé Castro, une figure de légende guérillériste qui a tant ridiculisé le communisme sous une dictature sous-développée d’un demi-siècle, adoubée par tout ce que la terre compte de staliniens indécrottables et de trotskiens indélébiles, qu’on se demande si ces vieux coucous niais ne vont pas entrer en dissidence avec la notion de capitalisme d’Etat dégénéré… ». Enfin Obama était venu porter les premiers chrysanthèmes du vivant de Castro. Le moins drôle, Fidel Castro gardera beaucoup de fidèles. Comme Staline.



NOTES

1Lire l'article de la section mexicaine du CCI : https://fr.internationalism.org/ri422/soutien_de_castro_chavez_et_ortega_a_kadhafi_quand_les_capos_se_donnent_la_main.html
2La pamoison ridicule a déjà commencé avec la tonalité chauvine de ce pauvre rejeton de bureaucrate à la triste figure, Laurent fils : « "Ca a été dans le XXe siècle, l'un des dirigeants du mouvement d'émancipation humaine. La révolution qu'il a menée a eu lieu à l'époque de la décolonisation et s'inscrivait dans ce mouvement de restauration de la souveraineté des peuples. C'est ça qui restera dans l'Histoire" », mais impasse sur le mensonge cubain hystérique, où les journalistes gauchistes de l'Immonde excellent dans la cuistrerie  : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/11/26/comment-fidel-est-devenu-revolutionnaire_5038496_3222.html. Le Figaro en rajoute deux couches: "disparition du père de la révolution cubaine", "le dernier révolutionnaire"; quand le gauchiste ministériel Mélenchon appelle à un rassemblement parisien de condoléance pour ceux à qu'il veut faire fantasmer sur "une prise de pouvoir" imaginaire mais pacifiste.
3Lire sur slate « L'hommage embarrassant de Hollande au Che » : http://www.slate.fr/story/101591/che-guevara-hollande. Et une toute autre version : http://www.revolution-socialiste.info/RS26Guevara.htm
4Lire l'excellent article sur cette genèse : Le PCF contre la reprise de la lutte de classe : https://fr.internationalism.org/brochures/pcf-lc68
5Cf . Notes sur la politique étrangère des Etats-unis : https://fr.internationalism.org/french/rint/113_pol_imp_US.html
6Il n'aurait fait exécuter que 216 personnes, quoique des anciens flics du régime Batista, selon ses fans en tee-shirt de Médiapart. Il est vrai qu'il y a une hystérie à sens unique contre Castro et Guevara par nombre de journalistes lâches qui ont toujours sucés les boules des dictatures européennes ou sud-américaines. Ne pas choisir un camp nationaliste contre un autre, ne veut pas dire nier le courage et le culot politique des Castro et Guevara. Mais c'est une autre question.


vendredi 25 novembre 2016

POURQUOI DROPPY SERA LE PROCHAIN ?


(Vivement une droite « méchante » pour faire oublier les attaques anti-ouvrières de la gauche bourgeoise et redorer le blason des syndicats collabos !)

« La gauche gouvernementale leur a préparé le terrain »
 édito de LO

Dans mes fichiers de citations historiques pas moyen d'en retrouver une très pertinente de Machiavel ou de Tocqueville, qui dit à peu près ceci : « sous tes ordres je m'abaissai, je me laisserai même humilier jusqu'au dernier degré, sachant qu'un jour je te succéderai et que j'occuperai ta place avec autant de cynisme ». Tant pis pour la citation réelle, l'idée est là. Il y a du Pompidou chez Fillon, madré comme un paysan, filou comme un notable provincial, Rastignac a plus d'un tour dans son sac. Fillon a rejoint des « roués parisiens » que décrivit si bien Balzac. Mais, et cela devrait servir d'argument à nos trotskiens farouches du NPA qui a estimé qu'au concert des primates de droite c'est le plus réac qui l'a emporté1, Rastignac est le portrait réel d'un politicien d'avenir :
Thiers le massacreur de la Commune de Paris. Avec ce raisonnement simpliste à gauchiste, qui préfère la simple comparaison au raisonnement, on en déduira qu'avec sa purge glaciale des « acquis sociaux » et des (privilèges) corporatifs du secteur public, le sinistre sire – catho anti-transgenre et immigréphobe – aura au moins l'avantage de provoquer l'insurrection tant attendue par les lycéens parisiens et leurs parents bobos.

C'est se tromper du tout au tout sur le personnage. Droppy a fait son chemin avec une certaine cohérence : il a voté pour l'abolition de la peine de mort, refusé les compromissions avec le parti FN mais sans jamais mépriser son électorat. Alors qu'un Juppé ou un Sarkozy ont toujours eu du mal avec les syndicats, Fillon est un des hommes politiques qui a été certainement le plus efficace pour la bourgeoisie depuis une trentaine d'années, au gré certes d'alliances et de retournements, d'amitiés et d'inimitiés dans sa « famille politique », comme ils disent affectueusement dans la droite patronale. C'est tout de même lui qui réussit à faire passer deux « réformes » de retraite2 avec une parfaite entente avec les bonzes syndicaux. Ce n'est pas un excité à la Sarkozy et il a montré au cours de ses successives prestations télévisées qu'il sait se contrôler. La bourgeoisie française a d'ailleurs compris, derrière la « merveilleuse surprise » d'une spontanéité bling-bling du « peuple de droite » qu'il est désormais son « homme » providentiel-présidentiel.

Au crédit de sa réussite à « percer », il y a bien sûr une bonne dose de provocation. Venir sur les plateaux, la main sur le cœur, plaider pour une « purge thatchérienne » - en plus avec le chanteur Renaud qui avait tant couiné contre la dame de fer (d'ailleurs cruellement jetée aux orties en fin de sompte par sa classe) – il faut le faire. Le choc est rude pour tous les vieux gauchistes, retraités ou en fin de carrière. Imaginez que Mitterrand ait dit : « je m'inspire du Maréchal Pétain » !? Bien qu'il s'en soit inspiré aussi. Il y a une continuité de la fable familiale du fascisme à la démocratie. Evidemment qu'il s'agit d'une provoc car nous ne sommes plus à la même époque, et Fillon n'aura pas à démanteler un syndicalisme égoïste et rétrograde (comme celui des mineurs anglais), au contraire il aura tout intérêt à trouver une poudre de perlimpinpin pour revigorer des appareils corrompus. D'ailleurs, comment ne pas noter au passage qu'une droite « méchante », comme je vous l'ai révélé dans le sous-titre, est absolument nécessaire pour ranimer les « valeurs de gauche », et non pas cette guimauve « multicucuraliste » d'Ali Juppé ?
On prendra les mêmes et on recommencera. Assez pitoyable comment les rats sarkoziens ou centristes se sont précipités dans le navire de Droppy, avec les insignifiants Morin, Karoutchi, Lemaire, et tutti quanti. Ou plutôt on reprendra un sarkozisme moins débridé, en soufflant plus subtilement ce qui est nommé « les idées du FN », qui ne sont d'ailleurs pas en soi, à l'origine des idées du FN : le questionnement sur la crise migratoire et ses conséquences, l'infantilisme laxiste de la justice bourgeoise, composée de curés cyniques, qui laisse en prison Jacqueline Sauvage et laisse en liberté des aspirants criminels notoires, la fable de la déradicalisation pour les tueurs de daech lorsqu'ils reviennent en France, le développement d'un sous-prolétariat qui renie toute identité ouvrière sous le régime de l'assistanat, une école où des rigolos psychologiques perpétuent les inégalités en prônant le jeu à la place de l'étude, une expansion du culte du numérique ou les trois quarts des jeunes font des fautes à chaque terme qu'ils emploient, etc.
Toutes ces questions, s'il semble les prendre en compte d'un coup de menton de champion automobile, Droppy ne les résoudra pas, mais son succès sera dû au fait qu'il aura osé les poser, alors que le terrorisme intellectuel de la gauche caviar et de ses gauchistes suppose que si vous les posez c'est que vous êtes un fâchiste (néologisme qui vient du verbe fâcher).

Là où Droppy a tout faux c'est sur le culte de l'entreprise capitaliste, et j'y reviendrai. Avant il faut en finir avec la gauche bourgeoise au gouvernement. « Attaque brutale », « l'horreur nous attend avec ce qu'il y a maintenant en face », c'est la plainte des sec gen du PS ou des chefaillons gauchistes. Les gauchistes de France Inter, de Arte et de FR3 nous dépeignent un retour des affres des années 1930, pour un peu Trump est le nouvel Hitler, et pour beaucoup Fillon un nouveau Pétain. Bande de rigolos. Heureusement ils font partie des riches intermittents, surpayés et on espère qu'ils sont en CDD. Et l'attaque de leur loi El Khomri (on a nommé une ministre arabe du travail, et je n'ai pas dit une ministre du travail arabe car le travail est désormais ubérisé! Pour que ça passe mieux, plus convivial, plus antiraciste, plus « multicucuturel ») elle reste en travers de la gorge des ouvriers français et d'origine arabe ! La gauche et ses « valeurs » gauchistes nous prennent vraiment pour des cons sans mémoire.
« Que reste-t-il de nos amours ? »... de gauche, aurait chanté Trénet. Pas grand chose, de 1936 à 2016 la gauche intermittente au pouvoir aura toujours mené les pires attaques contre la classe ouvrière. « J'y pense et puis j'oublie », comme Claude François, mais le défaut de mémoire est impossible juste après un court laps de temps avec la violente loi travail. Ce n'est pas le Hollande Bashing, ni la bêtise costumière de Macron, ni la pléiade de rigolos candidats gauchistes du PS, les Montebourg, Hamon, Duflot plus à flot, Mélenchon, le petit Poutou ni le guide de LO Nathalie, qui vont inquiéter un parti de droite requinqué. Dimanche prochain la photo de « famille » est déjà prévue : ils seront tous là en rangs d'oignons pour adouber le révérend Fillon. Je me rappelle une réflxion de Marc Chirik disant que la droite en général, lorsqu'il faut se réunir le fait en général très rapidement et mieux que la gauche. La gauche son boulot bourgeois indispensable est dans l'opposition, sa participation au gouvernement est un pis aller (je ne l'ai pas fait exprès). Les choses sont ainsi faites que le principal parti de droite a été en morceaux le temps du mandat de Hollande, cette fraction bourgeoise peut dire merci à Sarko de l'avoir reconstruit même s'il n'en tire pas bénéfice pour son ego. Et voici venu le temps de l'effritement du bloc PS (Sabatier me comprendra).
C'est panique à bord dans le cargo Hollande. On a le pédalo Mélenchon, perdu en mer électorale, le pneumatique Macron dégonflé à peine mis sur le bon coin, l'insipide Hamon n'est même pas sur la même barque de marque française vermoulue que dadet Montebourg, Valls passe pour un Droppy de gauche. Seul Hollande peut désormais perdre honorablement en arguant que ce sera faute à l'absence de Sarko réduit en sarcophage.
Mais au moins Droppy aura siphonné le FN, redonné espoir à une gauche handicapée (qui comme tous les handicapés clame que c'est la faute à l'autre), et évité à la bourgeoisie française de perdre du temps.

LE COURAGE DU MENSONGE POLITICIEN

Rodé depuis 40 ans aux pires magouilles, renversements d'alliances et récompenses d'ambitions serviles, Fillon a au moins retenu de l'école sarkozienne le sens de la provocation. Monsieur Propre agit comme monsieur le curé où une bonne fessée vient compléter une leçon de morale. Si la fessée est déculottée c'est une garantie de volupté.
Rastignac Fillon en short de scout, saluant un Baden Powell dans le boucher de 14 -18 Clemenceau,
peut se réclamer de la tradition des pires tueurs du prolétariat. En soi l'application simple de son programme pourrait engendrer immédiatement les mêmes tristes barricades suicidaires de 1871, et le conduire à être un chef des mercenaires légaux tueurs des prolétaires. Ne soyons pas simplistes, la bourgeoisie ne veut pas nous servir la révolution sur un plat et avec ses gants.

Si Fillon a attiré l'attention majoritaire contre les clichés multiculturalistes de la gauche bourgeoise et de leurs amis gauchistes (bourgeois de base), il a creusé l'avance sur le peloton des idiots, sur l'immigration massive il n'a pas un raisonnement fasciste, ni sur le retour des tueurs islaminguants, ni sur le système des allocations familiales dispendieuses, ni sur l'assistanat (quoiqu'il ne dénonce pas l'assistanat généreux dont disposent retraités du patronat, intermittents du spectacle, apparatchiks divers et journalistes). Sauf qu'il n'y changera rien, trop d'intérêts étant en jeu pour la sauvegarde du parasitisme des couches supérieures. Venons-en à sa principale provocation électorale : suppression de 500.000 emplois de fonctionnaires !

Bravo l'artiste ! Le plouc, le plombier qui gagne deux fois plus qu'un toubib, le chômeur lambda, l'épicier, l'ouvrier rampant d'une petite boite privée, sont comme le milliardaire de Georges Orwell, qui aimerait bien que les lumières de l'avenue s'éteigne après le passage de sa limousine. Cibler sur les fonctionnaires « ces privilégiés », c'est comme cibler sur les immigrés comme cause du chômage. Fillon prendra-t-il de la cortisone comme Pompidou ?
Malheureusement c'est du pipeau, et Juppé a eu raison de lui rétorquer que c'est impossible. Un Etat moderne sans fonctionnaires est comme une bicyclette sans roues. Mais c'est plus vicelard d'autant que c'est inapplicable, mais que Droppy vise à faire passer le message nécessaire : ubérisation et flexibilité accrue de la condition ouvrière.
Doublé d'un autre gros mensonge, la fameuse suspension des 35 heures et le repoussoir à 65 ans de la retraite, pour redévelopper les emplois.

Or, supprimer le recrutement des fonctionnaires et monter à 39 heures sans compensation salariale (au nom du sacrifice pour la patrie patronale) pour créer des emplois c'est comme vider un vase d'eau en attendant qu'il pleuve. C'est bête et méchant, et aucun de ses colistiers n'a fait l'effort de vraiment ridiculiser cette idiotie économique. J'ai interpellé sur cette idiotie hier soir au métro Raspail une militante UMP qui diffusait un large prospectus fillionien glacé, fort bien fait (homme smart, provindentiel – pas provincial – reprise du navrant slogan mélenchonien : « prenez le pouvoir en votant pour moi »). La femme, chef d'entreprise entreprit de m'expliquer que « tout est lié », que cette libération de potentiels fonctionnaires viendrait abreuver les petites entreprises. Je lui répondis qu'à ma connaissance un jeune, encore aujourd'hui, souhaite un emploi en CDI et un travail dans les grandes sociétés de service public où, en nombre, nous les prolétaires on est plus en situation pour se faire respecter que face au despotisme des petits patrons. Ce qui a un pendant, ajouté-je, un esprit corporatif aigu qui fait que jamais ni les gens d'EDF, ni ceux de la RATP, de Renault ou de la SNCF ne se mobilisent pour défendre les salariés du privé mais ne pensent qu'à leur propre gueule ; la casse des retraites a commencé quand le gouvernement Fillon a attaqué le secteur privé et quand les syndicats du public se sont bien gardés d'apporter une quelconque solidarité, puis ont pleuré toutes les larmes de leur corporation quand leur tour et arrivé. Je crois avoir été le seul il y a quarante ans à m'être étonné, qu'au lieu de revendiquer le droit de vote (islamique) pour les immigrés, les syndicats antiracistes ne se sont jamais battu pour l'embauche « internationaliste » des ouvriers immigrés dans le secteur public ou à EDF, sauf accessoirement via l'entrepreunariat privé en maçonnerie pour creuser les tranchées des câbles.

Le sourire de Droppy lorsqu'il apparaît montre les profonds sillons du Medef et les cernes de l'austérité mais pas pour tous. Ce culte de l'entreprise, blanchie sous le harnais salarial, qui va sauver la France, on l'a entendu mille fois sous tous les gouvernements précédents et particulièrement sous celui de Hollande, qui n'a ni empêché la fermeture des grosses boites ni empêché les continuelles « destructions d'emploi ». La tambouille à Fillon pour la suppression de l'ISF, une diminution de la torture des charges patronales et son allocation sociale unique, pour restaurer les profits et revenir au magique et disparu plein emploi, est un breuvage imbuvable.
Après un capitaine de pédalo on aura un général d'armée mexicaine avec des avirons sans barreur.

LA GROSSE MYSTIFICATION DE L'EGALITE

Je l'ai déjà dit dans un de mes livres, après la révolution prolétarienne, la première chose à effacer du fronton des édifices publics est le premier terme de la trilogie mystifiante « liberté, égalité, fraternité » et à remplacer par « altérité, égalité, fraternité » ; le système dominant l'a déjà fait, mais c'est un mot d'ordre vraiment pervers qui existe virtuellement, la « diversité » qui concerne les races et non les besoins humains.

Là aussi Fillon sait le bon filon : mentir avec ce mythe de l'égalité. Le monde entier est un monde sans avenir où la majorité de la population va se trouver de plus en plus sans emploi, rejetée du monde du travail, c'est pourquoi ces histoires d'égalisation ne sont même pas une péréquation des richesses. C'est frappant avec sa proposition d'unification des régimes de retraites, Mr Retraitable intraitable, alors qu'on a déjà fondu plusieurs régimes des couches petits bourgeoise dans le régime général, veut supprimer les régimes spéciaux corporatifs (concédé par le gaullisme pour reconstruire le pays, preuve qu'il ne peut plus être gaulliste sic!) pour égaliser les « privilégiés » du public sur les « malheureux » du privé, certes plus productifs, pourquoi pas ? Mais alors faut égaliser vraiment et revoir à la baisse les ignobles retraites chapeaux des patrons, des big chefs des administrations publiques qui grèvent les caisses, et surtout celle de l'impotent Chirac qui défie tout entendement).
L'idée d'allocation sociale unique, sœur du revenu universel, n'est qu'une acceptation de la pauvreté généralisée et une officialisation de l'exclusion sociale. En attendant Godot « revenu universel » (cela peu prendre des décennies) la réduction des allocations chômage et le chantage à la rue, sont en continuité des gouvernements précédents ! Vous croyez que les braves employés de Pôle emploi ont été moins cyniques sous Hollande ? Fillon si apte à mentir sur les attaques similaires de la bourgeoise dans les autres pays nous prend pour des caves qui croient que le capitalisme en crise, en compétions impérialistes sans fin, pourrait se résoudre par une intensification de l'exploitation des prolétaires au niveau national. N'est-ce pas une fillionie ?

Une fois qu'on a passé en revue les blagues (réformes simples et efficaces, hi hi) des 15 « mesures phares » (pour renouer avec la réussite, ah ah) de Fillon, et qu'on survole les trois préoccupations qui les guideraient – libérer l'économie (?) Rétablir l'autorité de l'Etat (lequel?) Affirmer nos valeurs (lesquelles?) - on est fondé d'en conclure que l'an prochain nous aurons à choisir entre le sida ou le cancer, face à une droite droit dans ses bottes (nazies) et une gauche avec le salut militaire que fût le poing levé, pour empêcher un nouvel incendie du Reichstag. Mortal combat ou pitoyable combat ?

PS: à lire aussi cet excellent papier sur les origines politiques broussailleuses de notre sourcilleux Droppy: http://www.centpapiers.com/quand-le-tapis-diznogoud-reve-de-devenir-calife-a-la-place-du-calife/

NOTES

1Ce qui reste à démontrer si on aligne ce pauvre Sarko, le minable Copé et le patibulaire Poisson.
2« Réformes » comme ils disent à droite comme à gauche, que je qualifierai plutôt d'attaques contre la classe ouvrière. Cela dit, et personne ne s'en est aperçu (sous les chants syndicaux) mais la retraite est devenue une relégation, une honte. Nos sociologues et les politiciens nous assurent que c'est pour gagner plus d'argents que des retraités retravaillent. Stupidité, sans oublier le nombre de volontaires bénévoles pour des activités caritatives ou associatives très hiérarchisées, la retraite est une mort sociale, comme je ne cesse de le répéter. Et un vieillissement avec une meilleure santé ne donne pas forcément une envie de rentier touristique (quel ennui ou quelle impossibilité financière!) . Je connais désormais trop de gens d'en haut ou d'en bas, humiliés ou en désarroi après départ en retraite, pour douter que cette perspective soit envisagée désormais comme une joie, une libération, alors qu'elle se rapproche de plus en plus de la condition d'isolement du chômeur ! Moi-même j'ai honte d'être parti à 55 ans. Lors de manifs je me suis d'ailleurs engueulé avec des syndicalistes sur ce sujet. L'allongement de la durée de travail dans la vie peut être aussi un allongement de l'espérance de vie... sociale, excepté pour les boulots de merde. Le communisme abolira la retraite, sans glorifier le travail puisque le travail sera intégré comme une activité ludique dans la vie quotidienne, comme diraient Lefebvre et Debord... et non plus cet imbécile cloisonnement dit activité/inactivité.

lundi 21 novembre 2016

Pourquoi Droppy a gagné?


Notre principal Poulidor français, l'homme qui ne souriait jamais1, a endossé le maillot jaune, cette couleur traditionnelle des cocus ou des fous2. Revanche éclatante d'un prétendu éternel loser selon les commentateurs à la petite semaine. Le chanteur Renaud, dégrisé, aura eu du flair d'en faire son champion. Un président a toujours besoin d'un ménestrel pour l'accompagner. Qu'aurait donc été Sarkozy sans Doc Gynéco, et Hollande sans Benjamin Biolay ?

Le petit chose, simple collaborateur d'un ex-président colérique, a grillé la politesse aux trémolos des uns et des autres de la « famille de droite ». On nous explique la réaction du « corps électoral » comme une sorte de prurit cathartique, une soudaine folie, mais surtout voilà la surprise relativisée comme un « magnifique sursaut démocratique », car, l'air de rien, le petit chose qui ne riait jamais affiche soudain tant de qualités consensuelles que la haute se baisse pour lui tendre la main. C'est tout bénef pour une classe bourgeoise avec un personnel politique en déshérence, une gauche bourgeois plombée - non par ses rivalités de personnes « grillées », comme ce benêt de Macron automatiquement effacé du tableau par plus thatchérien que lui, mais par sa « politique de droite » (comme diraient les trotskiens) – mais surtout par le passage en force grâce aux « élus de la gauche éternelle, tolérante et antiraciste » d'une loi travail qui n'est toujours pas digérée par la classe ouvrière, même si celle-ci pèse peu dans la mystification électorale ; mystification signifiant imposture et tromperie vénale comme vous êtes sensés le savoir. Le dictateur Sarkozy n'en voulait pas de cette "primaire" qui ne pouvait que le rabaisser.... comme ce sera le cas pour Hollande s'il passe sous les mêmes fourches caudines si peu sportives.

Même les intellos de Libération, avec leur empathie pour le multiculturaliste heureux Juppé, n'ont
rien vu venir, traitant avec mépris « l'austère pédagogue » Droppy. Ne s'acheminait-on pas soit vers un duel couru d'avance Hollande/Sarko, soit, quoique plus improbable Hollande/Juppé. Plus personne ne causait de la monstrueuse Le Pen dans une équation qui laissait des chances à François II.

Passons d'abord par les explications psychologiques. La soirée spectacle électoral sur BFM, animée par le groupe de potes qui se bombardent chacun « directeur politique » de la rédaction ou de la réaction, fût relativement clean, avec le VRP sondeur habituel, honnête et précis. Le seul couac n'aura été que cette grosse bête de Ruth Elkrief qui négligea l'ancien duel Copé/Fillon en laissant croire que Fillon était aussi pourri que Copé. Erreur majeure, l'imposteur pour la course à la prise de tête du parti de droite bourgeoise, était resté dans « l'opinion » l'arrogant Copé ; sinon comment expliquer son score lamentable de bon dernier ? Bref, les « gens » avaient voté finalement pour un homme au parler franc, pas pour son programme (Hein ? Ils l'ont même pas lu (les cons, en off) susurrait Ruth) 3. Bonne remarque, lors des trois débats préliminaires, Fillon est le seul à ne pas tenir le discours électoral classique et à se passer des trémolos habituels : « vous verrez on rasera gratis, l'ascenseur social sera réparé par un ministre qui aura ôté sa cravate, etc. ». Mais les journalistes restent superficiels ou orientés. Ils n'ont pas vu vraiment en quoi Fillon séduisait. Premièrement, mais cela tout le monde l'a vu, il ne s'énerve jamais, ou si c'est le cas c'est avec un parfait contrôle de soi et sans grossièreté comme vous savez qui. Les « gens » se branlent de l'avenir des communautés locales, du nombre des députés (quoique Fillon propose de diminuer de moitié ces parasites sociaux), des histoires de référendum, du nombre de prisons à construire, de la situation des fonctionnaires, etc. Ce qu'ils veulent c'est un état des lieux économique, mais sans illusions (et secondaire en fait) et surtout « civilisationnel », et un Etat qui ne raconte plus de blagues. Or, comme lors de l'épisode bonapartiste du filou Copé, on n'a pas oublié que, même sous la férule de maître SM Sarkozy, le petit chose avait osé dire la vérité, il n'y a pas si longtemps que cela : « les caisses de l'Etat sont vides ». Bon, la plupart, comme on ne connaît rien à l'économie, se sont dits : « pas vrai, y a plus de pognon, le problème est qu'ils le dilapident en se succédant au pouvoir ! ». Faux, la dette publique ils se la refilent les uns aux autres, c'est ainsi qu'on a si souvent entendu Hollande dire, par exemple : « Sarkozy » nous a laissé une ardoise de 50 milliards de déficit », comme ce dernier criait déjà dans sa campagne foireuse version Buisson démodé «l'ardoise nouvelle c'est 50 milliards de déficit laissés par Monsieur Hollande ».

Les journalistes qui n'ont toujours rien compris et qui n'analysent les tendances ou renversement de tendances que comme le résultat de vengeances entre ces divers compétiteurs arrivistes, ont essayé de nous faire le coup de l'intérêt prioritaire des « gens » (comprenez : ces cons d'électeurs qui en plus ont payé deux balles pour enrichir un parti bourgeois) était l'économie !
Singulière interprétation quand on parcourt un peu l'austère programme économique de M. Fillon. La soupe à la grimace, du sang et des larmes, aucun cadeau fiscal (éventuellement aux très riches comme toujours). Le programme de Fillon est cependant plus subtil qu'il n'en a l'air, ou que l'interprétation qui en est faite par ceux qui le lisent un peu trop vite par esprit partisan. Prenons la suppression des 35H, ce n'est pas ce que dit Fillon, il laisse la porte ouverte aux arrangements, il ment car la moyenne horaire est déjà revenue à 39 H chez les ouvriers made in France ; c'est vrai que les 35 heures ont pu dégager un peu moins de 300.000 emplois, mais Fillon ment quand il dit que passer à 39 H permettrait une grande création d'emplois ; le reproche qui est lui est fait immédiatement après sa victoire par le clan Juppé – que le passage à 39 H augmenterait la masse salariale – ne pèse donc pas lourd, vu le tour de passe-passe4, et le fait qu'un gouvernement Fillon sera bien obligé, comme l'anti-syndical Sarko, de négocier au cas par cas, avec précaution en particulier pour la suppression rêvée des statuts, suivant la puissance de telle ou telle corporation égotiste. Idem pour l'annonce de la suppression de 500.000 fonctionnaires. Ah ! supprimer les fonctionnaires, ces parangons de paperasserie et d'arrogance bureaucratique, cela vous fait rêver tout l'électorat plouc et artisanplouc ! Dans la réalité je ne connais pas le moindre Etat moderne qui pourrait se passer d'une masse de fonctionnaires. Depuis longtemps, les gouvernements successifs annoncent cette mesure de « réduction du budget de l'Etat », comme le miracle attendu, mais qu'on n'atteint jamais. Chaque année des milliers de fonctionnaires ne sont pas remplacés, le chiffre est aussi inconnaissable que celui des reconduites de migrants à la frontière, et Fillon fera comme les autres, il ne diminuera pas autant qu'il ne le souhaite peut-être pas pour la marche de l'Etat, mais on aura déjà oublié. L'argument est un argument électoral ordinaire en direction de la petite bourgeoisie des PME. Avec l'amère cerise sur le gâteau, contre l'idéologie du mariage pour tous (le mariage cette institution des plus réacs revalorisé par tout ce que la gauche et le gauchisme contiennent de transcourants, transgenres et transgresseurs de la bêtise des divers réformistes radicaux, miroir aux alouettes pour cristalliser une prétendue différence entre gauche et droite, mais au niveau sentimental seulement, lorsqu'elles sont en poste gouvernemental).

Non ce n'est pas sur le plan de son projet thatchérien (et risqué socialement) que Fillon a pu séduire, mais, sous ses airs placides, il a marqué le coup contre l'idéologie moderniste américaine, qui vise à culpabiliser l'Europe avec la théorie anti-colonialiste réchauffée – et qui, lorsqu'elle est contestée fait de vous un adepte de la « fasciste » Le Pen – lors de la confrontation avec un syndicaliste gauchiste antillais hystérique qui réclamait le remboursement de l'esclavage. Fillon l'a laissé délirer et a clos l'algarade par un « la repentance ça suffit » ! Bref mais excellent. Du coup les départements d'Outre mer ont voté Sarkozy, mais c'est secondaire. Nul doute que avec son « identité heureuse » Juppé aurait palabré des excuses, exprimé son souci des canaques et des malheurs de nos chères populations d'Outre-mer. Le calme et la franchise de Fillon détonnent d'abord au milieu des autres excités du peloton. Puis, lors du dernier débat, il ridiculise deux générations de journalistes habitués à faire les beaux, Pujadas et Elkabach, en déniaisant leur politique spectacle. Tout est dans l'apparence, Fillon ne va rien révolutionner du tout comme les autres, mais un geste, un soupir, une répartie cinglante peuvent faire gagner des centaines de milliers de voix ; on se rappelle l'embellie de Bayrou qui avait flanqué quoique légèrement une baffe à un marmot qui essayait de lui faire les poches.
Autre argument, il est indéniable que, à droite comme à gauche de l'électorat (ce trou à rats) et en général était depuis le début TSS : tout sauf Sarkozy. Juppé sembla immédiatement un moindre mal, mais il mettait mal à l'aise ce vieux cheval de retour avec sa « politique jeune », car qui pouvait oublier ce bureaucrate « droit dans ses bottes » chassé du pouvoir en 1995 ? Lemaire trop réac, Copé coulé depuis longtemps, NKM follasse... il ne restait comme buvable que Fillon. A une époque où se décompose l'idéologie du multiculturalisme nunuche de l'idéologie américaine, et surtout un repli sur soi identitaire national, les clés de la politique bourgeoise doivent être refondues et un autre modèle fabriqué hors du moule flasque européen. Après le Brexit et « l'anti-système » trumpetiste, ou trumposeur (trompe et imposteur), l'alignement idéologique sur le principal ogre impérialiste est caduque, justement grâce au repli intra-muros America. Comme l'a dit Fillon, à l'heure où la nouvelle diplomatie américaine veut relâcher la tension avec Poutine, il serait idiot que l'Etat français refuse aussi l'ouverture à la Russie ; ce renversement de tendance face au boycott un peu longuet et bizarre des russes, est aussi, l'air de rien, un argument électoral de poids pour l'électorat des vieux grigous staliniens et des mélanchoniens qui ont la nostalgie de la soviétique Russie.

L'argument journaleux et pipolaire de la vengeance pour expliquer les rivalités entre les polichinelles de droite ne tient pas vraiment la route. C'est le mode de fonctionnement de base de la politique bourgeoise certes. Ils s'éliminent les uns les autres sans ménagement. Chirac avait cassé Chaban, Noir et Cie. Mitterrand avait cassé Rocard. Hollande a laissé DSK se casser tout seul. Copé a voulu casser Fillon mais a raté son coup. Sarkozy croyait casser tout le monde. Blessé que Chirac ne le prenne pas à nouveau comme ministre d'Etat, Fillon s'était mis au service de Sarkozy, pour « se venger », mais n'avait-il pas peu avant choisi et autre traître de trente ans Balladur ? Mais ces querelles tombent sous l'obligation de résultat en fonction d'une politique donnée. Je me rappelle d'un très ancien article de RI, fin des 70, qui expliquait que depuis la guerre la bourgeoisie française a toujours été divisée entre une fraction gaulliste et centriste, la centriste représentant plutôt la haute bourgeoisie la plus soumise à l'idéologie américaine. Il existe toujours des clivages dans les grandes familles politiques bourgeoises, plus tout à fait les mêmes qu'il y a trente ou quarante ans; le gaullisme n'est plus qu'une vieillerie de la reconstruction, une vague référence qui sert de cache-sexe à la gauche souverainiste et à Zemmour. Disons qu'il y a toujours un clientélisme électoral qui vise en particulier les couches petites bourgeoises des PME, les professions libérales et ce qui reste de la paysannerie, l'UMP gardant cette clientèle (quand PS et résidu du PCF chouchoutent fonctionnaires  et corps enseignant), mais avec le centre décentré et rabougri, il n'y a plus vraiment séparation avec les intérêts de la haute bourgeoisie industrielle (affamée à son niveau et en danger). La fluidité , ou l'inconstance de l'électorat en général est le produit de la chute des  classes intermédiaires, ou leur dévalorisation.
Le paysage politique français reste marqué en partie pourtant fictivement par ce clivage comique - il y aurait une droite progressiste et une droite conservatrice -, et c'est pourquoi la plupart des médias roulaient pour une alliance Juppé/Bayrou ; comme outre Atlantique pour une Hillary Clinton... Le clan Sarkozy est venu, involontairement, servir les plats à Fillon, en coulant Juppé pour son alliance avec le traître Bayrou (qui a fait gagner Hollande en 2012), symbole de mollesse et d'accommodement politicien. Quand le vrai traître n'était autre que Fillon lui-même, commis revanchard de tant d'humiliations du PN sacré roi de l'Elysée, pour ceux qui se souviennent de l'affaire Jouyet, un énarque de la gauche caviar, vulgaire employé de l'Elysée, pote avec Fillon depuis la maternelle, et qui, lors d'un dîner s'entend dire, confidence de Hollande à ses deux journalistes chargés à leur façon de faire sa promo présidentielle bis : « Allez, allez-y, vous n'imaginez pas tout ce qu'ils ont fait. Avec Bygmalion, les comptes de campagne, les financements... ». Traduction : putain mettez-le au tribunal ce vénal Sarko ! Ce PN ! Cet abruti qui m'a pompé l'air pendant quatre années !5 Comme les journalistes remarquent que le clan Sarkozy n'a pas été dupe de l'innocence proclamée de Fillon, Hollande répond que l'intérêt pour Fillon, pas fou, était de faire passer cela pour un complot de la gauche contre lui6. Mais tout le monde se fichait de l'aigreur du petit chose à Sarkozy, pas par indifférence comme disent les deux échotiers de Hollande mais par... compréhension ; après tant d'humiliations contre, au sens propre, un premier commis d'Etat qui n'aurait pas réagi comme Fillon ? Quelque part je pense que les TSS n'avaient pas oublié cet épisode, nullement en défaveur de Fillon finalement, humainement parlant. C'est de là que provient à mon avis la première chute du clan Sarkozy. Lé référence à cette affaire est posée dès le premier débat ; à la question du journaliste, Fillon avait blémi et sans être loquace avait renvoyé à la décision du tribunal. Fillon avait débuté son sillon à l'estoc contre Juppé et le pauvre Sarkozy : « moi si j'avais été inculpé, je ne me serai pas présenté » ! Et toc ! L'effet ne s'est pas fait ressentir tout de suite chez « l'électorat » mais avec le rebond des autres débats, bien profond (grâce aussi à la dernière estocade du pouvoir relançant les rumeurs sur la valise de billets. Pauvre Sarko au poteau !
Tout à sa dénonciation du « traître Bayrou » Sarkozy n'aurait jamais pu dénoncer l'autre sans paraître diviser « sa famille politique » ; Fillon était sauf. Par contre, patatras pour Sarkozy, questionné lors du dernier débat sur les valises de billets de Kadhafi : « honte au service public ». Les médias de la gauche au pouvoir en avaient trop fait au dernier moment, savonnant involontairement la planche pour Fillon.

Le petit chose Fillon n'est pourtant pas n'importe qui, au niveau de son déroulé de carrière politicienne, constant et brillant avec son mentor décédé Seguin. Plus fort encore que Juppé, lui il a fait passer sans mal les réformes successives de retraite. C'était pas sympa pour les prolétaires, mais c'est pas rien pour la bourgeoisie. Loin d'être seul, il a toujours été un « homme de relations », apprécié pour sa pondération dans les rapports personnels, et une froideur qui n'est pas du mépris ; je suis le seul à avoir remarqué que à la fin du troisième débat, juste au final, le caméraman l'a saisi en train de faire un clin d'oeil sympa et souriant à son public. A ce moment là, lui savait qu'il avait surpassé les autres.

Il peut endosser tranquillement la tunique d'un Trump propre sur lui, promettre que le muticulturalisme de l'idéologie US c'est fini, qu'il y aura une répression suffisante – remercions-le encore d'avoir été le premier homme politique de l'histoire de France à reconnaître que les flics sont non producteurs et qu'on les paye par des emprunts bancaires – que les migrants ne nous feront plus chier, que les petits tueurs de daech retourneront chez Allah, que les fonctionnaires feront moins les malins. Au moins ne nous dit-il pas « moi président vous connaitrez le bonheur » !
Juppé aurait mieux fait de se désister comme les autres parce qu'il va à la cata, un deuxième tour ne s'imposait pas sauf à vouloir faire en ses chances à Hollande, car le programme « pas crédible et pas réalisable » ainsi qu'il qualifie celui de Fillon, c'est son programme à lui aussi. Fillon a l'avantage désormais d'être la synthèse d'un néo-gaullisme, pas orgueilleusement thatchérien (sinon explosion sociale garantie après les vaches maigres de la gauche bourgeoise au pouvoir), d'un libéralisme identitaire, plutôt catho que musulmanophile, bref la bourgeoisie française respire. C'est mon homme, comme disait Edith Piaf. Même les crabes du panier de la gauche peuvent se sentir plus à l'aise, ils n'auront pas besoin de se coaliser en se griffant les pattes. Leur défaite est assuré. C'est un vrai gringalet qui débarque, mais ils l'aiment aussi.
Finalement les électeurs font bien de ne pas lire les programmes des compétiteurs bourgeois, cela serait d'abord indigeste, puis rédhibitoire, alors ils choisissent le "plus mieux" dans la pourriture ambiante, et en plus un mec de la trempe d'Edith Piaf: "malgré le mal que l'on m'a fait...". Il faut bien en choisir un en attendant Godot, ou votre révolution prolétarienne qui ne vient jamais, quand les ouvriers continuent à se faire entuber par partis et syndicats de la gauche gouvernementeuse. Et celui-là c'est un bon, il dit tout de go: "je ne vous garantis rien". Un type qui ne peut pas être par conséquent tout à fait mauvais ni complètement pourri.






NOTES



1Lorsque l'on cherche son portrait sur google images, dans la majorité des photos il fait grise mine ou semble sourire contraint et forcé.
2Naguère les internés d'asiles psychiatriques étaient revêtus d'une blouse jaune, pour qu'on les reconnaisse de loin s'ils s'enfuyaient. Derrière son aspect joyeux de couleur (présumée) du soleil, le jaune est très négatif. Associé aux traîtres, à l'adultère et au mensonge, le jaune est une couleur qui mêle les contrastes. Le jaune pâle contrairement au jaune vif s'écarte de ce chemin régénérateur pour plutôt pointer la maladie, la morosité et la tristesse. Le jaune est également associé à la puissance, au pouvoir et à l'ego (c'était la couleur de l'Empereur de Chine). Or, Fillon, comme tous les hommes politiques accédant au pouvoir est de l'étoffe des traîtres, comme on le rappellera, même s'il apparaît finalement comme le vengeur masqué, anti-Sarkozy inattendu.
3Si vous désirez consulter rapidos le panel des programmes des polichinelles de droite, qui ne sont vraiment pas très différents les uns des autres en fait, le comparateur du Figaro est excellent : http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/comparateur/primaires-droite/#
4L'excellent bouquin des fouille-merde Davet et Lhomme livre bien des confessions bien plus intéressantes que celles qui ont été jetées en place publique pour la galerie. Ainsi Hollande explique que cela a coûté cher de passer au 35 heures, comme cela coûtera pour passer aux 39 H. Ce qui n'empêche pas cette vérité à tuer un syndicaliste collabo : « la loi sur les 35 H a permis beaucoup de flexibilité » et « l'annualisation du temps de travail qui n'était pas possible avant les 35 H ». (page 364)
5Page 448 et suivantes de « un président ne devrait pas dire ça... ».
6Le jugement du tribunal déboutant Fillon est un modèle de duplicité : « la base factuelle était suffisante pour diffuser cette information », et « l'information découlant des propos prêtés à François Fillon présente à l'évidence un caractère d'intérêt général ».(p 454 du Davet et Lhomme).